Louis Cornellier : Une affaire de sens : Essais sur la littérature et la transcendance : Les éditions Médiaspaul : 2022 : 168 pages

On peut aller au plus simple et dire les choses comme elles sont, dire, par exemple, que l’on a pris du plaisir à lire un livre et qu’on y a fait d’agréables rencontres. Certains essais, dont ceux-ci, nous présentent des auteurs morts ou vifs dont la pensée vit ou revit sous nos yeux grâce au travail de l’essayiste. Louis Cornellier possède le don qui consiste à donner à ses idées un caractère que l’on pourrait dire concret, se matérialisant comme dans la chair même de ce qu’il écrit et s’inscrivant alors tout naturellement dans notre propre pensée. Comme si de rien n’était.

Qui plus est, il est conduit dans ses travaux à réactualiser ce que le monde ancien recèle d’enseignements. D’une vieille idée, d’une nouvelle écrite en Russie au siècle dernier, d’une page de l’Évangile il extrait des lumières éclairant de leur feu puissant les pages de l’Histoire que nous sommes en train d’écrire et de vivre. C’est là ce que l’on pourrait appeler de la littérature incarnée, à tout le moins vivante et appliquée. Rarement l’abstraction se présente-t-elle de manière si conviviale.

Cet art qui consiste à rendre accessible ce qui d’emblée peut paraître ardu, facile ce qui serait abscons ou hermétique, il faut certes, pour le maîtriser, l’avoir cultivé ou à tout le moins tenir vraiment à y recourir. L’enseignant apprend rapidement dans sa carrière que de brillantes envolées aveuglent la plupart de ses élèves, que le pointilleux ne met pas toujours correctement les points sur les i. Au collégial où travaille Cornellier, le vulgarisateur l’emporte sur le savant. Il faut pour partager le savoir tenir compte de son public. Il en va de même, j’imagine, lorsque l’on s’adresse aux lecteurs et lectrices de Présence Info, un magazine axé sur l’information religieuse auquel collabore l’auteur qui a repris pour le présent ouvrage certains essais d’abord publiés dans ce média. Cornellier, qui dans l’introduction se présente comme un « lecteur ordinaire », écrit justement pour des lecteurs ordinaires. Cela me semble plutôt rare et plutôt louable.

Pourquoi rare ? Parce que les essayistes sont souvent animés par des intentions fort ambitieuses, ils veulent découvrir de nouvelles avenues. Surtout, ils s’adressent d’abord et avant tout à leurs pairs, peut-être à eux seuls, tout aussi intellectuels qu’eux-mêmes, ce qui est loin d’être un mal.

Pourquoi louable ? Parce que le monde dit « ordinaire » n’en pense pas moins, le premier venu n’étant pas forcément dépourvu d’intelligence ou de curiosité. De ce que l’on appelle communément le plancher des vaches, il aspire à s’élever et y parvient pour peu qu’on lui tende la main. Cornellier la lui tend, mais il ne la tend pas qu’à ce dernier. Les intellectuels, pour peu qu’ils consentent à redescendre des nues, trouveront dans ses ouvrages, sans nécessairement l’admettre, matière à réflexion. C’est que Cornellier qui n’a pas réponse à tout, interroge et raisonne, j’allais dire raisonnablement.

Il y a chez lui une tendance à l’équilibre. Ce trait est frappant. Il est celui du juste milieu. De ce qui justement se veut juste et équitable. Devant un problème donné, qu’il soit d’ordre politique ou éthique, l’auteur n’affiche pas de parti pris, ou n’a de parti pris que celui qui consiste à examiner les choses en se montrant toujours le plus fidèle possible au credo humaniste auquel il adhère en toute bonne foi. Cette attitude est première, le reste en découle, c’est-à-dire la manière ainsi que le parcours.

L’attitude, pourrait se résumer en deux mots : préservation d’un feu initial, élan portant à s’élever au-dessus de soi-même afin d’accéder à du sens. Quant à la manière et au parcours, ce sera la lecture et une marche qui de livre en livre conduit ici encore à toujours plus de sens, quoi qu’il entre dans la nature de ce sens d’être évanescent, de nécessiter que le feu qui brûle en lui soit constamment alimenté par la persévérance et la ferveur du pèlerin. Car lire est comme une longue promenade entreprise à même un chemin semblable à celui de Compostelle.

On voit sur la couverture du livre de Cornellier la reproduction d’un portrait représentant un jeune homme plongé dans sa lecture. Si l’œuvre d’Auguste Macke représente un certain Helmuth Macke, il n’est pas interdit d’y voir aussi notre ami Louis Cornellier. Marcheur ici immobile, le lecteur avance dans le monde des sentiments, des idées, des représentations. La lecture est son bâton de pèlerin, est l’âne qui l’accompagne, le chemin rocailleux en pente qui monte et qui descend. Cette lecture nourrit la pensée, elle est aussi à l’origine du livre. Tout cela, comme le titre l’indique est Une affaire de sens. De littérature et de transcendance aussi, comme le mentionne le sous-titre.

En épigraphe de l’ouvrage se trouve une réflexion de Tzvetan Todorov : « La littérature peut beaucoup. Elle peut nous tendre la main quand nous sommes profondément déprimés, nous conduire vers les autres humains autour de nous, nous faire mieux comprendre le monde et nous aider à vivre. » Bien évidemment, et les essais réunis ici nous en convaincrons, notre auteur souscrit totalement à cette profession de foi. J’y vois en action déjà le principe actif de la main tendue ainsi que la réalisation toujours souhaitable de la rencontre des vivants avec leurs frères et sœurs. Mais ce n’est pas tout. Encore au sujet de la littérature, Todorov ajoute : « Ce n’est pas qu’elle soit, avant tout une technique de soins de l’âme ; toutefois, révélation du monde, elle peut aussi, chemin faisant, transformer chacun de nous de l’intérieur. » Paroles où, somme toute, paraît l’équivalent d’un chemin de Compostelle, tel qu’évoqué ci-haut.

Dans le liminaire qui suit, Cornellier présente le lien qui l’unit à la lecture, cordon ombilical jamais coupé depuis la naissance pourrait-on dire. « Je lis, depuis mon enfance, pour le plaisir et pour la beauté de la chose, pour en apprendre sur le monde, sur des mondes, mais il y a bien plus encore qui me porte inlassablement vers les œuvres. J’y cherche quelque chose qui ne se définit pas facilement, mais que je sais être essentiel, sinon l’essentiel. » La lecture chez Cornellier est entreprise sur le mode de la quête.  « La littérature, plus encore que la philosophie, la théologie, l’histoire ou les sciences humaines, s’impose comme le guide suprême dans cette quête. »

Non seulement Cornellier avance-t-il en lisant, mais la littérature elle-même est engagée sur la voie d’une quête tout à fait similaire à la sienne (à la nôtre); elle aussi cherche et se cherche. L’auteur file la métaphore du chemin. Il écrit que les œuvres sont « traversées par le doute et la perplexité ; elles avancent, mais en zigzaguant, en louvoyant, en revenant sur leurs pas, comme l’équipage de La tempête de neige de Tolstoï. Comme nous, la littérature cherche son chemin, s’inspire du passé et du présent pour le trouver, expérimente des pistes, se questionne, tourne parfois en rond, mais, menée, par des maîtres, elle révèle, dans ses tâtonnantes expéditions et par cela, justement, des bribes de vérité, ou de sens à tout le moins, pleinement humaines. »

Toujours dans le liminaire, l’auteur annonce les sujets dont traiteront ses essais. Il s’agira essentiellement de lectures. Il commentera dans une première section les œuvres de divers auteurs canoniques. La diversité est au rendez-vous. Chemin faisant, on rencontrera Proust, Saint-Exupéry, Tchékov, Fitzgerald, Jammes (son âne et son âme), Molière et Tolstoï. Les airs salutaires de Mozart et de Beethoven seront évoqués. Puis, dans une seconde section, seront abordées des œuvres contemporaines, celles de Reza, Houellebeck, Vigneault, Carrier, Barnes, Major, Leclerc, Roy et Jasmin.

L’éventail est large et généreux. L’auteur s’y montre ouvert d’esprit. Lui qui longtemps fut réticent à accorder quelque crédit à Saint-Exupéry s’amende et enfin l’accueille. Les préjugés ne font pas de vieux os chez lui. Le Petit Prince jugé « plutôt gnangnan » l’avait empêché d’avancer plus loin dans l’œuvre du célèbre aviateur. C’est que Cornellier attend « de la littérature quelque chose de plus corsé, de plus bouleversant. » Mais voici qu’il se ravise. On l’a assuré que les autres ouvrages de Saint-Ex « sont plus adultes, plus profonds ». Dans l’introduction de Demeure, un essai de François-Xavier Bellamy, il découvre la Lettre au général X de Saint-Exupéry. C’est l’occasion pour lui d’approfondir ses réflexions sur la souffrance humaine et la relation qu’elle entretient selon Saint-Exupéry avec ce que Cornellier identifie comme un « vide spirituel qui ne peut qu’engendrer son désespoir, même en temps de paix. » Cet essai est riche et je ne veux m’y attarder trop longuement. Je me bornerai à lier l’approche spirituelle de Cornellier et celle de Saint-Exupéry.

Voyant quelques jeunes soldats endormis, victimes si l’on peut dire de ce vide spirituel, Saint-Exupéry écrit qu’il faudrait « faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien. » Suite à quoi Cornellier écrit : « La méditation de l’écrivain, qu’on ne s’y trompe pas, ne relève pas du prosélytisme chrétien. Au passage, Saint-Exupéry confie même ne pas avoir la foi, au sens habituel du terme. Sa foi, il la place dans ‘‘une vie de l’esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence’’, dans un souci de la ‘‘civilisation’’ conçue comme ‘‘un bien invisible, puisqu’elle porte non sur des choses, mais les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement’’ et qui sont le fruit de la culture, seule à même de donner du sens à la vie humaine. Indifférent à cette culture, à cette civilisation spirituelle qui créent ‘‘les liens d’amour’’ entre lui, les choses et les êtres, l’homme vit dans le désert et ‘‘y meurt de soif’’. »

Cornellier partage avec Saint-Exupéry cette foi où la transcendance est pour ainsi dire horizontale, mais il possède en sus cette autre foi qui est celle de la transcendance verticale. Mais ne nous méprenons pas, ses essais regroupés ne procèdent pas eux non plus d’un prosélytisme chrétien, ou si peu, et alors la discrétion et l’humilité en font le prix et la saveur. Il faudra attendre la fin de l’ouvrage pour être nous-mêmes touchés par cette grâce. Quoique disséminés çà et là, des passages auront fait vibrer en nous une corde sensible au sentiment de transcendance qui anime l’auteur. Dans l’épilogue, auprès de Cornellier, nous nous réchaufferons plus tard à ce feu qui console. Ce chapitre s’intitule justement Épilogue / Le feu qui console. Il s’agit ici de ce feu dont j’ai parlé plus haut, c’est une foi toute simple, humble comme les ânes chez Francis Jammes, simple comme celle que l’on rencontre chez un Félix Leclerc ou un Gilles Vigneault. Mais ce qui nous y rend sensibles, ce n’est pas tant la présence ici de ces célèbres icônes de notre culture populaire, c’est plutôt celle de l’auteur, qui jamais n’aura dans ses essais pris la pose du distant prosateur au-dessus de tout, de ses lecteurs surtout, comme d’autres proférant des idées glacées et faisant mine de s’absenter pour confier à leurs idées seules tout le travail de la pensée.

Non, Cornellier est avec nous, près de nous. Adoptant le ton de la confidence parfois, non en cela qu’il confesserait des fautes, mais bien plutôt dans sa manière de parler d’une grand-mère aimante, du rôle qu’elle a joué dans son éveil au monde, dans l’émerveillement que suscitent les choses toutes simples de la vie. Cornellier est présent dans son œuvre, et il se montre fort accueillant. Ce mouvement de rejet qu’il eut à l’endroit de Saint-Exupéry, d’autres l’auraient aujourd’hui qui, sans même avoir lu une seule ligne d’Éric-Emmanuel Schmitt, se montrent allergique à son univers. Cornellier parle de Mozart en citant ce dernier. Il ne « snobe » ni Leclerc ni Vigneault. Il faisait la fine bouche devant l’œuvre de Houellebeck. Son frère l’a convaincu de le lire. Il s’est plié à l’exercice, en a tiré de fructueux bénéfices. L’auteur de Soumission l’a accompagné dans sa quête. Et que dire de la franchise avec laquelle il avoue aimer Yves Duteil ? Qui n’est pas Brel ou Cohen. « J’ai toujours aimé Yves Duteil. Je sais bien qu’on dit parfois de ses chansons qu’elles sont mièvres et mielleuses, mais je n’en ai cure. À mon âge, on peut choisir d’aimer contre l’opinion à la mode. Et de l’œuvre de Duteil, justement, j’aime la douceur, la bonté, la beauté et l’absence de cynisme. L’artiste, sans tapage, sans provocation, s’engage — pour la langue française, pour la tolérance religieuse, pour la fraternité […] »

Je ne vois pour ma part rien de mièvre ou de mielleux dans les essais de Cornellier. J’y perçois cependant douceur, bonté, beauté, absence de cynisme et, surtout, un sens remarquable de la fraternité et du partage.

Ce qu’écrit Cornellier au sujet d’André Major pourrait très bien s’appliquer à lui-même. « La ‘‘voix assourdie’’ qu’il fait entendre brille par sa discrétion, par sa clarté, par sa modération stylistique, par sa vérité, ce qui donne à ses carnets une apaisante tonalité fraternelle. » Nous trouvons une tonalité semblable chez Cornellier, une tonalité fraternelle.

La modération dans son cas n’est pas que stylistique. J’ai parlé plus haut d’une recherche d’équilibre, d’une composante d’équilibre qui me semble entrer dans la nature de ce penseur. Il cite les mots suivants de Major qui se réclame d’un « amalgame de progressisme et de conservatisme, qui se tient à égale distance d’une droite néolibérale qui nous mène dans l’impasse et d’une gauche misant sur un progressisme aveugle ». Lui-même, alors qu’il disserte sur le FLQ, la crise d’Octobre et la position de notre peuple en matière de révolution, en vient à la conclusion suivante (le « nous » renvoie aux Québécois) : « L’histoire nous a appris, c’est peut-être là notre sagesse spécifique, qu’il était préférable de vivre dans un tragique de basse intensité plutôt que de jouer son va-tout pour laisser l’avenir ouvert. » Le principe de l’« égale distance » se retrouve aussi dans l’écriture de Cornellier.

Lisant Ma vie avec Mozart d’Éric-Emmanuel Schmitt, il est séduit par les propos que tient son auteur devant les qualités de l’écriture du compositeur. Cornellier voit chez le musicien « une école de noble simplicité. » Il écrit : « Le débat qui oppose l’art savant à l’art populaire traverse toutes les époques récentes. » Ici encore, Cornellier opte pour la voie médiane, qui, je le rappelle, entre dans sa nature, étant un legs qu’il chérit et que la citation suivante permet de mieux saisir : « Je suis, comme Fernand Dumont, un émigrant, passé de la culture première (villageoise, populaire, modeste) à la culture seconde (intellectuelle et savante). Je tiens à l’une (à la musique populaire, à la religion de l’église du village, à la simplicité des relations humaines, aux plaisirs de la grivoiserie) et à l’autre (à la littérature et à la musique savante, aux discours théologiques subtils). Coupé de la première ou de la seconde, je m’ennuie. Quand j’écris, j’essaie d’être sur le pont et de regarder tantôt vers une rive, tantôt vers l’autre, puisque je sais que ma liberté et le sens de ma vie sont à l’intersection de ces mondes. »

Lorsqu’il y a quelque temps j’ai lu et commenté le dernier recueil de poèmes de Louis Cornellier, le poète s’est manifesté et m’a écrit un mot sur mon blogue. Je lui ai répondu, j’ignore s’il a lu cette réponse. Je la reproduis ici, légèrement modifiée. Elle ajoutera à mon commentaire, car ce qui vaut pour ses poèmes vaut pour ses essais.

Cher Louis Cornellier,
Votre réponse me donne l’occasion d’entendre à nouveau votre voix. Cela fait plaisir. Cela me rappelle aussi un engagement pris avec moi-même, celui de découvrir Une affaire de sens. Essais sur la littérature et la transcendance.
Je suis heureux d’avoir lu et commenté votre recueil. Le « travail » que je fais avec mon blogue me permet d’accueillir des voix diverses. Je veux entendre et faire entendre ce que chacune offre dans sa singularité.
Chez vous, j’ai été sensible au fait que votre parole agit à hauteur d’homme. C’est avec simplicité que vous dites les choses. Cela est plutôt rare et bienvenu. Lisant certains ouvrages de poésie, il m’arrive d’être un peu perdu. C’est que pour entendre un propos, encore faut-il être en mesure de repérer son référent. Il faut savoir de quoi parle un texte, pour comprendre ce qu’il dit.
On n’éprouve pas ce type de difficulté en vous lisant, difficulté qui semble faire les délices de quelques poètes. Notez que ces poètes sont parfois remarquables. Ils ont du talent, peut-être du génie. Ils doivent penser plus ou moins ce que je pensais quand j’avais vingt ans, alors que je croyais avoir atteint mon but lorsque mon père, penaud, perplexe, m’avouait qu’il ne comprenait rien à mes écrits.
Si mon vieux père revenait aujourd’hui parmi nous, convoquant le petit homme en moi, je m’empresserais de produire à son intention un ouvrage de poésie où il parviendrait enfin à percevoir un peu de lumière. Il y en avait si peu dans mes premiers vers.
Je m’étonne de n’avoir pas cité Fénelon dans le billet que j’ai consacré à vos poèmes. C’est que je le fais peut-être trop souvent. J’ai dû craindre de lasser mes rares lecteurs. Fénelon ne s’oppose pas à l’intelligence, il rejette « l’excès d’esprit ». « On tombe dans le défaut de répandre un peu trop de sel et de vouloir donner un goût trop relevé à ce qu’on assaisonne ». Il nous rappelle qu’il y a des poètes qui abusent de l’ornement et se plaisent à proposer des énigmes. « Tant d’éclairs m’éblouissent ». Il pense que l’originalité va parfois de pair avec l’excès d’esprit et les ornements superflus. Il écrit ceci, qui donne à réfléchir : « la singularité est dangereuse en tout ». Il ajoute : « Le beau ne perdrait rien de son prix, quand il serait commun à tout le genre humain. »
Il y a enfin chez lui une déclaration qui mérite amplement d’être méditée : « Je veux un sublime si familier, si doux et si simple, que chacun soit d’abord tenté de croire qu’il l’aurait trouvé sans peine, quoique peu d’hommes soient capables de le trouver. »
Il écrit aussi ceci que je trouve très fort : « Je veux un homme qui me fasse oublier qu’il est l’auteur, et qui se mette comme de plain-pied en conversation avec moi. »
Je crois que vos écrits répondent aux vœux exprimés par Fénelon dans cette dernière citation.

Après avoir lu Une affaire de sens, je constate une fois encore que Louis Cornellier parvient vraiment à se mettre de plain-pied en conversation avec nous. Fraternellement.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

8 commentaires sur « Louis Cornellier : Une affaire de sens : Essais sur la littérature et la transcendance : Les éditions Médiaspaul : 2022 : 168 pages »

  1. Cher Daniel Guénette,
    Quel privilège d’avoir droit à une seconde critique si généreuse de votre part, après la première, datant de quelques mois à peine, portant sur mon recueil de poèmes.
    Je voudrais que tous mes lecteurs et lectrices soient comme vous, c’est-à-dire attentifs et généreux, capables de saisir la vibration subtile des textes.
    Vous m’avez ravi en évoquant le caractère incarné de mes essais, mon souci de réactualiser les enseignements anciens et ma volonté de tendre fraternellement la main à mes frères et soeurs lecteurs.
    Votre critique résume admirablement les convictions profondes qui motivent mon engagement d’écrivain.
    Je ne crois pas, dans ma vie, avoir reçu de critiques plus justes et plus fines que les vôtres.
    En toute fraternité, merci.
    Louis Cornellier

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    1. Cher Louis Cornellier,
      Le retraité de l’enseignement que je suis depuis onze ans aura pour vous une pensée au moment de la rentrée. Vous êtes content de mon billet ; tant mieux si j’ai été capable de vous donner un certain petit bonheur. Malheureusement, il y a des pouvoirs que je n’ai pas, entre autres celui de chasser les papillons de la rentrée. Si certains vous importunent dans quelques jours, hélas ! je ne pourrai rien pour vous. Vers la fin du mois d’août, j’ai souvent chassé les papillons avec les chansons de Georges Brassens, mais comme vous l’écrivez si bien, un petit air guilleret de Mozart fera sans doute l’affaire, c’est là une affaire de sens, évidemment.
      Daniel

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  2. Ton blogue est toujours une invitation passionnée à la lecture et cet auteur remarquable pousse l’orfèvre que tu es à ciseler encore quelques sublimes bijoux: «Car lire est une longue promenade entreprise à même un chemin semblable à celui de Compostelle».
    «L’enseignant apprend rapidement dans sa carrière que de brillantes envolées aveuglent la plupart de ses élèves»…
    Et cette rare remarque acidulée que tu t’es permise:« comme d’autres proférant des idées glacées et faisant mine de s’absenter pour confier à leurs idées seules tout le travail de la pensée»! Quel thème à approfondir.

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  3. Remarque acidulée ! Sans doute est-ce dû au relent d’une parcelle de chimie avalée à l’époque où je courais les hallucinations psychédéliques. Ou ce serait la faute d’un fragment de champignon demeuré en suspens dans ma cervelle depuis ma triste adolescence et qui s’est manifesté inopinément lors de la rédaction de cette « petite étude ». Ou encore, le relent d’un alcool frelaté bu à l’époque où je roulais sous les tables de toutes les tavernes de la ville, dans le temps où il y en avait encore, est peut-être la cause de mes dérèglements, de cette petite méchanceté que tu as observée au sein de mon discours, lequel ordinairement est davantage policé. Ou peut-être cela vient-il d’une vache enragée, savourée l’autre jour dans les poubelles d’un restaurant peu recommandable. J’erre souvent tel un poète maudit dans les ruelles mal famées de Montréal.
    Cher Laurent, je dis n’importe quoi, j’enrage, je viens de me faire battre dix fois de suite aux échecs : je joue contre l’ordinateur et il me bat à tout bout de champ. C’est ça qui me fait délirer et prétendre que j’ai un jour été un mauvais garçon, moi qui fus plutôt un sage enfant de chœur.

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