Camille Readman Prud’homme : Quand je ne dis rien je pense encore : Poésie : Éditions L’Oie de Cravan : 2021 : 108 pages

Cher ami,

Je t’écris pour différer le moment où j’entamerai la rédaction d’un commentaire que j’entends consacrer sous peu au recueil d’une jeune poète. Je dis une jeune poète; à vrai dire j’ignore tout de cette personne. À son sujet, je ne puis que conjecturer. En la lisant, en raison d’une certaine fraîcheur, de la vive intelligence de ses propos — il conviendrait de souligner la sagacité dont ils font montre, la sensibilité aux choses de la vie qu’ils manifestent — j’ai l’impression d’assister à l’ouverture au matin de quelque chose comme une fleur, à l’éclosion d’un chant d’oiseau.

Tu vois, c’est pour éviter de délirer de la sorte, lorsque j’entreprendrai la rédaction de mon billet, que je t’écris à toi tout d’abord. Je sais que tu me pardonneras ces imprécisions, ces approximations.

Enfin, si je t’écris, c’est justement pour qu’en procédant de la sorte je puisse exprimer mes impressions de lecture. Il y a toujours dans celles qui nous viennent spontanément un fond de vérité non négligeable. À commencer par l’enthousiasme qui dès la première lecture s’empare de nous. Cet enthousiasme ne ment pas. Il ressemble à la fébrilité que ressent le chercheur d’or lorsqu’il découvre un gisement, un tas de pépites dans le cours clair d’une rivière. Leur scintillement se réfléchit dans sa pupille. C’est le moment de l’émerveillement avant que ne débute le labeur qui consistera à les extraire du lit de la rivière.

Cher ami, comme tu peux le constater je délire encore. Tu mérites davantage de clarté. Je t’en promets. Mais d’abord, une anecdote.

On a récemment décerné le Prix des libraires. Je suivais la chose un peu distraitement. J’avais lu quelques-uns des ouvrages en lice dans la catégorie poésie. Je croisais les doigts, ayant eu le plaisir de leur découvrir des mérites susceptibles de voir couronné l’un ou l’autre parmi ces derniers. Du temps passa, je n’eus vent de rien. J’oubliai cette histoire.

Puis, le hasard voulut que j’entrasse dans une librairie. Je garde pour te faire sourire ce curieux et quasi désuet subjonctif. Je bouquinais. Une fois rendu à la caisse, bien en vue, je vis une pile de livres jaunes ainsi qu’une mention signalant que Quand je ne dis rien je pense encore était l’ouvrage primé. Tu le sais, j’ai lu les vieux de la vieille, j’ai commenté les livres de nos aînés, ceux de mes contemporains, plus rarement ceux de jeunes auteurs et autrices. Histoire de savoir si à mes yeux ce prix était justifié — je te rappelle que j’avais en mémoire la lecture de deux ou trois autres recueils ayant été en lice — je m’en procurai un exemplaire.

Du temps passa. Bon, je l’admets, je te raconte une histoire plutôt triviale, mais c’est ici qu’elle cesse de l’être.

Un matin, très tôt, sous un ciel aussi clair que le lit de la rivière, le dos argenté des poissons s’apprêtant à y reluire parmi les pépites dorées de l’émerveillement, sous le chant des oiseaux, avec les fleurs du jardin, dans le silence, j’ouvris le recueil de Camille Readman Prud’homme.

Cher ami, jamais achat d’un recueil de poésie ne fut à ce point récompensé. Je veux te dire pourquoi je l’aime.

J’ai évoqué plus haut ce que j’ai appelé la sagacité des propos tenus par la poète. À vrai dire, il faudrait retirer à la sagacité sa vivacité inhérente. Je ne sais rien de la poète et ignore donc totalement ce qu’il en est de son cogito, du temps surtout qu’elle peut mettre à parvenir à ses pensées. Ce que par contre je peux facilement constater, et ce, sans l’ombre d’un doute, c’est que cette personne fait montre d’une très grande finesse dans ses observations, dans ses réflexions.

Mais, me demanderas-tu, lisant ces mots d’observation et de réflexion, est-il ici question vraiment de poésie ?  Ne parle-t-on pas plutôt d’un essai ? Je te répondrai que peu importe le nom qu’on lui donne, en quelque langue que ce soit, lorsque l’or brille à ce point, on ne s’embarrasse pas d’interroger les vocables servant à le désigner. On plonge ses mains dans l’eau claire de la rivière, et comme les comparaisons ne sont que des comparaisons, on admet ce faisant que le mot or n’est qu’un faire-valoir, une façon de dire que les poèmes de Readman Prud’homme recèlent de véritables trésors de poésie et de vérité.

Oui, ce matin-là, et encore aujourd’hui, alors que je reprends la lecture de ce livre, l’impression qu’il me donne est si forte, si belle que je songe À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Ce n’est pas l’écriture, le style de la poète, qui fait naître en moi ce rapprochement, mais bien plutôt ce que représente chacune des pages qu’elle écrit. Débarrassées de la gangue que leur serait un récit, en l’absence des péripéties entraînant dans leur destin des personnages de papier, ces pages correspondent à ces éblouissements où nous jettent chez Proust les passages où sont cristallisées des pensées, des impressions, de fines remarques regorgeant de psychologie.

Romancier tour à tour réaliste et fin psychologue, peignant aussi bien de vastes fresques sociales que les sombres replis de l’âme humaine, Proust observe le monde autour de lui autant que celui de notre obscure intériorité. En moins de mots que chez le romancier, une page de notre poète parvient à exprimer des vérités de cet ordre.

On vient de faire paraître, sous le titre Je cherche l’obscurité, une nouvelle compilation de certains poèmes d’Emily Dickinson. Ils sont traduits par un dénommé François Heusbourg.  Je la parcourais ce matin, me disant que ce qui nous touche dans ces poèmes n’est somme toute pas très éloigné de ce qui provoque notre adhésion lorsque nous lisons Readman Prud’homme. Je dis « nous », car je sais très bien qu’un tel sentiment ne peut qu’être partagé.

Dans les poèmes de notre contemporaine, il y a un mot que je retiens, c’est celui de loyauté. Voilà une valeur morale fort proche de ce que l’on appelle l’intégrité. L’intégrité consiste en une certaine forme de loyauté. Il s’agit ici de se tenir dans sa propre vérité, de parler en toute lucidité, pour dire avec justesse ce que l’on observe devant soi et en soi, sous nos yeux et lorsqu’on les referme afin de mieux méditer, de vraiment réfléchir. Rarement lit-on des poèmes aussi dépouillés, sans détours rhétoriques, exempts de circonlocutions et de faux brillants, si distincts dans leur or de cela que l’on désigne sous l’expression d’or des fous.

Cher ami,

Tu auras été encore une fois l’ami patient de toujours. Grâce à ta complicité, je me sens prêt maintenant à entreprendre l’écriture de ce billet. Mais avant de m’y mettre, une dernière confession.

On peut lire ce qui suit dans l’un des derniers poèmes du recueil : « même si ces temps-ci tu te fâches contre les images, et contre la tendance que nous avons à croire qu’elles remplacent ce qu’elles représentent, dans les endroits où tu vis tu t’en entoures quand même […] » Ces paroles m’ont interpellé, parce que depuis que j’ai ouvert ce livre, me voici curieux de découvrir le visage de la poète. Or le désir que j’ai de m’approcher de ce qui déjà est si près, en réalité point n’est besoin d’y céder, car les mots de la poète, tu l’auras compris, offrent en eux-mêmes accès à l’essentiel, et ce serait en quelque sorte trahir un pacte implicite que de chercher à m’en distraire, à me soustraire à leur douce puissance pour aller satisfaire une curiosité à laquelle donner lieu ajouterait fort peu à ce que les poèmes offrent déjà si généreusement. Il y aurait, pour paraphraser la poète, illusion à croire que son image puisse remplacer ce qu’elle représente.

Dans cette chronique, je m’en tiendrai aux poèmes. Il est temps de plonger dans la rivière où nous attend non pas une pâle Ophélie, mais une jeune poète en possession déjà de ses moyens.

Le titre du recueil est fort bien choisi. En effet, tous les textes qu’il chapeaute sont relatifs au fait de parler ou de se taire. Tous ont trait, peu s’en faut, à la conversation ou au silence dans lequel nous plongeons lorsque nous sommes ou non en présence des autres. À vrai dire, les poèmes de ce recueil portent principalement sur le silence, le nôtre, celui de la poète. « Quand je ne dis rien je pense encore » : voilà des mots qui renvoient au monde du dedans ainsi qu’à celui de l’espace que nous occupons avec les autres, nos semblables, ceux auprès de qui nous nous taisons ou avec lesquels nous engageons la conversation. Or dans un cas comme dans l’autre, nous sommes toujours des êtres pensants, alors qu’en nous les mots accomplissent leur travail. C’est dans le recours à ces derniers que se déploie notre pensée.

Les poèmes de Readman Prud’homme témoignent de notre rapport aux autres, tel qu’il se présente dans le monde physique où nous les côtoyons. Ils rendent également compte de ce qui se passe en nous dans notre psyché. Ces choses sont ainsi dites, dans ce recueil, qu’on leur attribue spontanément une certaine qualité de tremblante vérité. Je dis « tremblante », puisque la poète en aucune fois ne s’avance sur le terrain, miné à ses yeux, de la certitude. Elle n’a de cesse de mettre en doute les pouvoirs et les séductions réductrices de la ligne droite, de la pensée tranchante et des assertions systématiques. Mais cette tremblante vérité est énoncée, circonscrite avec tant d’à-propos, de subtilité, qu’il nous semble en lisant ce recueil être directement mis en lien, en contact étroit, avec la discrète poète qui se laisse deviner à travers ses poèmes, leur transparence étant pour ainsi dire lumineuse.

Dans son recueil, la poète se révèle paradoxalement tout entière. Elle livre ses pensées intimes, intérieures. Mais rien ou si peu de son existence n’est dévoilée. Aucun des faits et gestes apparaissant ordinairement dans les textes de nature autobiographique n’est vraiment, du moins in extenso, relaté dans ses poèmes. On n’y trouve rien qui s’apparente de près ou de loin à des confessions. Malgré tout, la présence de la poète illumine ses écrits. On a affaire ici à une évidente authenticité. En lisant ses poèmes, la présence que l’on ressent est telle que, personnellement, pour parler de la poète, je serais tenté de me servir de son simple prénom. Camille. Je dirais alors que Camille lève le voile sur les mouvements de l’âme ou, si l’on préfère, les mouvements de la psyché, mouvements dont le premier venu n’a pas toujours conscience, mais que la poète lui permet aisément de saisir au passage. J’ajouterai que ces phénomènes, elle les appréhende à la manière des psychologues. Certains grands écrivains, je songe tout particulièrement à Proust, possèdent cette sensibilité permettant de percevoir ce qui se trame en nous à notre insu.  Notre poète possède assurément ce don.

Les aspects du monde social, relatifs aux rapports humains, elle parvient également à les saisir, sachant observer le monde ainsi que le font les écrivains réalistes. Mais, on l’aura compris, ce sur quoi principalement se penche l’écrivaine, c’est le langage. Par moments, on croirait ses poèmes écrits par une linguiste ayant mis de côté ses outils de sémioticienne et s’exprimant le plus simplement du monde, parvenant alors à dire des choses en réalité fort complexes. C’est là un tour de force qui mérite toute notre admiration. Mais ce n’est pas le seul tour de force que réalise la poète dans ce premier ouvrage. Ses qualités formelles sont tout aussi remarquables.

Camille Readman Prud’homme écrit avec une élégance que je dirais invisible. De la même manière qu’elle se montre dans ses écrits tout en s’effaçant quasiment, c’est en recourant à une parole toute simple qu’elle parvient à descendre au fond de la nuit (j’emprunte ici à sa dédicace : « À celles et ceux qui descendent au fond de la nuit, / quitte à perdre un peu de jour. / Que je vous connaisse ou non, je vous aime. »).

Descendre au fond de la nuit, métaphore renvoyant possiblement au monde intérieur que j’évoquais ci-haut. La poète effectue cette descente, mais j’oserais dire que ce faisant, elle est loin de perdre la lumière du jour. Bien au contraire, elle éclaire cela qui se trame en nous lorsque nous parlons seuls ou avec les autres.

L’écriture de Readman Prud’homme est sobre. Elle est même classique, d’aucuns diraient sa facture traditionnelle. Parmi les seuls traits qui la différencient de ce qu’on a pu écrire au siècle dernier, même antérieurement à l’avènement du surréalisme, il y a l’absence de la majuscule en début de phrase. Autrement, ce qu’on lit, et qui se présente comme des fragments, rien sur le plan de la langue et du style ne le lie à une époque en particulier. Ce recueil n’est ni à la mode ni démodé.

Ce n’est pas l’écriture du Grand siècle, mais le lexique mis à part, où parfois des mots d’ici et de maintenant paraissent, rien dans cet ouvrage n’y diffère profondément de ce qu’on a pu écrire avant la période dite de la modernité. Je parlais de fragments, eh bien justement, ce qu’écrit Prud’homme me fait un peu songer à Barthes. C’est l’équivalent de la ligne claire qu’Hergé privilégiait et recommandait. Ne nous méprenons pas, il n’y a pas plus grande modernité que celle-là.

Au jeu des citations, afin d’illustrer les qualités de cette écriture, pour en montrer la finesse, l’excellence, j’hésite à choisir. Généralement, plutôt que de révéler ses beautés, en raison de l’absence du continuum où seule la lecture les laisse véritablement éclore, ce que l’on extrait d’un ouvrage ne parvient qu’à les affadir.

Pour dire en quoi cet ouvrage est réussi, il me faut nuancer mon propos, le corriger, ne serait-ce qu’en revenant sur cette présence de l’écrivaine dont j’ai dit qu’elle est plutôt discrète. Il aurait fallu préciser que l’ostentation n’est pas son fort, que jamais elle ne cède à la manie de l’exhibitionnisme ou de la fanfaronnade. Elle est présente, et elle dit « je ». Toutefois, nuançons.

Un « je » tu : un « tu » je. Il y a des « je » qui tout en se disant disent l’autre, concernent celui à qui l’on s’adresse, comme en miroir, dans le vis-à-vis, la réciprocité. Lorsque la poète, après avoir recouru au « je » dans la première section de son ouvrage, passe au « tu », comme s’adressant à nous ou à quelque autre, ainsi qu’à elle-même, ce « tu » est à la fois un « tu » et un « je ». Si bien qu’il en résulte une sorte de généralisation, ce qui s’appliquant à l’un s’appliquant également à l’autre, aux autres. Cette sorte d’universalité s’ajoute à ce qui dans le discours lui-même se trouve reconnu comme étant une pensée à laquelle le lecteur adhère tant elle lui semble juste. Il n’y aurait que cela, cette universalité, ce serait beaucoup, mais plutôt commun dans la mesure où les meilleurs poètes parviennent depuis toujours à la manifester dans leurs écrits. On se souviendra du mot de Victor Hugo : « Ah! Insensé, qui crois que je ne suis pas toi! » Le petit « je » des petits poètes n’a en soi pas grand intérêt. On aura compris que le « je » chez Readman Prud’homme finit par concerner beaucoup plus vaste que sa seule petite personne. En cela réside une partie de sa grandeur.

Des divers sentiments que procure un ouvrage de littérature, le plus merveilleux qui se puisse éprouver est celui de la plus vive admiration. C’est un sentiment qu’on éprouve parfois, mais plutôt rarement. On lit des recueils de poésie avec l’intention de les apprécier à leur juste valeur; on y cherche des pépites et pour peu qu’on persiste dans cette recherche, on finit souvent par en trouver. Ainsi reconnaît-on à leurs auteurs du talent, de la sensibilité, de l’ingéniosité, voire du génie. Il se trouve que celle qui signe Quand je ne dis rien je pense encore possède des dons qui enlèvent, c’est le moins qu’on puisse dire, notre admiration.

Le charme opère dès la première page. Et les suivantes ne manquent pas de l’accroître. Le lecteur est immédiatement gagné par une sorte de simplicité qui n’a rien de banal, rien d’enfantin, et qui pourtant est pleine d’une grâce si subtile, comparable je dirais à un parfum. C’est une grâce qui se peut saisir dans la matérialité même du texte, on peut mettre le doigt dessus, on s’écrie devant tant et tant de passages, ils sont tout simplement bien écrits. Dans leur excellence, ils n’ont rien d’ostentatoire. Je tiens à préciser que cette excellence ne réside pas uniquement dans la plasticité du verbe, toute délicate, où chaque fil tisse un morceau d’ensemble dont la solidité, me semble-t-il, est à toute épreuve.

Readman Prud’homme a produit un recueil, on l’aura compris, qui n’a rien d’un florilège, sinon cette impression de fantaisie qu’en raison de leur ordonnance composite produisent parfois les florilèges. Des fleurs par leur diversité séduisent dans les meilleurs d’entre eux. Dans l’ouvrage de notre poète, il en va de même quant à la séduction, car bien que son ouvrage soit un, et rigoureusement concerté, tissé serré comme on dit, on le parcourt sans jamais avoir le sentiment que la poète s’y répète. Il y a de la variété dans l’unité de son recueil. De la légèreté aussi, dans la mesure où jamais elle n’appuie. Elle n’est pas du genre, qu’on me permette ces métaphores, à augmenter le caractère typographique de ses énoncés, à surligner ses propos avec « un trait de crayon feutre (sic) ».

Ce que l’on trouve dans le recueil de Camille, c’est d’abord et avant tout de la profondeur. Je rappelle la dédicace, l’adresse en début du recueil : « À celles et ceux qui descendent au fond de la nuit […] » Dans un des poèmes, il est question d’ «amis souterrains » : « des amis avec qui tu as pu descendre au fond des idées parce que vous pensiez aux mêmes objets ».

Il y a des idées dans ce recueil. Mais comment dire ? On croira qu’il est profondément intellectuel. Bien que je n’aie rien contre, alors que l’intelligence me semble atteindre ici de merveilleuses « bassesses » (il s’agit, je le rappelle, de « descendre »), je ne vois à proprement parler aucune « intellectualité » dans ce recueil. Rien qui s’apparente à de la théorie, nul recours à un jargon savant. Je répète que je ne m’objecterais pas qu’il en soit ainsi, mais ce n’est pas ici le cas. Et pourtant, à voir dans le mot à mot le résultat produit par les cogitations de la poète, je ne puis que m’incliner devant la « science » qu’elle manifeste à l’endroit du simple fait d’exister en tant que sujet parlant ou se taisant.

Je mentirais si je disais que dans ce recueil il n’y a pas de pages plus « belles », plus « parlantes » que d’autres. Mais j’aurais peine tant elles sont nombreuses à prélever les plus belles, les plus saisissantes. Le jeu des citations représente ici un défi impossible à relever. On devra me croire sur parole. Ce recueil est exceptionnel. La plupart des poètes, moi le premier, donneraient tout ce qu’ils ont écrit pour n’en avoir produit qu’un seul qui lui soit comparable.

tu es à discuter avec quelqu’un et tu découvres tout à coup que tu
parlais au vide, la personne est là mais ce n’est plus qu’un corps, on
a quitté ce que tu disais pour le ciel de tempête, pour le passant qui
semble sorti d’une autre époque, pour l’odeur de pizza, pour la chan-
son qui passe, on a quitté ton histoire pour écouter ce que disent les
gens qui ont haussé le ton, pour regarder l’heure, pour répondre à un
message, pour s’assurer de n’avoir rien manqué, on ignore qu’on te
blesse, tu poursuis mais sans élan.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

12 commentaires sur « Camille Readman Prud’homme : Quand je ne dis rien je pense encore : Poésie : Éditions L’Oie de Cravan : 2021 : 108 pages »

  1. Cher Daniel

    je ne comprends pas trop pourquoi le message m’arrive sur mon courriel. J’ai cru que tu me demandais un avis. Puis, je suis aller nager et au retour, je vois sur FB que ce blogue avait déjà été publiée en juin. Et je me souviens maintenant l’avoir lu, du moins il me semble.

    Tes articles sont toujours aussi fouillé et généreux.

    Camille a été une de mes étudiantes pour un cours. Parmi les meilleurs. Je tiens la poète pour un bel avenir, tout comme quelques autres poètes trentenaires comme Vanessa Courville, Jonas Fortier ou Andréanne Vallières…Il y en a d’autres bien entendu.

    Le rapprochement avec Barthes est intéressant. J’ai hâte de voir ce qu’elle fera. Laissons- la travailler son art.

    passe un bel été. J’ai toujours plaisir à te lire.

    paul

    >

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  2. Cher Paul,
    Le « cher ami  » est un procédé littéraire. J’avais d’abord écrit « Cher Richard ». FB a sans doute pensé que ce billet devait parvenir à tous mes amis FB. Si c’est le cas, c’est bien amusant.
    Enfin, je suis content de te lire. Content aussi que tu fréquentes mon blogue à l’occasion. Mais entre toi et moi, sache que chaque fois que je publie un billet, je suis insatisfait. Je me dis qu’il y avait mieux et autre chose à dire. Enfin! Je fais mon possible. Dans le cas du livre de Camille, j’ai franchement été ébloui.
    Passe toi aussi un bel été.

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  3. Et j’ajoute, ami Paul, que c’est la première fois que je publie ce texte sur le livre de Camille. Récemment, j’ai écrit sur les recueils d’Élise Turcotte et de Diane Régimbald (sur d’autres ouvrages aussi, bien entendu).

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  4. Cher Daniel,

    Ce commentaire généreux à l’égard du recueil du jeune poète plus que remarquable m’a emballé, notamment, je dois l’avouer, parce qu’il vient confirmer l’impression que m’avait laissé ce recueil. «Quand je dis rien je pense encore» est à mon avis le plus beau livre de poésie paru au Québec depuis le début du XXIe siècle! Rien de moins. Ton commentaire vient donner un bel écho à une œuvre qui doit absolument circuler!

    Merci Daniel!

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    1. Je suis content de voir qu’on s’entend sur ce point (ça commence à faire une vraie pyramide de points sur lesquels on s’entend et construit notre bonne entente) : content de voir que, somme toute, je ne délirais pas en disant tout le bien que je pense de ce livre. Oui, c’est vraiment un excellent recueil. Je n’ai pas lu tout ce qui s’est publié ici en poésie depuis 2000, mais je suis vraiment de ton avis : c’est très certainement le top du top.

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      1. Clin d’œil ! Un prix est un prix. Celui qu’a obtenu C.R.P est mérité. Ils le sont sans doute à peu près tous. Le meilleur des prix est toutefois celui de la lecture. Des œuvres remarquables ne sont pas toujours remarquées. Celle-ci l’est et nous nous en réjouissons.

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    1. Assurément, si elle est éligible (moins de 35 ans), C.R.P. remportera le Nelligan cette année. Ou si son livre (il est de 2021) ne peut plus être pris en considération, pour cause de péremption, eh ben ! tant pis, il remporte le prix du Petit Dédé blanc-bec.

      Aimé par 1 personne

  5. Cher Daniel,
    C’est un plaisir de vous retrouver ici et de vous lire. J’ai adoré ce recueil de C.R.P. Et le plus important des prix n’est-il pas d’avoir créé un émoi chez un, deux ou des milliers de lecteurs ?

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