Louis Cornellier : Parmi les grands suivi de Petit homme : Poésie : Éditions de l’Hexagone : 2022 : 78 pages

Les lecteurs du journal Le Devoir connaissent Louis Cornellier. Ils lisent ses chroniques le samedi matin en prenant leur petit-déjeuner. Ce sont des chroniques qui portent sur des essais. L’auteur y parle de littérature, de philosophie et donc, forcément, de la société et du monde dans lequel nous vivons. Pour ma part, c’est toujours avec plaisir que je lis ces chroniques. Elles me font faire des découvertes. Quelles que soient les positions du journaliste, j’admire la modération avec laquelle il les exprime. Dans une polémique, il n’est pas du genre à verser du vitriol, la terreur n’est pas son fort. Il me fait l’effet d’un médiateur. Sa douceur ne manque pas de force.

Les lecteurs du Devoir connaissent le journaliste. Savent-ils qu’il est également poète ? Moi, je l’ignorais. Je ne savais pas même que le journaliste avait publié de nombreux essais. On ne peut pas tout savoir, mais la récente parution du petit recueil dont il sera question ici ne m’aurait qu’aiguillé dans la direction des ouvrages antérieurs de l’auteur que cela serait déjà un bien considérable. Une affaire de sens. Essais sur la littérature et la transcendance, est un ouvrage récent de Cornellier. Voilà qui pique ma curiosité. Si cet ouvrage me plaît autant que Parmi les grands et Petit homme, j’aurai fait cette année de bien belles découvertes.

Louis Cornellier est donc un poète. Du moins, il l’a été et il le redevient, si tant est que durant une longue interruption, un silence de plus de vingt ans, un poète cesse d’être un poète. Il avait antérieurement fait paraître trois recueils de poèmes, dont un a été finaliste au prix Émile-Nelligan. Cette année, il nous revient avec un recueil qui ne manque pas d’originalité, voire d’audace. Oh! J’en entends qui m’objecteront que la facture de la poésie de Cornellier ne permet pas de placer ce dernier dans le rang des innovateurs ou des inventeurs se démarquant par la forte singularité de leur œuvre. Je ne crois cependant pas exagéré d’avancer que ce qui fait l’audace de la poésie de Cornellier se trouve précisément dans une absence d’audace fort humblement assumée. L’écriture de ce poète brille par une étonnante discrétion. Elle ne manque cependant pas d’inventivité. Je peine à dire ses qualités autrement qu’en disant qu’elle est exempte de défauts, en tout cas des défauts suivants, lesquels n’en sont pas toujours : la tendance à en faire trop, le cheveu poétique coupé en quatre, le croc-en-jambe à tous les pieds, l’image qui en met plein la vue sans qu’on sache tout à fait ce que le poète veut donner à voir, des ellipses trouant la phrase et mettant ainsi le sens en péril, bref, des complications de toutes sortes dont il ressort finalement qu’avec l’auteur, on a forcément affaire soit à un génie ou un crétin. Cette liste de défauts n’est évidemment pas exhaustive. J’hésite à la prolonger indûment, par peur qu’il ne m’en reste plus aucun.

Soyons sérieux. Commençons par dire que Cornellier est un poète amusant, et ce, pour toutes sortes de raisons dont il sera bientôt question.

Prenons d’abord ce titre : Parmi les grands suivi de Petit homme. Deux antithèses. Du pluriel d’une part, d’autre part un seul individu. Ensuite, la grandeur des uns à laquelle fait face la petitesse de l’autre. « Qu’il est aimable dans son abaissement. » Il y a des poèmes somptueux, que l’on destinait autrefois aux grands souverains, on les leur récitait dans les palais. Pensons à Malherbe. Avec Cornellier, nous sommes plutôt dans une étable. La parole de cet homme est simple. Son humilité cependant ne rime pas avec pauvreté. Pour une pensée indigente, pour de bas sentiments, on ira voir ailleurs. Ici, un petit homme est assez grand pour admirer ceux et celles dont il se sent redevable. Il les apostrophe dans la première partie du recueil, dans la section intitulée justement « Apostrophes ». L’auteur consacre de brefs poèmes à une kyrielle d’hommes et de femmes de lettres. À tour de rôle, il salue Blaise Pascal, Gabrielle Roy, un écrivain égyptien nommé Albert Cossery, une écrivaine néerlandaise d’origine juive, Etty Hillesum, notre Claude Jasmin national, le poète Jacques Brault et quelques autres. Les poèmes qu’il consacre à chacun n’ont rien de compliqué. Et pourtant.

Prenons le tout premier d’« Apostrophe ».

Mais comment font-ils
au jardin des Oliviers
pour dormir ? 

La terre bouillonne
Hérode aiguise son couteau
Pilate se retourne dans son lit
c’est presque la fin
et ils rêvent

Aurais-tu dormi, toi
Blaise le fiévreux
toujours à tes pensées
debout
dans une nuit d’automne ?

Peut-il exister
le sommeil du juste
quand Caïn veille
nos douloureuses solitudes ?

Ce Blaise à qui le poète s’adresse, pour savoir qui c’est au juste, il faut ne pas avoir été distrait en classe, lorsque l’enseignant a brossé un rapide tableau de la littérature française du dix-septième siècle. Ou si celui-ci s’est arrêté plus ou moins longuement à l’un des plus illustres écrivains du Grand Siècle, philosophe de surcroît, il faut être à même de se souvenir qu’un certain Blaise Pascal est l’auteur des Pensées. On aura toutefois peut-être oublié le « Mémorial » cousu dans la doublure de son pourpoint, ainsi que sa « nuit de feu » (à quoi fait allusion le mot « fiévreux »), nuit de la conversion de Pascal. Quant à ceux d’entre nous, et ils sont nombreux de nos jours, qui ignorent tout de l’histoire du christianisme, il se pourrait qu’Hérode, Pilate, Caïn et le jardin des Oliviers n’évoquent pour eux rien de bien précis. Voilà en tout cas qui permet de situer notre poète. Il appartient à une certaine tradition, que l’on partage ou non avec lui. Cette tradition nourrit ses réflexions, ses questionnements.

Ce poème justement débute par une question. Sans trop extrapoler, nous pouvons affirmer que l’interrogation correspond au point de départ de la pensée qui se met en marche. Elle est un premier pas. L’interrogation naît de la curiosité. On est curieux de ce que l’on ne connaît pas. Devant le fameux haricot ou pois sauteur, le surréaliste André Breton se cantonne dans le merveilleux, se satisfait de son étonnement. Son jeune ami Roger Caillois réagit différemment. Il interroge. Il cherche à comprendre. Il demande une explication. C’est là, la démarche de la pensée, elle mène au savoir, à la connaissance, ultimement à une certaine transformation du monde ou, à tout le moins, elle modifie notre conception du monde.

Cornellier est un poète qui n’occulte pas la pensée. Il n’écrit pas en recourant à des concepts, mais en servant des mots de tous les jours. Sa poésie est vivante et souriante. On aurait tort cependant de croire que sa simplicité fait fi de la complexité du monde. Si le petit homme salue les grands, c’est bien parce que ces hommes et ces femmes ont en quelque sorte résolu des énigmes ou, plus justement, posé des questions extrêmement importantes.    

Prenons le cas de Pierre Bourgault.

Tu râles
Bourgault
et nous avec toi
depuis que maintenant
malgré les écrits
et les polémiques
c’est toujours jamais

Tu proférais
l’avenir libre
le passé recomposé
par le souvenir
la colère et la résistance

Ta voix m’arrive
aujourd’hui
comme un filet de fumée
chargé d’une vérité
qui ne s’entend plus guère

Dans ce poème, l’auteur s’adresse à une figure bien connue du nationalisme québécois. Il aborde la question de ce nationalisme. Cette apostrophe constitue une manière de synthèse de ce qu’a été, de ce qu’est beaucoup moins aujourd’hui le projet souverainiste québécois. En des mots simples sont convoqués le passé, le présent et l’avenir de cette cause encore soutenue par Louis Cornellier. « Tu râles / Bourgault / et nous avec toi ». La complainte, pour ne pas dire le désespoir, persiste toujours. Ce que ce râle fait entendre est pire que l’expression d’un agacement. La colère bouillonne encore, faite d’exaspération et d’irritation, car « c’est toujours jamais ». Dans ce raccourci, cette économie de moyens, dans le peu de mots réside l’efficacité expressive de Cornellier. Une simple antithèse, un léger paradoxe : « c’est toujours jamais », toujours non à cette importante question qui s’est aujourd’hui étiolée, qu’on ne pose presque plus. La voix de Bourgault n’est plus qu’un « filet de fumée / chargé d’une vérité / qui ne s’entend plus guère ».

On aura remarqué que les images, comparaisons ou métaphores sont rares chez notre poète. Ici, une comparaison passe presque inaperçue tant elle est pertinente, tant elle colle à la réalité qu’elle exprime : la voix du mort est « comme un filet de fumée », la fumée renvoyant sans doute moins au tabagisme de l’intellectuel qu’à sa mort elle-même, la métonymie procédant ici du lien de cause à effet qu’entretiennent incinérations, cendres et fumées.

Dans les poèmes de la première partie du recueil, Cornellier s’adresse à de grands personnages. Ils sont célèbres, mais ne le sont pas tous également et aux yeux de tous. Les lecteurs sont susceptibles d’être parfois légèrement déroutés. Ils le seront s’ils ignorent qui est un tel ou une telle. Ce Jasmin, qui est-ce ? Et Etty ? Les poèmes où apparaissent ces personnes fournissent des indices, contiennent des allusions à ce qu’elles furent. Par exemple, avec le premier. Pour peu qu’on ait vécu au Québec durant les années 60 et les décennies suivantes, on se souviendra du téléroman qui s’appelait La petite patrie. Cornellier dit à Jasmin qu’on ne l’entend plus « dans [sa] petite patrie ». Puis, il réfère à « Rimbaud ce salaud », faisant ici référence à un roman de Claude Jasmin. Les jeux de l’intertextualité fournissent des indices, offrent des allusions éclairantes pour peu que le lecteur partage avec l’auteur le même bagage culturel. Ainsi, retrouve-t-on avec plaisir l’Anita de Jasmin à la fin de ce court poème : « ta belle numérotée / qui t’a pardonné ». L’anecdote peut nous échapper, mais Cornellier n’est pas un auteur avare. Il a la générosité, un peu pédagogique, — n’est-il pas lui-même un enseignant ? — de fournir à la fin de son ouvrage un supplément d’un type fort inédit, du moins en poésie. À la fin du recueil, il offre des informations qui suppléent aux lacunes éventuelles de ses lecteurs. Cette section a pour titre « Inspirations ». La chose est pour le moins originale et fort bienvenue. D’aucuns cependant n’apprécieront pas que l’auteur les prenne par la main, comme on le fait avec des enfants d’école, qu’il les suppose plus ignorants qu’ils ne le sont. C’est là un peu bouder son plaisir, car l’auteur en réalité prolonge dans cette dernière partie de son ouvrage son commerce avec les grands qu’il salue. Tout en informant ses lecteurs et lectrices, il spécifie par endroits le type de relation qu’il a nouée au fil des ans avec les œuvres et leurs auteurs. Je me répète, on ne peut pas tout savoir. Il convient d’être humble lorsqu’un auteur s’adresse à nous aussi modestement. J’ai lu avec plaisir ces dix dernières pages de l’ouvrage. Ce ne sont pas des poèmes, mais elles éclairent les poèmes du recueil et j’y ai appris quelque chose. De toute évidence, Cornellier est un auteur qui ne regarde pas ses lecteurs de haut. Il manifeste du souci à leur endroit. Mais dans ces dix dernières pages, ne repose pas le seul intérêt du recueil. Il se trouve principalement dans les poèmes. Ce sont, je l’ai dit, des poèmes simples. Qui se lisent facilement. À la deuxième lecture, à la troisième, davantage de sens n’apparaît pas forcément, mais assurément le plaisir de la lecture n’en est pas diminué pour autant. C’est qu’un homme s’adresse à nous. Il a beau dire de lui-même qu’il est un petit homme, il ne l’affirme pas en une manière d’autocatégorème ou, si l’on préfère, il ne se dévalorise pas afin qu’on s’empresse de l’assurer du contraire, il ne réclame pas des fleurs. Sa petitesse, autant le dire maintenant, est inversement proportionnelle à sa grandeur d’âme, grandeur qu’il ne pavane pas, qui demeure discrète, qui apparaît en filigrane. S’il pointe dans la direction des soleils, ce n’est pas pour qu’on regarde son doigt. Il a beau être tout entier dans ses poèmes, ceux-ci ne concernent pas que sa petite personne.

Je parlais de grandeur d’âme, faute d’avoir trouvé une expression plus juste. Je voulais parler d’un type de sensibilité que je dirais aimable, parce qu’aimante. Il ne s’agit pas ici de ces bons sentiments qui feraient, dit-on, de la mauvaise littérature. Mais force est de constater que ce qui est au cœur de la poésie de Cornellier, c’est justement une prédisposition à l’amour, aux petits bonheurs simples, et surtout une grande ouverture aux choses du cœur et de l’esprit.

Je citerais pour témoigner de cela plusieurs poèmes, dont celui-ci.

L’homme d’ici
s’il ne sait pas taper du pied
et citer Fernand Dumont
mérite-t-il le nom
qu’on donne à ses amis
par les soirs de fête?

L’homme d’ailleurs
s’il débarque le cœur ouvert
en parlant à l’endroit ou à l’envers
mérite-t-il le non
qu’on réserve à ses ennemis
dans le matin gris?

Rien de plus simple qu’un tel poème. On pourrait même affirmer que ce poème est tout à fait conventionnel. Et après ? Deux strophes d’égales longueurs. Un parallélisme, une série d’antithèses. Ici versus ailleurs; les mots de Dumont (langage clair et soutenu) versus les mots peut-être maladroits de l’immigrant dont le cœur est ouvert; une discrète subtilité homophonique : nom versus non; amis versus ennemis; soirs de fête versus matin gris.

Taper du pied, c’est danser, avoir le cœur à la fête collective, avoir conservé en soi un fonds de folklore, c’est appartenir ici au peuple de Fernand Dumont. Citer ce dernier, c’est être en mesure de comprendre les raisons d’être de la nation. Le corps danse; l’intellect analyse et fonde dans la parole la nécessité de la souveraineté. Et nous soulignons au passage les bras ouverts de l’accueil.

La deuxième partie du recueil s’intitule Petit homme. On y retrouve le sourire de Cornellier, sa bienveillance. Il ne parle plus aux autres, à ses grands hommes, à ses grandes femmes. Il parle de lui. Il est le petit homme. Le ton ici ne diffère pas beaucoup de celui adopté dans la première partie de l’ouvrage. Il est cependant plus intimiste, il va sans dire plus personnel. Un petit homme, c’est presque encore un enfant : « mon père / il me l’a dit / se sent toujours / comme un petit gars / j’ai beau perdre mes cheveux / comme lui / certains me trouvent / l’air gamin / c’est de famille ».

Les poèmes de Cornellier me font parfois penser à des limericks. Certes, ils ne sont pas absurdes, mais ils sont amusants bien que pour la plupart ils abordent des sujets non dépourvus de gravité. Nulle gravité cependant dans l’exemple ci-dessous.

Je n’ai pas
de muscles
quand j’essaie
de m’en faire
ça fait mal
pour ne pas mourir
comme Musil
un petit homme
sous les haltères
je fais attention

Je trouve que de tels poèmes sont amusants. Mais d’autres sont franchement attendrissants. Je trouve le suivant plutôt touchant. Je laisserai aux cuistres le soin de s’en moquer.

Des fois
je vais à la messe
comme quand
j’étais enfant
je m’assois
je me lève
je m’agenouille
je chante
je prie un peu
je suis bien
j’étais un petit homme
je le suis resté
devant la grandeur

On le voit, Cornellier ne produit pas une œuvre de titan. Nous sommes loin des épopées persiennes. Loin des grandes orgues d’un Claudel. Rien de symphonique ici, d’opératique. Avec Cornellier, nous sommes plutôt proches du petit joueur de flûteau chanté par Brassens. Transposée dans le domaine des arts visuels, la poésie de Cornellier n’a rien de la fresque, elle fait songer aux dessins épurés d’un Matisse, réalisés à main levée, je veux dire à l’aide d’un trait à peu près toujours en contact avec le papier, avec pour résultat une ligne tout à fait claire. Picasso, le démiurge, se montra souvent capable d’une telle légèreté, quasi enfantine. Cocteau aussi et, plus près de nous, la très fantaisiste et inventive Paule Baillargeon dans certains de ses petits dessins.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

6 commentaires sur « Louis Cornellier : Parmi les grands suivi de Petit homme : Poésie : Éditions de l’Hexagone : 2022 : 78 pages »

  1. Bonjour, cher Daniel, cher ami.,🤗
    J’aime beaucoup ton texte, simple et plein de drôleries.😀😁🤓
    Grand bien en fasse à Louis Cornellier.🙏
    Et quel beau clin d’œil à Paule Baillargeon.👋

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  2. «Sa douceur ne manque pas de force.» Les gens dont la loi 96 veut nous protéger ont une expression que j’aime bien pour décrire ta remarque: «It takes one to know one».
    J’adore tes 3 «analyses de textes» Pascal, Bourgault et Dumont. Quel métier. Je me plais à rêver me voir dans une de tes classes de maître!

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    1. Ton commentaire me fait penser que je me suis promis de découvrir le plus récent essai de Cornellier. Merci pour le « It takes one to know one ». Quant à la classe de maître, disons que, s’il a été — car maître est un bien grand mot— ce temps est révolu. Je préfère me taire, et écrire.

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  3. Monsieur Guénette,
    Vous n’imaginez pas le plaisir que j’ai eu en découvrant la généreuse critique que vous consacrez à mon récent recueil. Qu’il est doux ce sentiment d’avoir été bien lu et bien compris par un fin lecteur au style si amical.
    Plusieurs passages de votre critique m’ont enchanté.
    Permettez que je les cite, tant le plaisir est pour moi.
    Vous écrivez que ma « douceur ne manque pas de force » en parlant de mes chroniques. C’est ce que j’espère, en cette époque où le choix semble être entre la mièvrerie et l’insulte.
    Au sujet de mon recueil, vous évoquez « une étonnante discrétion », vous parlez de poésie « vivante et souriante », voire amusante, par moments; vous soulignez très justement la simplicité du style, en précisant que je ne fais pas fi « de la complexité du monde ». Les images, dites-vous, sont rares dans mon recueil. Comme vous l’avez bien vu, c’est voulu. Je trouve, en effet, qu’ « il y a trop d’images » en littérature, pour reprendre une formule de Bernard Émond. « Les métaphores, écrivait déjà Kafka dans son Journal, sont l’une des choses qui me font désespérer de la littérature. »
    Vous avez raison: la section « Inspirations » de mon recueil ne s’imposait pas d’emblée. Donner des clés de lecture, dans un recueil de poésie, est inhabituel, en effet. Pourtant,, pour mon éditeur et pour moi, elle devait être là, pour prolonger, comme vous le notez, les poèmes et pour éclairer fraternellement les lecteurs, qui, comme vous et moi, ne peuvent pas tout savoir.
    Je serais, concluez-vous, plus près de Brassens que de Claudel, dans l’étable, mentionnez-vous joliment, plutôt qu’à la cour du roi.
    Voilà, c’est exactement ça, c’est exactement comme vous le dites.
    Les recueils de poèmes ont rarement droit à des critiques de qualité. Je dois donc vous le dire: grâce à vous, je me sens un peu comme un roi, aujourd’hui.
    Recevez donc ma gratitude.
    Chaleureusement,
    Louis Cornellier

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    1. Cher Louis Cornellier,
      Votre réponse me donne l’occasion d’entendre à nouveau votre voix. Cela fait plaisir. Cela me rappelle aussi un engagement pris avec moi-même, celui de découvrir Une affaire de sens. Essais sur la littérature et la transcendance.
      Je suis heureux d’avoir lu et commenté votre dernier recueil. Le « travail » que je fais avec mon blogue me permet d’accueillir des voix diverses. Je veux entendre et faire entendre ce que chacune offre dans sa singularité.
      Chez vous, j’ai été sensible au fait que votre parole agit à hauteur d’homme. C’est avec simplicité que vous dites les choses. Cela est plutôt rare et bienvenu. Lisant certains ouvrages de poésie, il m’arrive d’être un peu perdu. C’est que pour entendre un propos, encore faut-il être en mesure de repérer quelque part son référent. Il faut savoir de quoi ça parle, pour comprendre ce que ça dit.
      On n’éprouve pas ce type de difficulté en vous lisant, difficulté qui semble faire les délices de quelques poètes. Notez que ces poètes sont parfois remarquables. Ils ont du talent, peut-être du génie. Ils doivent penser plus ou moins ce que je pensais quand j’avais vingt ans, alors que je croyais avoir atteint mon but lorsque mon père, penaud, perplexe, m’avouait qu’il ne comprenait rien à mes écrits.
      Si mon vieux père revenait aujourd’hui parmi nous, convoquant le petit homme en moi, je m’empresserais de produire à son intention un ouvrage de poésie où il parviendrait enfin à voir un peu de lumière. Il y en avait si peu dans mes premiers vers.
      Je m’étonne de n’avoir pas cité Fénelon dans le billet que j’ai consacré à vos poèmes. C’est que je le fais peut-être trop souvent. J’ai dû craindre de lasser mes rares lecteurs. Fénelon ne s’oppose pas à l’intelligence, il rejette « l’excès d’esprit ». « On tombe dans le défaut de répandre un peu trop de sel et de vouloir donner un goût trop relevé à ce qu’on assaisonne ». Il nous rappelle qu’il y a des poètes qui abusent de l’ornement et se plaisent à proposer des énigmes. « Tant d’éclairs m’éblouissent ». Il pense que l’originalité va parfois de pair avec l’excès d’esprit et les ornements superflus. Il écrit ceci, qui donne à réfléchir : « la singularité est dangereuse en tout ». Il ajoute : « Le beau ne perdrait rien de son prix, quand il serait commun à tout le genre humain. »
      Il y a enfin chez lui une déclaration qui mérite amplement d’être méditée : « Je veux un sublime si familier, si doux et si simple, que chacun soit d’abord tenté de croire qu’il l’aurait trouvé sans peine, quoique peu d’hommes soient capables de le trouver. »
      Il écrit aussi ceci que je trouve très fort : « Je veux un homme qui me fasse oublier qu’il est l’auteur, et qui se mette comme de plain-pied en conversation avec moi. »
      Je crois que vos écrits répondent aux vœux que Fénelon exprime dans cette dernière citation.
      Bien à vous,
      Daniel Guénette

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