Pierre Ouellet : Outre : Poésie : les éditions du passage : 2022 : 172 pages

Dans l’avant-propos, simplement intitulé « Outre ? », avec un point d’interrogation, le poète précise les différentes significations du mot. Il rend compte également de la nature de son projet, de ses intentions, de la nécessité plutôt qui l’a conduit à écrire son poème. Je dis poème au singulier, car un recueil de Ouellet, et tout particulièrement celui-ci, ne recueille jamais rien qui soit pensées éparses, poèmes à part allant tête coupée dans tous les sens — non, un ouvrage poétique de Ouellet est recueillement spirituel, resserrement de l’idée, penchement pensif de l’être au-dessus et autour d’un seul et principal souci, bien que se déployant mentalement dans toutes les directions que le regard du poète envisage obstinément.

Ouellet confie avoir écrit Outre « comme un Tao du pauvre, le sans-sapience à la recherche d’un peu de sens », mais cette phrase se poursuit et il s’avère imprudent de couper la parole à Ouellet : qui s’y aventure risque d’échapper l’essentiel, que seul le mot à mot de l’écho pourrait rendre. Bref, il faut lire, accueillir, se montrer réceptif à ce qui généreusement se déploie sous nos yeux.

Néanmoins, l’exercice auquel se livre le commentateur exige qu’il survole en bonds successifs, de pierre en pierre, le cours de la rivière. Car c’est bien d’une rivière qu’il s’agit. D’une rivière qui bien entendu finira par se jeter dans la mer.

À son corps défendant, lisant et commentant, on joue du ciseau, on laisse tomber au fil de l’eau de superbes envolées, on néglige des chants qu’il conviendrait de méditer amplement.

On prend tout de même par moments des pauses justement pour méditer, comme ici dans l’avant-propos : « Tao veut dire « voie », « sentier », « chemin » qu’on emprunte sur le terrain accidenté d’une vie d’homme, de femme, de bête, de Dieu aussi, une gourde à la main ou dans sa tête, son cœur, son âme, où l’on garde le peu de souffle qu’il nous reste pour la dernière étape qu’on franchira un jour … quand on aura fini de tourner en rond sur cette planète, à jamais « finie », close sur elle-même, pour passer outre et se rendre à l’Évidence, à la Conscience  que la « sortie » est bien en soi, au-delà de la soif et de la faim, dans le manque de tout, d’être y compris, de sens et de raison, de cause et de finalité, là où le vide qu’on fait nous comble au-delà de tout espoir. »

Je cite ces paroles tout en sachant qu’on les laissera filer comme on laisse filer le cours de la rivière. Avec cette phrase, à supposer que j’en eusse les moyens, je devrais sans doute me livrer à une savante exégèse. Je me bornerai à recueillir dans le creux de la main un peu de son écume, soit çà et là des mots qui affleurent. Outre la « voie », je retiens bien entendu la « gourde », ainsi que des mots connotés par une longue tradition, « cœur » et « âme », puis, celui si cher au poète, « souffle », et j’en passe d’autres, tout aussi significatifs, m’arrêtant enfin au mot « sortie ». Car c’est bien d’une rivière qu’il s’agit. D’une rivière qui d’ici peu finira par se jeter dans la mer.

Ouellet depuis quelque temps ouvre grand les yeux, il étend son regard aux derniers feux du soleil couchant. Dans ses dernières œuvres, L’état sauvage, Port de terre, Derniers recours, peut-être aussi en amont, l’écrivain n’a eu de cesse d’évoquer cela qui jamais ne cesse tout à fait d’aller de l’avant, en direction du large, vers la fin de sa vie, ainsi que celle du monde, dont il rappelle qu’elle est aussi un début. Quelles magnifiques pages aura-t-il écrit sur cette fin, sur cette « sortie », sur ce commencement à venir, celui du « Grand Tout » ! C’est que son horloge murmure de plus en plus faiblement ses ultimes tic-tac. On aurait tort de croire que devant le silence l’auteur y va de gémissements personnels et de piteux larmoiements. Pas de pathos chez Ouellet. Son soleil couchant n’a rien de romantique, n’est personnel autrement que par moments, comme par exemple, mais est-ce dans Port de terre ou L’État sauvage? dans les vibrants passages où discrètement, avec sobriété, il adopte le ton de l’intime confidence pour observer avec ses lecteurs le cours tranquille de la toute simple rivière au bord de laquelle il a choisi de terminer sa vie et son œuvre.

Tout ouvrage de Ouellet est mûrement réfléchi, sciemment composé. S’y manifeste la préoccupation d’une forme dont les fondations plongent solidement leurs racines dans le sol nourricier d’une vaste érudition, dont découle une pratique ayant fait ses preuves au fil du temps. On parlerait ici d’une manière de classicisme si ce mot ne donnait trop souvent cours à de malencontreux malentendus. Disons les choses autrement. Ce qui chez Ouellet n’advient jamais, c’est du n’importe quoi n’importe comment, du débridé non consenti, du désordre gratuit ne rimant à rien. Tout est contrôlé de ce qui doit ou peut l’être. Et ce qui ne l’est pas n’est jamais laissé à l’abandon. L’auteur sait se perdre et perdre son lecteur, s’aventurer à l’aveugle au cœur des forêts, laisser place à l’inattendu, ne rien entendre du chaos tant ce dernier est puissant, mais en retenir tout de même des bribes, glisser dans la féconde rêverie, frayer avec les cauchemars, s’abandonner aux tumultes, aux remous de la rivière. En proie aux vertiges, notre poète parvient à sortir la tête de l’eau, prend une bonne respiration, replonge aux fonds des abysses, puis remonte à la surface. Il en ramène des trésors, des vérités d’imagination dont il veille sur l’ordonnancement lorsqu’il les couche enfin sur les pages de ses ouvrages. Ce travail auquel il s’adonne alors n’a rien d’artificiel. Le poète a gardé de l’école formaliste du siècle dernier et des classicismes antérieurs une conscience fort aiguë de la nécessité qu’il y a de fonder le discours sur un solide socle de pierres. Son poème est une maison qui ne s’écroule pas au moindre vent que peut souffler le mauvais temps.

Ainsi retrouve-t-on avec Outre un ouvrage tout à fait équilibré dans sa rigoureuse composition. Son avant-propos mis à part, il compte 10 sections, chacune étant précédée d’un exergue emprunté à Charles Reznikoff, un poète américain du siècle dernier. L’ouvrage se termine du reste avec deux citations de ce poète. L’étroit rapport qu’entretiennent toutes ces citations avec le texte de Ouellet ajoute à la cohérence ainsi qu’à la cohésion du recueil. C’est en ce sens que je parlais de classicisme, cohérence et cohésion, me gardant bien de ramener le travail de Ouellet à d’étroites préoccupations esthétiques.

Bien entendu, chaque page de Ouellet fait l’objet comme on dit d’un travail sur la langue. Ce travail peut étonner, mais je m’en voudrais de lui prêter attention au détriment d’enjeux évidemment supérieurs, de sens il va sans dire. Toutefois, il faut s’y arrêter, car la manière entretient des rapports de servitude évidente avec la matière, avec le propos. C’est un truisme : pour dire ce qu’il veut dire, le poète doit dire les choses d’une certaine manière, et pas d’une autre. Le coup de dés mallarméen nécessitait la dispersion du vers sur la page, son espacement, une constellation.  Ainsi, sans doute pour « ralentir le mouvement » de leur saisie (ainsi que le voulait Mallarmé), Ouellet brise-t-il non seulement les vers, mais à la fin de quelques-uns d’entre eux, il coupe le mot qui, pour devenir entier, selon le rejet qui l’y rejette, se poursuit dans le vers suivant où il se prolonge. Je donne pour plus de clarté l’exemple suivant : « on tend à être et n’y ar- / rive pas, trop / tendu pour qu’il y ait quoi que / ce soit […] ».

Avec ceci : « n’y ar- / rive pas », on note l’apparition en début de vers du mot « rive ». Cela n’est pas insignifiant. Le lecteur cependant se demandera peut-être ce qui justifie cette façon de faire. Elle pourrait l’agacer. Soit. Mais je retiens pour ma part, je le rappelle, cela que recherchait Mallarmé, le ralentissement du mouvement. Ralentissement du mouvement qui du reste se rencontre non seulement dans ces mots qu’on pourrait croire curieusement coupés, mais également dans ces autres rejets que ne justifie plus, comme c’était le cas autrefois, le décompte syllabique imposé par la contrainte du vers régulier. Nous lisons : « on est à / regret : on est au / remords ce que Dieu est au […] ».

Le vers, bien entendu, en a vu d’autres. Et Caillois d’hésiter à parler de vers dans la plupart des cas, se demandant ce qui pouvait encore inciter les poètes à disposer capricieusement leur discours sur la page, imitant le vers, alors que ce dernier s’était évanoui et n’avait plus, du moins le croyait-il, sa raison d’être dès lors que le marteau était sans mètre.

Je réfléchis de la façon suivante. Pour avoir ces derniers temps abondamment pratiqué la prose et la poésie de Ouellet, étant alors à même de constater à quel point il est brillant, je me dis qu’il ne peut pas ignorer que ses lecteurs soient susceptibles d’être irrités par ce qu’ils pourraient confondre avec un simple procédé, un tic d’écriture voire un certain maniérisme. Je crois que ces soupçons doivent être écartés. Ils sont immérités. Ces coupures de mots, ces nombreux rejets agissent certes comme des freins, mais je dirais plutôt qu’ils ajoutent un surcroît de ponctuation, favorisent une respiration palliant les limites de la plus habituelle, de la ponctuation conventionnelle, laquelle ne peut passer outre celles qui lui sont imparties par la logique raisonnée de la phrase. Si Ouellet intervient comme il le fait, découpant ainsi mots et vers, c’est par une nécessité qui certes risque d’échapper au lecteur pressé, mais dont ce dernier prendra conscience au fil de la lecture, s’il lit en prenant appui sur la partition rythmique proposée par le poète. On ne s’enfarge ni ne s’enlise dans les poèmes de Ouellet, ces coupures ne produisent pas l’effet du croc-en-jambe. Nous lisons sur notre erre d’aller. Tout comme le poète, nous bondissons de poème en poème, de pierre en pierre : « dans les / rejets, les en- / jambements où je saute à / pieds joints … passant à gué toutes les / mers mortes qui s’ouvrent de- / vant moi pour m’in- / diquer mon der- / nier chemin ».

Ce sont des poèmes qui sonnent ainsi que des glas de vérité. Ils sont écrits « à l’ex- / acto, au couteau à deux / tranchants, avec les dents, au fil du / rasoir […] » Ils ne font mention ni de la mort qui fait peur ni de celle qu’on ne redoute pas (bien qu’on puisse lire : « l’attente a- / peurée des cataractes que j’en- / tends de loin comme si j’étais à / leur pied »). Le poète entrevoit ici le moment de la « sortie », se tient en ce lieu de l’âme et de l’esprit précédant la fin, dans l’avant de ce qui vient après la fin : « je ne fais pas de bruit / pourtant … mais le si- / lence même sur ce qui n’en fi/ nit plus de finir dans / ma vie ».

Il fait le silence, mais tout de même il recourt aux mots. Ils sont ces tout derniers recours. Le poète dit sa vie menée comme il a pu, avec son lot de bons et de mauvais coups. Mais cela est dit en passant, il est loin de battre sa coulpe, il garde pour lui-même le détail de ses manquements, de ses incuries. Il n’entend pas se confesser. L’allusion à ce qui lui est personnel demeure discrète. Le poète se limite à dire ce que sont pour lui les gestes de l’écriture. Il dit aussi le saut matinal hors du lit et les pas le menant au bord de la rivière, sur le quai méditatif : « chaque matin je vais au bout / du quai voir le monde / tourner la page de / la nuit … ». Le poète utilise les mots émanant de la fosse commune de chacun, il exprime le sentiment de tous, avec un « je » qui tout en étant le sien est celui du plus grand nombre. Il écrit avec du sang, de la salive, des humeurs, des larmes. Il ne geint pas. Il parle aussi vrai que Baudelaire chantait les mouches et les larves d’une charogne. Rien toutefois dans son approche de la mort n’est morbide. Ce qui est, cela est. Un point, c’est tout. Il faut dire les choses telles qu’elles sont.

C’est précisément ici qu’intervient le poème, ici qu’il convient de saluer le « génie » de l’auteur. Ce faisant, il faudrait surtout céder la place à ses poèmes, se contenter même d’assister au déploiement de chacun sur la page. Je citerais volontiers de nombreux extraits de ce grand livre de poésie. Mais je le répète, Ouellet est de ces poètes dans l’œuvre desquels il faut s’abstenir d’exercer des coupes; charcuter l’ensemble ne donne en rien la mesure de ce qu’il parvient à accomplir. On doit me croire sur parole quand j’affirme que notre auteur a un don exceptionnel pour créer des images fortes et percutantes; il file habilement de puissantes métaphores; il sait redonner vie à de plus anciennes, comme celle où la vie se fait rivière avant de se jeter dans la mer; sa poésie n’est pas dépourvue de beauté, qu’aucune joliesse cependant ne vient affadir; il sait composer avec fantaisie des poèmes qui n’ont rien de bêtement souriant : « mon corps ne fonc- / tionne pas : il fait la grève de / la fin depuis les com- / mencements, s’enraye à tout / bout de champ : je le prends par / la main, le conduis vers la / sortie, lui donne mille / coups de pied pour le pousser / au loin … voilà qu’il me / revient plus mal / en point qu’il n’a / jamais été … il faut le chasser par le / dedans : qu’il passe à la trappe / de l’âme qu’on cache sous le moin- / dre mot … qui est un / silence + / un cri ».

Ce recueil contient des passages renversants, de beauté, de profondeur, de vérité. Aucune page n’y est vraiment faible ou de trop. Avec chaque poème, nous avançons dans la direction de la fin, en marche vers le « Grand Vide ». Çà et là, se font entendre des échos. Nous avons lu précédemment des mots, des phrases qui dans ce nouveau recueil reprennent du service. L’auteur leur redonne vie et nous, qui les redécouvrons, nous savourons davantage encore la densité des sens qu’elles proposent à nos sens et à notre entendement. Cette « grève de la faim […] devant le sein qu’on lui a donné comme un bâillon pour qu’il se taise », puis dans un très beau poème, ce passage où il est question du permafrost de notre propre histoire, « on ne dé- / gèle plus de toute no- / tre vie … », et je pourrais fournir d’autres exemples de ces variations, voilà ! Nous avons lu ça déjà, mais c’est avec plaisir que nous voyons le poète remanier ses idées, ses formules, retravailler la forme pour mieux exprimer l’idée, le sentiment. Tout cela nous rappelle la grande richesse de ce que nous avons lu depuis que nous fréquentons son œuvre. Quant à ceux et celles qui lisent ici du Ouellet pour la première fois, ils découvrent avec Outre plus qu’une synthèse de ce qu’il a déjà écrit, mais un aboutissement où la sortie que l’auteur salue peut s’avérer une manière de porte d’entrée dans le riche univers de son écriture et de sa pensée.

Je l’ai déjà dit, l’œuvre de Ouellet mérite d’être étudiée à fond. Les professeurs dans les universités, si ce n’est déjà fait, dirigeront les travaux de leurs étudiants et étudiantes à la maîtrise et au doctorat.

En menant quelques recherches sur Ouellet et son dernier recueil, j’ai fait la découverte de ceci qui précise bien des choses. C’est un communiqué destiné à la presse ou aux libraires, je ne sais. Il est rédigé par l’auteur lui-même, à qui je laisse le soin de conclure.

« L’univers est chiffonné, disent les physiciens. Notre vie aussi. Et les livres qui en témoignent, boules de papier jetées sur son chemin, où elles continuent de rouler sans nous, amassant mousse, poussière, débris de toutes sortes, chiffons de mots qu’on redéplie un jour ou l’autre pour voir combien les froissements d’où l’on vient auront laissé de traces. Chaque vie est une outre emplie d’éther qui se rétracte dans le froid. La mienne contient quelques poches d’air, où j’ai appris à respirer. Théâtre d’air, L’avéré, Fonds et Faix, jetés sur le papier il y a vingt ans, m’auront donné le souffle, peut-être court, entrecoupé, qui m’a permis de vivre jusqu’à ce jour comme on écrit ou comme on parle, dans la reprise, la refonte et les remaniements. Après Voire, ce livre est le deuxième recueil de remords et de regrets où je « retouche » de vieux vêtements pour qu’ils me fassent encore un peu : j’en élargis les manches pour la respiration des membres, j’en renforce les coutures pour le défi au temps, j’y ajoute une doublure de sens et de non-sens pour lutter contre le froid, la mort qui vient, l’engourdissement. »

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

8 commentaires sur « Pierre Ouellet : Outre : Poésie : les éditions du passage : 2022 : 172 pages »

  1. Cher Daniel,

    Je sors extrêmement ému par la lecture que tu as faite d’Outre, qui n’est pas un simple « compte rendu » mais un véritable « compte tenu »… comme on parle de « note tenue » en musique, d’une « tenue de note » où on la fait vibrer au-delà d’elle-même… pour que son écho se perpétue, se multiplie, s’éternise dans la tête de l’auditeur… ou du lecteur, comme c’est le cas ici où tu suis et poursuis chaque vers et chaque poème « outre mesure », jusque dans leur dernier retranchement où ils résonnent au-delà de leur sens ou de leur sonorité, jusque dans le silence où on les médite longtemps après qu’ils se sont tus.

    J’ai rarement senti un « accord » aussi profond entre une lecture et une écriture que celui que tu fais entendre non seulement à notre oreille, en te mettant au diapason de ce livre pour l’« interpréter » comme si tu l’entonnais toi-même, dans ta voix, ta tessiture, ta tonalité, mais aussi à notre esprit ou à notre entendement, cette « seconde écoute » ou cette « troisième oreille » que tu convoques par l’intelligence et la profondeur de ton jugement, qui n’en perçoit pas seulement le chant ou le déchant mais aussi et surtout l’espèce de partition sourde qui le sous-tend, de pensée muette qui court par en-dessous, qui est le grand « bruit blanc » qui nous attend au bout, la Grande Muette qui nous guette à tout bout de champ et dont on ne se sent jamais très loin… surtout en cette époque où nous vivons tous les tourments comme s’ils parlaient en nous bien plus qu’on n’arrivera jamais à en parler nous-mêmes.

    Ce livre-là, tu l’a senti pleinement, c’est le hoquet coupé à l’exacto, tel un haïku à bout de souffle, auquel on donne un prolongement, une extension ou une expansion presque infinie, qui nous libère de l’asphyxie, nous délivre de l’étouffement, nous donne la respiration non pas artificielle mais sur-naturelle, si je puis dire, qu’on puise non pas dans ses poumons ni même dans l’air autour de soi mais dans cette « outre » imperceptible qu’on appelle l’âme au autrement, pneuma, psychè, animus ou anima, ce petit animal de compagnie qui est un dieu aussi, qu’on laisse enfin s’exprimer comme il le peut, comme il le veut, dans ses jappements, ses bêlements, ses hurlements, ses huées, ses buées, ses ruées, qui sont le seul langage que peut tenir la poésie… cette note inespérée, désespérée, qui continue de sonner dans le vide et de nous appeler…

    Merci de savoir tendre l’oreille, la main, l’esprit… à cette « note tenue » au-delà d’elle-même que le poème fait retentir et ressentir dans notre vie, qui ne tient parfois qu’à un fil, si ténu, si fragile, que le temps menace de toutes parts de couper ou de nouer en un nœud si serré que rien ne peut trancher… sinon en une fin ou un ultime dénouement qu’on cherche sans cesse à retarder.

    Ta lecture est une écriture de part en part : une résonance bien plus qu’un raisonnement, une consonance qui donne à « entendre » au-delà du son et du sens un « air » auquel on communie sous les deux espèces du corps et de l’âme non pas seulement pour se nourrir ou se désaltérer… mais pour sentir qu’on reste à jamais sur sa faim, que rien ne rassasie, hanté par une soif que rien n’étanche ni n’apaise… sinon le goutte à goutte que le poème distille, les quelques miettes que chaque vers laisse derrière lui. C’est ce que tu recueilles dans tes chroniques, dans lesquelles je puise ce qui me fait vivre, lire, écrire, au même titre que j’emprunte son air à la rivière qui coule derrière chez moi, à la forêt qui m’entoure, au ciel qui me surplombe et jusqu’à l’herbe que je foule chaque jour… dont tu as eu la générosité de parler aussi, le monde autour de nous étant intégralement en nous, la source de tout poème autant que l’horizon où il se répand.

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    1. dos à Dieu, face à rien : il y a encore
      le monde qui m’entoure de
      ses soins … d’air, d’herbe, de bois et de
      rivières qui se meurent a-
      avec moi chaque jour un
      peu plus … dans des
      séchereesses, des feux de
      forêt, des glissements de
      terrain, des ouragans de puis-
      sance sept : tout meurt
      en chœur comme on aura
      vécu … je tiens les arbres par
      la main pour faire le
      grand saut dans le même
      ravin où tout finit comme on a com-
      mencé … de Dieu
      sait quoi, d’à peu
      près rien … à quoi on ressemble
      enfin

      Ce poème, j’y ai fait allusion, mais à peine. Il aurait fallu le citer. Beaucoup de belles et grandes « choses » dans tes ouvrages. Crois bien que je les lis en tâchant d’en laisser s’échapper le moins possible. Ce que j’en retiens, j’espère le faire passer en mes mots et donner à mes quelques lecteurs et lectrices le désir de remonter eux-mêmes à la source d’où jaillissent tes poèmes, afin de suivre dans ton mot à mot, de pierre en pierre, tes bonds dans les eaux de la rivière, et ce, jusqu’à la mer où nous attend le « Grand Vide » ou « Dieu sait quoi ».

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  2. J’ai eu aujourd’hui le privilège de t’exprimer en personne mon émerveillement devant le dialogue que Ouellet et toi, deux Grands à mes yeux, avez amorcé dans ce blogue. Je crois que la formule ou la recette de tes «petites études» est géniale et ne fait que commencer à apprivoiser les Autrices et Auteurs! The best is yet to come…

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    1. Cher Laurent. Merci. Mais sache que ce rythme de travail un peu infernal ne pourra pas durer. Je devrai réduire le nombre de mes productions, réserver mes énergies à des projets personnels. Il y a des livres à écrire. Deux sont chez les éditeurs qui les ont acceptés : un ouvrage de poésie et un essai sur la poésie. Il me faudra prochainement consacrer du temps à la correction de ces ouvrages. Et puis, même si d’autres manuscrits (un petit roman et un recueil de poèmes) sont déjà terminés, je caresse le projet d’écrire un jour un roman un peu lourd, grave, ainsi qu’un dernier ouvrage de poésie, où quelque chose comme un feu de foyer en viendrait tout doucement à mourir de ses dernières petites flammes. Avec la cendre, une fois refroidie, on pourrait alors faire un x sur ce qu’aura été ma vie.

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      1. Accepte ce commentaire trivial. Je souhaite que tu deviennes le Dominique Michel de la poésie et de la littérature!
        J’ai hâte de lire tes prochaines oeuvres. Incroyable tout ce que tu réussis à écrire en même temps. Sans oublier les avions bruyants et le voisin importun certains jours…

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      2. Dominique Michel ? Pourquoi pas ? Mais pour être aussi populaire, il faut être plus accessible. Et pour être accessible, il faut s’exprimer de manière triviale (j’ai pris ton mot).

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  3. Je devrai donc trouver une autre figure mythique de la grève de la fin comme l’a si bien écrit l’ami Ouellet! Je nous souhaite ton blogue encore de nombreuses années qui te garderont en pleine forme dans tous les sens du terme.

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