Louis-Philippe Hébert : Les noces de la plus grosse femme au monde et de l’homme-serpent : Poésie : Les Éditions de La Grenouillère : collection L’atelier des inédits : 2022 : 176 pages

« Oh, il n’y a pas quant à moi question de sens ou de symbole : je ne décris que ce que je vois. Je ne cherche ni à me faire comprendre ni à me comprendre. »

Louis-Philippe Hébert

Après des poèmes de trains et de gares, des recueils de poésie où sont racontées des histoires plutôt insolites, voici que le poète s’aventure dans le monde du cirque. Il trace un cercle et se place au milieu. Autour de lui, il dresse un chapiteau au sein duquel la faune foraine présentera bientôt ses numéros. Poésie circassienne où se rencontreront acrobates, jongleurs, funambules, clowns, avaleurs de sabres et j’en passe. Tout cela est étonnant.

La chose est loin d’être banale. Certes, le cirque a inspiré de nombreux poètes. Le passé composé semble ici s’imposer, car si la chose a pu être courante, elle ne l’est plus tout à fait. Il y a longtemps qu’un Théodore Banville a écrit son « Saut du tremplin » : « Clown admirable, en vérité ! / Je crois que la postérité, / Dont sans cesse l’horizon bouge, / Le reverra, sa plaie au flanc. / Il était barbouillé de blanc, / De jaune, de vert et de rouge. » Quant à Maurice Carême (Ah ! Si le clown était venu ! ! Il aurait bien ri, mardi soir), il s’agit d’un poète qui au temps de sa jeunesse a brièvement adhéré au futurisme, ce en quoi il était de son époque, mais par la suite il a produit des œuvres à saveur pour le moins passéistes. Sa poésie est associée au monde de l’enfance.

Louis-Philippe Hébert est l’auteur de Marie Réparatrice, recueil de poèmes où une fillette possède un don : elle guérit les grands blessés, en imposant les mains elle ramène les morts à la vie. On se souviendra qu’avec ce livre le poète aura été le lauréat du Prix du Gouverneur général dans la catégorie littérature jeunesse. Voilà, pensera-t-on, qu’Hébert rejoint Carême chez les enfants, et qu’en traitant aujourd’hui du cirque il s’adresse toujours à ces derniers. N’allons pas si vite. L’enfance est encore présente chez Hébert, mais elle n’a rien de très léger. La joie enfantine chez Hébert a du plomb dans l’aile. Elle charrie son lot d’inconfort et d’inquiétudes.

Tout comme chez le poète, enfants, le cirque nous a séduits, mais, comme on le constate dès les premiers vers du recueil, en ces années-là « Nous avions la chanson facile / et la vie compliquée des écoliers ». L’eau claire des contes de l’enfance n’est pas aussi limpide qu’on pourrait le croire.

Quand nous entrons dans le cirque de Louis-Philippe Hébert, nous croyons en toute innocence que le poète nous racontera des histoires farfelues, tirées par les cheveux. C’est le titre de l’ouvrage qui induit une telle attente. Les noces de la plus grosse femme au monde et de l’homme-serpent, cela ne fait pas très sérieux. Il y a de quoi être suspicieux. Les vrais poètes ou ceux qui se croient tels lèveront les yeux au ciel. Comment peut-on intituler ainsi un livre de poésie ? Si l’on tient à paraître original, c’est réussi. Mais… si on l’était vraiment ? Et si ce titre, pour incongru qu’il puisse d’abord paraître, s’avérait le chapeau noir haut-de-forme idéal, titre parfaitement adapté au contenu du livre ? Cela est fort singulier, j’en conviens. À vrai dire, Hébert n’est pas un poète ordinaire. Il ne se conforme pas tout à fait aux normes encadrant l’originalité en matière de poésie. Ses poèmes se distinguent du poétique usuel, débordent des cadres de la poésie d’hier et d’aujourd’hui, à telle enseigne qu’on pourrait en venir à négliger ce poète, à ne lui accorder que chichement une part congrue du mérite qui lui revient.

En effet, sa poésie fait problème. Elle serait sujette à controverse si on lui portait davantage attention. Sa complexité en tout cas vaut le détour. Car on a beau dire, sitôt dit, on se dédit. Non, elle n’est pas complexe. Et non, malgré ce titre, tout n’est pas cirque dans ce recueil, à moins que la vie elle-même soit un vaste cirque ou que le cirque offre au poète un matériau propice à maintes allégories. Or, ne l’oublions pas, le poète l’a bel et bien affirmé, il nous a avertis : « Oh, il n’y a pas quant à moi question de sens ou de symbole : je ne décris que ce que je vois. Je ne cherche ni à me faire comprendre ni à me comprendre. »

Peut-on réellement se fier à de telles confidences ?

Si on les prend au pied de la lettre, notre poète serait donc une sorte de facteur Cheval ou un genre de douanier Rousseau. Tout naïvement il se contenterait de faire (c’est le sens étymologique du mot poème : poiein, c’est-à-dire « faire »); bref, Louis-Philippe Hébert écrirait innocemment des poèmes, de manière presque automatique, un peu à la manière des surréalistes, en exerçant le moins de contrôle possible sur ce qu’il écrit. Il se contenterait de travailler la matière qui se trouve au plus près de son être, de son inconscient. Il écrirait comme un rêveur, et au réveil il ne tenterait pas le moindrement d’analyser son rêve. Il laisserait l’analyse ou la plus simple lecture à ses lecteurs, car eux sont alors impliqués dans un nouveau processus, ils entretiennent un tout autre rapport au texte. Après la publication du recueil vient leur tour d’entrer en action. Aussi envisagent-ils les choses par l’autre bout de la lorgnette. Sur le bout du nez, ils ajustent leurs bésicles. Ils ont sous les yeux une œuvre qu’ils n’ont pas conçue, ils tentent de se l’approprier, d’en faire quelque chose à leur usage. Le livre étant affaire de langage, et tout langage, même poétique, engageant à du sens, lecteurs et lectrices jonglent à leur tour avec les mots assemblés par le poète. Comme d’un fruit pressé, ils en expriment du sens, à tout le moins des significations. Le poète a beau dire qu’il n’a pas cherché à se faire comprendre, son livre désormais ne lui appartient plus. On se souviendra de Valéry : « Il n’y a pas de vrai sens d’un texte. Pas d’autorité de l’auteur. Quoi qu’il ait voulu dire, il a écrit ce qu’il a écrit. Une fois publié, un texte est comme un appareil dont chacun peut se servir à sa guise et selon ses moyens. »

Pas d’autorité de l’auteur. Or l’appareil qu’il a mis au point ne tourne pas à vide. Une fois son livre ouvert, on y découvre de petites merveilles. Il y a là non pas la vérité, mais des vérités, des réalités, exprimées de curieuse manière il est vrai, dans le style de notre poète, lequel style ne manque pas d’originalité. Hébert est un inventeur. Il fait songer à ces bricoleurs ingénieux qui ayant çà et là brocanté à la recherche de vieilleries les détournent de leur fonction première, les modifient non sans magie, de sorte qu’intégrées dans un nouvel espace, ici celui du poème, un nouvel éclairage est jeté sur notre monde.

Le poète, convenons-en, semble inviter ses lecteurs à hanter un univers qui n’est plus. Le monde du cirque, tel qu’on le rencontre dans les poèmes de Hébert, n’a rien d’actuel, du moins pour les Occidentaux. Enfants, nous avons connu ce genre de cirque, en tous points semblable à celui du célèbre film de Chaplin. Les troupes itinérantes allaient de ville en ville, y montaient leur chapiteau. Les spectateurs affluaient en grand nombre, friands de sensations fortes, de frissons et d’émerveillements. Le cirque était alors une sorte de tremplin propulsant l’imaginaire au-dessus de la banalité de la vie de tous les jours. Forme de divertissement à l’état pur. Le magicien portait un « chapeau noir / très haut / comme les aristocrates dans les films en noir et blanc ». Louis-Philippe Hébert se souvient de la magie de cette époque. Elle est la magie de l’enfance. Il la ressuscite, mais attention ! il ne la restitue pas dans son intégrité première. Ce n’est pas à l’imaginaire d’antan qu’il nous convie. On aura beau déceler çà et là dans ses poèmes de forts relents de nostalgie, ce n’est pas un retour dans le passé que cherche à réaliser le poète. La vieillerie circassienne n’est pas revisitée pour l’intérêt qu’en soi elle pourrait représenter, elle l’est à des fins nouvelles. Elle s’insère dans un nouvel imaginaire. La réalité d’hier revue et revisitée par le poète est davantage qu’un référent. Transformée par le poète, elle devient signe de quelque chose d’autre. De quoi au juste ? Eh bien! Le poète a déclaré, je le rappelle, qu’il ne fait que décrire ce qu’il voit. Écrirait-il dans le sillage d’un Francis Ponge ? Dans ses poèmes, se contente-t-il vraiment de décrire le monde réel et ses objets ? À mon sens, sa fantaisie le rapprocherait plutôt d’un Henri Michaux. Mais laissons-là ces espèces de filiations. La poésie de Hébert nous donne déjà suffisamment de fil à retordre, il ne faudrait pas s’emmêler dedans, non qu’elle soit compliquée, loin de là, mais tout de même, au-delà des premiers plaisirs tout simples qu’on éprouve à son contact, elle regorge de subtilités, de profondeurs qu’il convient de sonder. Des richesses nous attendent à l’intérieur de ce chapiteau.

Les numéros auxquels nous assistons, les événements qui s’y produisent sont souvent étranges. Ce qui se déroule sous nos yeux est assez déroutant. Il y a de quoi être inquiet. Inquiétante étrangeté. Hébert ne traite pas de la banalité du quotidien. Contrairement au monde du cirque, la banalité n’a rien de spectaculaire. Du reste, nous sommes en présence d’un phénomène assez curieux. Sorte d’oxymore. C’est que le ton de ces poèmes et les mots qui y sont utilisés nous sont justement familiers. Le poète dit l’étrange en recourant au plus courant du langage. Cela crée un curieux effet. Il écrit lisiblement quelque chose qui ne correspond pas à ce que le discours lisible habituellement charrie, ce qui est contrastant.

Par ailleurs, chez Hébert, l’ordinaire du langage, ordinaire bien relatif, est proche de l’oralité. Et fait surprenant, le discours hébertien parvient à se maintenir dans un registre neutre, soigné même. Il est caractérisé par une certaine distinction, qui est en quelque sorte une forme de politesse. J’y reviendrai.

Cette poésie est loin d’être prosaïque. Au contraire. Quoi que son auteur en pense et dise, elle incite le lecteur qui veut y voir clair à se propulser dans la dimension du symbolique. Car ces récits, où tout est dit clairement, sortent justement de l’ordinaire : ils parlent de la vie de tous les jours, je veux dire de la vie de l’esprit et du cœur, en la représentant autrement que sur le mode réaliste et objectif. Cela dit, malgré la présence d’un certain nombre de poèmes narratifs, on trouve dans ce recueil maints poèmes qui ne racontent pas d’histoires, qui ne mettent pas les choses en scène sur le mode narratif. Tout n’est pas récit dans ce recueil. D’ailleurs, le mot recueil porte à confusion. On lui associe le florilège, la composition aléatoire, le rassemblement de pièces éparses et d’inspirations diverses. Or il n’en est rien ici. Tout se tient dans cet ouvrage, chaque page entre parfaitement dans le cercle tracé par le poète ; on voit là une grande unité. La cohésion de l’ensemble est marquée sur le plan de la forme, assurant par-là une cohérence quant à la vision du monde communiquée par ces poèmes. 

Si je pose la question du sens, c’est que je me refuse à envisager le travail du poète comme une simple expression de l’absurde ou de faciles élucubrations fantaisistes. Oui, il y a de la fantaisie chez Hébert, et même beaucoup, mais cette fantaisie n’est jamais gratuite.  En maint poème, le lecteur est mis en présence de ce qu’il a de plus grave dans le fait de vivre. On y trouve exprimés des sentiments déchirants, relatifs à des échecs, à de la nostalgie. Avec le temps, les poètes prennent la mesure de ces choses, déconvenues, défaites, traumatismes, remords, regrets …  Un jeune poète parlerait aujourd’hui de l’amour en référant à des jeux vidéo, à des plates-formes numériques, à des textos. Hébert a vécu dans un autre univers, nous de même; il a lu les classiques, frayé avec les grands mythes de l’Antiquité : le monde du spectacle pour lui s’est déroulé sur les petits et grands écrans, pas sur un smartphone. C’est un peu ce que je laissais entendre plus haut, lorsque je mentionnais qu’il recyclait des « vieilleries ». Sa poésie a du vécu. Elle s’est alimentée à des sources encore tout à fait vives et que lui a l’art de raviver. Non seulement le cirque d’hier fait-il peau neuve dans son recueil, mais sa plume parvient à renouer avec des modes poétiques que l’on croirait à tort révolus. Hébert, dans un des poèmes les plus forts de son recueil — il s’intitule « Je suis la femme à barbe » — retrouve des accents franchement baudelairiens : « Les âmes perdues, les névrosés / trouvent à travers les poils / mes mamelons dodus / et boivent un lait amer / qui les saoule et provoque l’oubli / des souffrances que seule / la bête humaine sait imposer ».

La poésie de Hébert n’est peut-être pas classique, elle a cependant de la classe. Les vulgarités que s’autorise l’auteur ne déclassent nullement son ouvrage. Elles ont la franchise du crachat. Il faut bien appeler un chat un chat (« Civilisés des yeux / je marche à quatre pattes devant vous / et je me gratte le cul »). De la classe, on en trouve dans le verbe de Hébert. J’ai mentionné le caractère oral de sa poésie. Plusieurs poèmes sont des monologues dans lesquels des personnages s’adressent à un auditoire. C’est le cas avec la femme à barbe. Or ce personnage qui ne parle pas comme un livre s’exprime tout de même avec une certaine « éloquence », bien qu’elle s’exprime de manière naturelle, dans une langue que cependant l’on pourrait dire châtiée. Que ce soit dans des passages où l’on pourrait croire que c’est le poète lui-même qui parle en son nom ou dans d’autres où la parole est confiée à des personnages, l’écuyère, une femme sciée, un clown, etc. le discours est toujours maintenu dans les limites d’une impressionnante correction. La syntaxe dans les poèmes de Hébert, par exemple, est plus que maîtrisée, elle est savante, quoique discrète dans ses arrangements. Si je parle ici d’une « impressionnante correction », c’est que dans ces textes à caractère parlé, l’auteur réalise un certain tour de force, qui consiste à ne pas monter trop haut, à ne pas tomber du tout dans la bassesse de l’expression. Pour réussir un tel tour de force, certes, il faut savoir écrire.

Hébert sait écrire. Et quoi qu’il en dise, il a quelque chose à dire, à tout le moins à exprimer. Il parle de quelque chose. Du cirque ? Oui, mais pas uniquement. D’ailleurs, je le répète, peut-être ne s’intéresse-t-il vraiment au cirque que dans la mesure où le cirque lui fournit une matière première, certes riche et intéressante en soi, mais qui une fois revue et corrigée par son imaginaire lui permet d’exprimer des sentiments de toutes sortes, des émotions, des vérités au sujet de notre pauvre humanité.

Entre autres thèmes, on retrouve dans cette œuvre celui de l’amour. La femme à barbe invite le public à entrer sous le chapiteau : « Entrez ! Entrez ! Je suis du poète / la femme rêvée. » Dans la vie, souvent, les femmes que nous aimons ou avons aimées finissent en s’additionnant par former l’image d’une seule femme, la plus grosse femme du monde, celle du titre du recueil. Quant aux noces évoquées par le titre, ce sont celles consacrant l’union pas toujours heureuse de la femme et de l’homme dit homme-serpent. On divaguera, on imaginera que cet homme serpente à la recherche de l’amour et que sa démarche, hélas! s’avère souvent infructueuse. La grosse femme est le réceptacle contenant toutes les autres, lui est l’homme qui serpente, tel un spermatozoïde dans une mer démontée afin de parvenir au nœud de son désir. « Je t’aimais comme on aime un cône de barbe à papa / qu’on n’a pas encore fini d’avaler / auquel on se tient à deux mains / comme si on avait peur de tomber / auquel on tient / même si on n’a plus faim ». Tels sont nos désordres amoureux. « J’entends des pas dans l’escalier / ce ne sera pas toi / je sens quelqu’un qui monte vers moi / ce n’est jamais toi / ce qui monte c’est le chat ».

En lisant ces poèmes, je songeais à l’image de l’auteur qu’à partir d’eux l’on peut se former, l’auteur étant pour nous une sorte de personnage fictif, non l’homme que dans la vie de tous les jours il nous arrive de croiser dans la rue, mais bien plutôt celui qui, au plus profond de lui-même, dans une autre dimension, imagine et assemble des mots qui viennent éclore dans nos cerveaux. Il se forme en mon esprit l’image d’un homme qui me fait penser à Charlot. Pas le Charlot des pitreries, mais celui qui en toutes circonstances ou presque demeure poli. Devant le destin, le poète que dessinent dans mon esprit les poèmes que je viens tout juste de lire se montre réservé, pondéré. Il n’est pas l’homme des grandes colères. Même ses personnages, lorsqu’ils interagissent et s’adressent entre eux la parole, usent de formules de politesse, ont des égards les uns pour les autres, lors même qu’ils se disputent, usant du vous de politesse.

À cet égard, et témoignant de cette caractéristique, d’être civilisé, apparaît à la fin du recueil un poète qui aussitôt disparaît. Il s’agit d’un poète légendaire. Où ai-je lu, était-ce dans un journal, l’histoire de cet homme, aujourd’hui décédé si mon souvenir est bon ? C’était un homme qui fréquentait les cafés littéraires, à l’occasion, je crois, du célèbre Festival de Poésie de Trois-Rivières. Il me semble que Hébert évoque son fantôme. Et qu’il lui rend hommage. Le poème s’intitule « Le poète disparu » : « Je vous écris d’un endroit très paisible / au nom d’un homme que vous connaissez / vous pouvez regarder derrière vous / vous verrez l’image d’un être souriant / il est venu ici dans ce restaurant / pour écouter de la poésie ». Plus loin dans le poème, on lit : « C’est un homme sérieux avec un sourire d’enfant / […] c’est un homme délicat ».

Ce sourire, l’enfance, la délicatesse. Dans mon esprit, c’est encore Charlot. Au centre du cercle qu’il a dressé, sous son chapiteau, c’est le poète Hébert tel que la lecture le fait surgir rêveusement en moi : « Si le poème ne lui plaît pas / si le poète exagère les effets / ne le convainc pas / quand par exemple les poumons se gonflent / d’une fierté imméritée / alors lui le poète disparu / se retire gentiment / se place près de la sortie / et au premier coup de vent / il glisse jusqu’à la rue ».

Hébert est venu à ses lecteurs gentiment et se retire maintenant tout aussi gentiment. À la fin de son recueil arrive « Le jour de la comète », c’est le titre du dernier poème. Le poète écrit : « Ainsi va la vie / j’ai tracé un cercle sur le béton / j’ai écrit des signes / vus de haut / pas lisibles pour le commun des mortels / mais qui pour moi veulent dire / ATTERRIR ICI ». C’est dans ce cercle qu’atterrit le lecteur.

Dans le cercle au centre duquel il se trouve, le poète a mis en place pour nous un cirque de poèmes, nous pouvons en faire la lecture en attendant le jour où la comète tombera sur nous tous : « C’est là qu’on met sa vie en danger / sans le savoir // Mais moi, je le sais / si je ne le savais pas, je ne parlerais pas. »

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

4 commentaires sur « Louis-Philippe Hébert : Les noces de la plus grosse femme au monde et de l’homme-serpent : Poésie : Les Éditions de La Grenouillère : collection L’atelier des inédits : 2022 : 176 pages »

  1. C’est tout un exercice «d’hébertisme» que tu as réalisé ici Daniel.
    Humour: «À vrai dire, Hébert n’est pas un poète ordinaire. Il ne se conforme pas tout à fait aux normes encadrant l’originalité en matière de poésie».
    Profondeur: «Oh, il n’y a pas quant à moi question de sens ou de symbole: je ne décris que ce que je vois. Je ne cherche ni à me faire comprendre ni à comprendre». «Peut-on réellement se fier à de telles confidences?»
    Finesse: «Les vulgarités que s’autorise l’auteur ne déclassent nullement son ouvrage. Elles ont la franchise du crachat. Il faut bien appeler un chat un chat».
    Et quoi encore…
    Je n’ai pu m’empêcher de relier le cirque de Hébert au texte célèbre du vieux Shakespeare qu’on m’avait forcé à mémoriser: All The World’s A Stage! (As You Like It).

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