Emmanuelle Cornu : Trois tours de cordons : Nouvelles : Éditions Druide : 2021 : 168 pages

Il arrive que les communiqués de presse soient vraiment bien faits. On voit difficilement alors ce qu’on pourrait ajouter à ce qu’ils disent. C’est le cas en ce qui concerne celui qui présente le petit recueil de nouvelles d’Emmanuelle Cornu, lequel recueil à vrai dire est loin d’être petit. Rarement, en effet, découvre-t-on un monde aussi densément peuplé. Je dis peuplé, mais n’entends pas ici la quantité de personnages qu’on y rencontre. Ce qui le peuple, ce sont des sentiments, des situations, du vivant. Ça grouille de vie dans les trente-trois nouvelles de ce recueil.

Donner la vie n’est pas chose facile. Parfois le cordon ombilical s’enroule trois fois autour du cou de l’enfant. La mort rôde. Naître ne va pas de soi. Il y a des petits anges qui ne se rendent pas à terme. Lorsqu’un enfant survit au traumatisme de la naissance, rien ne dit que sa mère sera en mesure de veiller sur lui, d’en prendre soin. L’épuisement menace les mères. L’ombre de la dépression jette parfois sur elles un épais linceul. Elles sont mortes à la vie ; l’enfant subit les contrecoups de leur abattement.

Quatrièmes de couverture et communiqués de presse sont parfois de précieux alliés. On a intérêt à les lire attentivement. Sauf que voilà, les seconds ne parviennent pas aux lecteurs non-professionnels. Ce qui ne les empêche pas de deviner, d’avoir l’intuition que certains livres ont de toute évidence été conçus dans les entrailles d’un auteur ou ici d’une autrice, qu’il est dans le cas de ce recueil lié de très près à ce qu’elle a vécu, à ses propres expériences. Il faut leur faire confiance, les lecteurs sont souvent attentifs. De petits signes ne manquent pas de les aiguillonner. Comme, par exemple, ici, la dédicace. Emmanuelle Cornu dédie son livre à ses parents. Cela va presque de soi, une pensée pour les parents en tête de livre est assez fréquente. Mais ce n’est pas tout. Le recueil est aussi offert à « Mathilde, mon ange-fille … » Après avoir refermé un livre, il n’est pas rare que nous le parcourions à nouveau, que nous en remontions le cours jusqu’à ses toutes premières pages. C’est alors qu’une telle dédicace livre toute sa portée. Car cette Mathilde est bien importante pour nous lecteurs. À quelques reprises, cette petite a pris place dans les nouvelles. Elle survole l’ensemble du recueil ou en tout cas, elle est sans doute sa figure la plus marquante, la blessure la plus parlante de tous ces petits récits.

Cette intuition qu’auront les lecteurs est confirmée à l’intérieur du recueil, quoiqu’on le sache fort bien la frontière entre fiction et réalité, même si elle n’est pas étanche dans les ouvrages littéraires, est difficile à délimiter. On ne sait jamais à quel point le « je » de l’auteur s’immisce dans celui du narrateur. Lorsque nous lisons ceci : « Mathilde est morte le 12 novembre 2013 », est-ce bien de la Mathilde de la dédicace qu’il est question ? Rien ne nous interdit de le croire. Tout nous incite à le penser. Du reste, Emmanuelle Cornu ne s’en cache pas. Dans les dernières pages du livre, conformément à la politique éditoriale de la maison, l’autrice se présente. Elle précise que son livre rend hommage à son fils adoré ainsi qu’à son « ange-fille, [sa] fée fugueuse, libre comme l’air. » Elle ajoute : « L’écriture me lie à la Terre et me garde en équilibre. Quand la vie me fout des claques, je transforme celles-ci en histoires. »

Et quelles histoires !

Quelles transformations la fiction induit-elle dans la transposition de ces claques ? Nous, lecteurs, n’avons pas à en être informés. Notre intérêt se situe bien ailleurs que dans la vie privée de la nouvelliste. Il s’agit pour nous de laisser agir sur nous toutes ces histoires. Comme l’insinue l’autrice dans sa courte présentation, ces histoires désormais nous appartiennent. Toutes sont prégnantes. Elles ne peuvent laisser personne indifférent. Âmes sensibles, surtout ne vous abstenez pas ! Ce livre est dur, mais sa dureté nous fait du bien.

Le recueil est divisé en trois parties. Chacune contient onze nouvelles. Chacune porte un titre. Ces titres, un peu à la manière de certains vers du célèbre Coup de dés de Mallarmé — interrompus, espacés, puis reprenant plus loin leur cours —, se lient et lisent de manière à former un énoncé. La cohérence de ce dernier est assurée par le propos du recueil : « Rupture », « De », « Comportement », tels sont les titres. La quatrième de couverture reprend du reste cette formule. Il y est question d’«anges déchus, en rupture de comportement». Ces anges déchus se rencontrent dans certaines nouvelles et effectivement, ils sont en rupture de comportement. Je ne mentionne cette particularité des titres qu’afin de souligner l’aspect concerté de la composition du recueil, ainsi que l’intérêt marqué par l’autrice pour le travail sur la forme. Il y a du jeu dans l’écriture d’Emmanuelle Cornu. Elle a beau nous entraîner dans des terrains marécageux, des « infernaux paluz » comme disait Villon, sa plume fait montre d’une évidente joie créatrice, d’une impressionnante inventivité.

Certaines nouvelles se présentent, pourrait-on dire, en « rupture de comportement ». J’entends par-là qu’elles rompent avec un certain usage, une certaine norme. L’une d’elles, « Hosanna, kamikaze », étonnante par son contenu, surprend également par la disposition de ses mots disséminés sur la page, de manière à former des phrases courtes, énumératives, se succédant sur des lignes brèves, occupées par un mot, deux mots ou un peu plus. Sur trois pages, deux petits paragraphes contenant plus d’une ligne. L’un est constitué d’une ligne et demie. L’autre, de quatre lignes à peine.

Une autre nouvelle fonctionne à l’identique, à un détail près : aucune phrase, aucune ligne ne se terminent par un point. Et c’est sans point final que le texte prend fin. Pourquoi ? Est-ce là un jeu gratuit ? Pas plus qu’en poésie ce qu’on appelle vers libres. Je ne suis pas certain que le morceau, « Accueillir Églantine », serait aussi percutant si sa forme n’était pas en « rupture de comportement ».

Dans « Shape of my heart », titre emprunté à Sting, un dispositif formel pour le moins original est au service d’une histoire relatant un chagrin d’amour. De très courts paragraphes, on dirait presque des strophes, sont suivis d’un commentaire isolé par le blanc de la page, justifié au centre de la ligne, à l’image d’un titre, mais à la différence d’un titre cet énoncé apparaît non pas au-dessus du texte, mais plutôt sous lui.

Ceci à titre d’illustration

Ailleurs, la nouvelliste recourt de manière insistante à l’anaphore. Du début à la fin de textes courant sur trois ou quatre pages, elle répète en début de paragraphe la même formule. Le texte liminaire commence ainsi : « … pendant ce temps, ». Chacun des courts paragraphes suivants reprend les mêmes mots. Plus loin dans le recueil, ce procédé est à nouveau utilisé : « Faut pas me demander […] ». À la toute fin, dans une des nouvelles les plus souffrantes, chaque paragraphe commence par « Ma première fois. »

On constate sans doute que j’accorde beaucoup d’importance à la forme du recueil, à ses caractéristiques matérielles. C’est que cela n’a rien de négligeable. Lorsqu’un auteur ou une autrice se préoccupent à ce point des aspects formels de l’écriture, lorsque le résultat est aussi convaincant, négliger de le mentionner ferait injure à une part importante de la nature du travail de l’écrivain.

Les qualités de ce recueil sont diverses. Elles tiennent entre autres à la maîtrise et à l’inventivité de l’écriture, à la rigueur qui se rencontre dans le maniement de la matière verbale, dans la solidité de la structure. Mais la cohésion de l’ensemble serait chose plutôt vaine si ne venait la redoubler la cohérence rencontrée au niveau du contenu, car c’est à une vision du monde que nous convie Emmanuelle Cornu, c’est bel et bien au monde réel que nous ramènent ses fictions, à des sentiments qui s’incarnent dans des personnages qui ont ici statut de personnes humaines.

La grande unité du recueil va de pair avec la cohérence du propos, bien que dans l’ensemble fassent irruption çà et là des textes étonnants par leur facture et leur propos, se présentant un peu comme des hors-d’œuvre, sur la raison d’être desquels le lecteur choisira ou non de s’interroger. Les deux avant-derniers, par exemple, entreprennent une incursion du côté d’une certaine forme de critique. Leur thématique est littéraire, concerne l’univers du livre et de l’écriture. Ces textes possèdent une charge caustique. D’ailleurs, souvent la ou les narratrices de cet ouvrage carburent à la colère.

Ça grouille de vie dans ce recueil. Or la vie, qui parfois est belle, est souvent insoutenable, si bien que l’autrice octroie peu de place au « parfois » relatif du bonheur. En revanche, sa plume ressemble au scalpel du bon vieux Flaubert. Cornu trempe sa plume dans les paies vives. Elle écrit avec du sang. Le sang coule abondamment dans certaines de ses nouvelles, notamment dans la première.  Ses tout premiers mots : « … pendant ce temps, Estelle se purge, assise sur la cuvette souillée des toilettes de l’urgence. Sa culotte, inondée, traîne sur le plancher. L’infirmier lui a demandé d’y fixer une serviette hygiénique, question de contrôler le flux mortel, puis de cogner à sa vitre pour des comptes rendus ponctuels. Les fausses couches sont ainsi traitées. Fausses couches. Menstruations forcées. Fauche-bébés. »

Estelle est en état de choc, en proie à des visions d’enfer, ou visions de limbes : elle « imagine tous ces embryons mis en pièces, flottant à la surface d’un océan de merde, de pisse, de sang, de sperme et de papier hygiénique, fracassant leurs chairs à vif aux parois des égouts, cherchant en vain leur mère, se reconnaissant et se cramponnant les uns aux autres comme de petits aimants, de petits amants, se consolant de se retrouver ainsi seuls, loin de la chaleur originelle. »

Cette fausse couche est un drame personnel qui, pour malheureux qu’il soit, ne pèse pas lourd dans la balance des tragédies universelles : « Il y a pire ailleurs, des enfants meurent chaque seconde, des guerres éclatent aux quatre coins cardinaux, la perte de son enfant ne perturbera certainement pas le cours de la Bourse. Minuscule début de vie trop vite évacué, son bébé n’habitera jamais que la mémoire de ses parents. Et creusera un fossé entre eux et le reste du monde. »

Il y aura des variations dans le recueil sur cette perte qui est loin de n’être qu’un thème littéraire. Rodney Saint-Éloi énonce dans les premières pages de son plus récent ouvrage, Quand il fait triste Bertha chante, un curieux paradoxe, il écrit : « Ceci n’est pas un livre. C’est un cerf-volant qui trace la voix de Bertha. Testament d’une mère à son fils. » On pourrait ici formuler des propos analogues. Emmanuelle Cornu a écrit un livre qui lui aussi, d’une certaine manière, n’est pas un livre. Ou qui pour l’autrice est davantage qu’un livre. Livre écrit dans le vif de ses propres blessures. Livre de deuil, testamentaire, d’une mère à sa fille. Livre où s’élève quelque chose comme un cerf-volant. Estelle, le personnage, est en état de choc. La personne de l’autrice a connu un choc identique. La narratrice, enfin l’autrice, écrit que « sa poussinette s’est fait pousser des ailes ! Elle flotte au-dessus de sa mère et voudrait bien lui caresser le visage, impossible, une frontière les sépare temporairement. »

Cette fois-ci, dans cette première nouvelle, le couple est hétérosexuel. Jacques, le conjoint d’Estelle, souffre lui aussi : « Son ange-fille, touchée par sa tristesse, lui effleure les cheveux et l’embrasse sur le front. Jacques sourit. »

Qu’elle soit ou non clairement identifiée, Mathilde est l’un des personnages récurrents de Trois tours de cordons. Employer le terme de personnage pour la désigner n’est pas un non-sens, bien que ce petit être n’ait jamais eu d’existence. Mathilde n’a jamais été une personne à part entière, mais prétendre qu’elle est un être imaginaire, cela serait émettre une fausseté. Par son absence, elle hante sa mère autant sinon plus que si elle avait vécu. Elle est ange-fille. Du livre où sa mère l’accueille, elle est pour ainsi dire l’une des petites merveilles.

Dans un très beau texte, Mathilde réapparaît à la faveur d’une rêverie. Sa mère est au jardin, elle tente de se changer les idées en y faisant de menus travaux. Peine perdue, telle une idée fixe, un gros chagrin se colle à son âme, « sa fille lui manque, c’est ça, l’absence de sa fille lui déchire les entrailles, c’est ça, sa Mathilde, tenue au creux de sa paume, n’a jamais existé, c’est ça, son nom n’est inscrit nulle part, aucun acte de décès, aucune pierre tombale ne témoigne de son passage sur cette planète. » Il y a dans cette nouvelle quelque chose qui est de l’ordre du merveilleux. L’absente est tout à fait présente. La « petite virgule cartilagineuse et sanguinolente », cette « épure d’enfant », cet enfant-embryon revient auprès de sa mère, à ses côtés, invisible.  Comme dans la première histoire, son âme vit. Comment dire autrement ? Ce n’est peut-être pas une question de foi, peut-être uniquement une prérogative de la fiction. Une autrice a beau dans l’une de ses nouvelles faire dire à l’une de ses narratrices qu’elle ne se consolera « pas en pensant que des ailes ont poussé sur le dos de [son] enfant », dans une autre nouvelle, elle ne peut s’empêcher de l’imaginer « flottant au-dessus » d’’une autre narratrice. C’est ainsi qu’on verra ailleurs Mathilde filer « telle une fusée » : elle « massacre les champs magnétiques, touche aux nuages et redescend, plus forte, plus joyeuse, Mathilde, telle une météorite, percute un tronc d’arbre et explose. »

Tout dans ce recueil ne tourne pas autour de ce petit personnage. Tous les récits ne sont pas, en raison de son absence, aussi touchants et émouvants. Certains offrent des scènes quasi idylliques. Je songe notamment à une scène d’enfance. Un garçonnet s’amuse dans la cour. Il est seul. Il explore son territoire. Il fait de nombreuses découvertes, amasse des trésors. Soudain, il aperçoit des crocus qui pointent leurs oreilles violettes hors de la neige. Il les dégage. Mais le voici rapidement en proie à une vive inquiétude. Il les sait en danger, exposées au froid, aux intempéries. Ingénieux, il trouve la solution à son problème. Dans ses poches sont les trésors qu’il a ramassés. Avec ces menus objets, « cailloux, bouchons, tessons, châtaignes, coquilles d’escargot, roues de tracteur miniature », il érigera un rempart autour des petites plantes. Rafraîchissant !

Oui, pour une rare fois, un peu de soleil, de quoi faire sourire lecteurs et lectrices. Cela procure un léger moment de répit. Mais l’autrice a d’autres chats à fouetter. Sans misérabilisme aucun, elle s’attaque à la misère. On a vu celles liées au deuil, aux fausses couches. Il y a également les souffrances engendrées par le divorce. La situation des femmes est souvent déplorable, mères déprimées, monoparentales, incapables d’être présentes à de jeunes enfants qui ne pensent qu’à s’amuser. Le temps est long et ne passe pas lorsqu’en milieu d’après-midi un enfant refuse de faire la sieste. On s’impatiente, le maltraite. La vie de bureau n’a rien de drôle. Les enseignants ont de lourdes tâches. Et que dire du désir ? Une femme lesbienne toute chamboulée par une jeune collègue, soudain, un geste, elle prend la main de celle qu’elle aime et la garde dans la sienne, l’embrasse, alors que l’autre tente de se dégager. Moment de trouble.

Dans une nouvelle empreinte de douceur, joliment intitulée du nom de son personnage féminin principal, elle se nomme Mésange, il est question en termes très évocateurs d’une poitrine magnifique. « Mésange est une femme aux seins sublimes. Deux bijoux offerts par sa mère. Nature. Parfaitement, merveilleusement ronds. Blancs, presque écrus. Invitants, éblouissants. Bandants à s’en faire péter la fermeture éclair. Surnaturels. »

Dans une autre nouvelle, pas question pour Valeria d’allaiter son bébé : « Selon Valeria, sa poitrine possède une fonction unique : le plaisir. Elle ne sacrifiera jamais sa jouissance sur l’autel de la maternité. Belle connerie. Si elle pouvait lire l’avenir … se projeter dans sa quarantaine … là où les chairs commencent à s’alourdir, là où l’énergie peine à se renouveler, là où le désir pour l’autre s’étiole … » Cette nouvelle met en scène des parents qui sont des femmes. De même que l’autrice offre dans son recueil la belle scène d’enfant évoquée ci-haut, elle montre ici une attendrissante scène de vie conjugale. Le trio formé de deux mamans et d’un poupon donne lieu à une anecdote charmante et amusante. Les mamans sont complices. Un retournement s’opère. Bébé a soif. À la fin, il boit du bon lait. Encore une fois, rafraîchissant. Mais …

Mais le pire, une fois admis que rien n’aura été pire que le départ précédé de nulle arrivée de Mathilde, c’est, dans deux nouvelles du recueil, l’effet désastreux sur un couple lesbien de la décision prise par l’une des femmes de changer de sexe, de se faire homme. Comment une femme qui aime les femmes peut-elle soudain se convertir en être bisexuel ? Ou comment peut-elle feindre d’être devenue hétérosexuelle ? Alors que sa Fanny devient un Antoine, la narratrice ne sait plus où donner de la tête, elle ignore « comment séduire cet homme. » Elle ne ressent plus aucun désir pour lui : « Ma femme est prisonnière d’Antoine ». Le couple ne résistera pas à cette nouvelle donne. Ce changement de genre donnera lieu à un divorce : « Mon chagrin prend les couleurs de notre époque, révolutionnaire, instable et en constante mutation. »

Je ne savais pas en ouvrant ce recueil que j’y prendrais un tel plaisir. C’est peu dire. M’est avis que des gens frileux seront en le lisant amenés à se familiariser avec « les couleurs de notre époque ». Dans la nouvelle intitulée « Le lac soleil », Emmanuelle Cornu nous fait pénétrer au sein d’une base de plein air ayant vocation d’éduquer les adolescents à risque de déviations sexuelles. Aucune « rupture de comportement » ne peut être tolérée. Ils ne doivent surtout pas quitter le droit chemin. Pour éviter qu’ils n’en dévient, on use de moyens pour le moins déloyaux.

Certains auteurs écrivent dans le but de montrer que … de défendre de justes causes. Ils écrivent pour prouver telle ou telle chose, pour dénoncer ceci ou cela, mettre au parfum, intervenir dans les débats. Cela est de bon aloi. Tous et toutes cependant n’y parviennent pas avec autant de succès qu’Emmanuelle Cornu, où la chose semble se faire de surcroît, par la seule force interne de la fiction. Dans cette nouvelle, sans prêchi-prêcha, sans que la thèse ne dépasse du jupon de la fiction, l’autrice nous présente des aspects condamnables de notre société actuelle, répressive, conservatrice. Elle le fait en racontant, en faisant confiance au pouvoir de la fiction. Parfois dans ses nouvelles les narrateurs laissent s’échapper un jugement, un constat. Ils s’inscrivent alors tout naturellement dans le récit. Au lecteur de s’interroger sur la portée de l’œuvre, de découvrir par lui-même des significations dans ce qui lui est raconté. Cornu ne nous tient pas par la main. Elle cède l’initiative à ses lecteurs et lectrices. Du temps de La Fontaine, on ajoutait à ce que l’on avait d’abord raconté. De nos jours, la morale à la fin d’une fable est superfétatoire. Nul besoin d’insister.

Auteur : Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

6 réflexions sur « Emmanuelle Cornu : Trois tours de cordons : Nouvelles : Éditions Druide : 2021 : 168 pages »

  1. Qui est chargé ? Le livre ou l’âne ? On dit plutôt « chargé comme une mule ». Quant aux encouragements, tu n’en as pas besoin. Tu es un formidable lecteur. À vrai dire, c’est toi ici qui m’encourages par ta fréquentation assidue de mon blogue. À toi seul, par ta présence, tu justifies tout le temps que je consacre à mes « petites études ». Merci Laurent.

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  2. J’apprécie ta marque de générosité Daniel au plus haut point. Tu ne peux te douter à quel point je me trouve privilégié de pouvoir profiter du médiateur bienveillant et savant que tu es entre ces autrices et auteurs québécois et nous. Un jour tes «petites études» deviendront grandes pour plein d’autres profanes comme moi.

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