Danielle Dussault : Les ponts de Prague : Nouvelles : Lévesque éditeur : 2022 : 142 pages

J’imagine que dans le travail de qui écrit des nouvelles un des pires écueils qui se puissent rencontrés est celui de la redondance. Si les nouvelles dans un recueil s’enchaînent sans se démarquer les unes des autres, les lecteurs risquent de ressentir une impression de sur-place. Il faut donc varier, proposer des histoires qui par leur diversité sauront séduire les lecteurs, piquer leur curiosité, retenir leur attention. Or un danger opposé menace l’auteur de nouvelles, c’est celui de l’éclatement, de l’éparpillement dans des directions si incongrues qu’elles mettent à mal l’unité de l’ouvrage. Un recueil de nouvelles n’est pas un fourre-tout. Ses morceaux ont beau être d’inspirations diverses, traiter de sujets différents, de trop grands écarts de tons, de style, de propos, d’univers généreront la dilution de l’intérêt que souhaiterait leur accorder le lecteur.

Si l’on cherche le modèle du genre, on songera aux remarquables Trois contes de Flaubert. Les univers qu’ils rassemblent proviennent d’époques pourtant éloignées les unes des autres, ce sont des mondes que tout sépare. La Félicité d’ « Un cœur simple » est une humble servante du Pont-L’Évêque d’il y a deux siècles (elle est contemporaine de l’auteur); Saint Julien l’Hospitalier, personnage du deuxième conte, est un personnage du moyen-âge ; dans la troisième histoire, Iaokanann est nul autre que saint Jean-Baptiste, le cousin de Jésus. Avec ce dernier, nous sommes loin de la France de Flaubert. Au Québec, Gérald Tougas, l’auteur de La clef de sol et autres récits avait su produire en son temps une œuvre où les contrastes se joignaient pour constituer un tout solide et compact. Danielle Dussault réalise un tour de force équivalent. Cela n’est pas peu dire.

Elle nous transporte à Prague. Séjour là-bas, puis retour au Québec. Le tout tient en 29 textes courts, des nouvelles principalement, mais qu’est-ce qu’une nouvelle ? Un texte racontant une histoire simple, brève et trouvant son dénouement dans une chute originale ? Le mot nouvelles est écrit sur la couverture. Il fera l’affaire, même si par moments dans quelques-unes de ces nouvelles l’on se rapproche du poème en prose ou même carrément du poème. Mais attention ! Soyons prévenus ! Danielle Dussault n’est pas de celles qui confondent les genres, qui sans crier gare vous mettent sous les yeux un texte qui en vertu de sa seule apparente incohérence se rapprocherait de ce que parfois d’aucuns appellent poème. Dans ces quelques pièces du recueil où le texte se fait plus ou moins poème, l’autrice ne chante pas, aucun lyrisme dans son discours. Elle, que le formalisme informe dans son ouvrage, qu’une rigueur de construction interpelle, ne se permet pas non plus de jouer un peu gratuitement avec les mots (le jeu est parfois l’apanage d’une certaine poésie). Enfin! J’aborde cette question uniquement afin de décrire au mieux l’ouvrage de Danielle Dussault. C’est un ouvrage fin, de cette espèce qui se voit remise vingt fois sur le métier. Tout y est soigné. Travail d’une artiste soucieuse autant de beauté que de solidité, de subtilité formelle également, quoi que sur ce plan, on demeure dans la zone où l’inventivité n’a rien d’ostentatoire. Tout est ici frappé au coin de la modération. Il faut varier tout en ne sortant pas du cadre que l’on s’est fixé.

Ce cadre est la ville de Prague. La quatrième de couverture nous apprend qu’une « femme écrivain » (j’emprunte cette terminologie à une narratrice du recueil qui la préfère aux mots auteure, autrice et écrivaine) y séjourne « à la faveur d’une résidence d’écriture ». .Dussault s’est vraisemblablement proposé d’utiliser tout le matériau « existentiel » que l’ « expérience » humaine qu’elle a vécue à Prague a mis à sa disposition. Elle parlera de ses découvertes, les fera découvrir à partir de son point de vue qui est, je le rappelle, celui d’une femme ayant entrepris d’écrire des nouvelles à Prague, ville à laquelle notre imaginaire rattache celui d’un Kafka qui n’est pas sans avoir laissé ses traces dans la ville ainsi que dans les nouvelles de celle sur qui, pourrait-on dire, il veille tout au long de son séjour. Il y a quelques anges dans les nouvelles de Danielle Dussault, elle me permettra d’évoquer en Kafka une figure tutélaire qui l’aura accueillie à Prague, à l’instar de la bonne amie de Dussault, la traductrice Věra Koubová.

Nous sommes avec ce recueil dans un monde qui est celui du livre. Nombre de nouvelles se situent dans un espace voué à la littérature, que ce soient une bibliothèque, une salle de classe, une université ou un café. On y parle d’écrivains, par exemple de Ladislav Mňačko, de Kafka bien entendu ; on fait allusion à Perec, Nothomb ou Pennac. Le poète montréalais Leonard Cohen est souvent présent. Certains personnages sont eux-mêmes écrivains (dont un casse-pied qui fait drôlement tomber de son socle la figure « mythique » de l’écrivain : la nouvelle où il apparaît est fort amusante). Les narrateurs, ou faudrait-il plutôt dire les narratrices ? réfléchissent ou commentent la chose littéraire. Ce qui donne lieu à des passages donnant à réfléchir. Dans le texte à saveur onirique que l’autrice consacre à la mémoire de Ladislav Mňačko, on en vient à penser qu’une porte est semblable à un livre. Le livre est un objet qui une fois ouvert livre des secrets. Disant ce qu’il dit, le livre révèle à ses lecteurs leurs propres secrets. Un écrivain, comme Ladislav Mňačko, par-delà sa mort demeure présent.

Ce recueil est méticuleusement construit. Une de ses particularités est de faire alterner des narrateurs qui s’expriment en recourant à toute, ou presque, la panoplie des pronoms mis à notre disposition par la langue. Une nouvelle est écrite au « je », elle est suivie d’une autre où Dussault emploie un « tu », ou le pronom « on », ou encore « elle », « nous » et « vous ». Des ponts relient entre elles toutes ces nouvelles. Le mot « pont » ou un équivalent apparaît dans chacune. À titre d’exemple, tel un encadrement, le premier texte se termine par les mots suivants : « Traverser encore. // Un pont, peut-être. // Écrire. » Les derniers mots du dernier texte font écho à ceux de tout début du livre : « Et moi, je traverse un pont. // Encore. »

La littérature tout entière est une affaire de ponts. La lecture crée un pont en s’arrimant à l’écriture, elle-même pont, ce qui permet l’échange, le passage. « N’est-ce pas le plus bel achèvement de la littérature : révéler une voix qui s’adresse à chacun ? » Dans Les ponts de Prague, le pont est un fil conducteur. « Dans le puits de l’écriture, on découvre une main secourable, un trait d’union pour traverser de l’autre côté des choses. » Un « trait d’union », autre manière de dire un pont. Assurément, l’idée est de lier, de joindre les êtres les uns aux autres. Dans un des textes, une narratrice commence avec cette confession : « Je n’ai pas écrit aujourd’hui. » Presque un aveu d’échec, que compenseront cependant les derniers mots du morceau : « Je n’ai pas écrit, mais quelqu’un m’a parlé aujourd’hui. » Lorsque la littérature ne relie pas aux autres (ou à soi, car l’écriture apparaît également dans le recueil comme instrument d’investigation des vérités dissimulées au fond de soi), le contact avec les autres n’est pas un pis-aller, mais bien un succédané tout aussi efficace.

L’une des particularités des Ponts de Prague est relative à ce qu’est une femme, à ce que dans sa vie une femme traverse d’épreuves, lorsqu’elle se laisse aller jusqu’à se perdre, à perdre son image, à oublier son être dans les mailles du temps. Se dessine à travers l’enfilade des personnages féminins le portrait attendrissant d’une femme quasiment invisible, qui ne se voit plus et que plus personne ne voit. En exergue d’une nouvelle, quelques mots d’Alfred de Musset expriment ce trait de personnalité commun à quelques personnages du livre, trait révélateur surtout de la personnalité des narrateurs féminins, ainsi que de plusieurs personnages féminins du recueil. Musset écrit : « En un mot, il était de ce petit nombre d’êtres qui vivent sans bruit et savent gré aux autres de ne pas s’apercevoir de ce qu’ils valent. » Ce qui vaut pour « il » vaut ici pour « elles ». Un autre exergue est pour sa part plutôt explicite : « Faites comme si ‘‘je’’ n’avais jamais existé. » Ces mots sont de Koan de Tenryu.

On retrouve dans plusieurs nouvelles des personnages solitaires. L’un d’eux, anonyme, marche dans la rue, au milieu d’une « foule sans visage ». Il croise un homme qui « s’empresse d’aller vers nulle part. » Ce personnage dont la particularité est de n’être ni homme ni femme marche parmi la foule « comme un ange invisible. »

La solitude de la femme (la femme, je le rappelle, est ici un amalgame formé à partir de quelques personnages) va de pair avec son errance dans la ville. Elle adore « les promenades sans but précis. » Elle est seule et tient à le demeurer, elle est un brin sauvage, libre d’aller où bon lui semble, cherchant à préserver la liberté que lui octroie justement sa solitude. Le sens de sa vie, elle le trouve dans cette disponibilité, dans cette ouverture que lui offre la promenade sans but, où se perdre équivaut à se retrouver, à retrouver une part de soi laissée à l’abandon, comme le sera dans une nouvelle une féminité qu’on aura abdiquée en négligeant son image, après s’être soi-même oublié : l’être ne tenant plus à « être » en sera venu à disparaître sous les oripeaux l’effaçant, l’abolissant quasiment.

Les nouvelles intitulées « La femme matérielle » et « Refais-toi une beauté » n’ont rien de superficiel, où pourtant la question de l’image, de l’apparence physique est primordiale. Bien au contraire, tout cela est plutôt profond.  Il s’agit de coïncider avec soi, de joindre la part enfouie de soi à sa matérialité « physique » de femme, d’accepter d’être pleinement femme et de s’afficher, du moins à ses propres yeux, en tant que telle : « Aime-toi autant que tu peux, oublie les coupes de cheveux à la garçonne, entre dans ce studio où les Vietnamiennes font de jolis ongles aux femmes, marche la tête haute, coiffe tes cheveux, fais-toi une tête justement, arrête de te soustraire en voulant soigner les tiens, tu es libre à présent d’habiter ce corps. Redeviens celle que tu es. »

En tant qu’autrice, Danielle Dussault propose une série de textes dont les qualités stylistiques sont en phase avec ses personnages féminins principaux. Je rappelle que pour la plupart, ces derniers sont discrets. La plume de Dussault les rejoint sur ce point. Elle trace des lignes claires qui sur soi n’attirent pas l’attention. Nulle esbroufe dans cette écriture, pas de m’as-tu-vu. Tout ici au contraire est limpide et comme effacé. Plus nous avançons dans ce recueil, plus nous sommes gagnés par cette voix commune aux divers narrateurs, narrateurs féminins devrais-je ajouter. Plus nous constatons qu’un fin travail d’artiste préside à cette écriture toute en finesse, en savant dosage de touches jamais appuyées, toujours efficaces dans ce qu’elles expriment. Même l’originalité de Danielle Dussault a quelque chose d’apaisant dans sa manière d’étonner, de jouer avec la langue afin de trouver des formulations idoines à son propos. « Ses pas craquaient sur le plancher de bois. » « La veste sur la chaise semblait seule comme un après-midi de novembre. »

Certains nouvellistes, dont Gaëtan Brulotte, s’ingénient à « construire » un ensemble de nouvelles en donnant à leur production une cohérence organique. Ainsi Brulotte se soucie-t-il de donner à ses florilèges un maximum de cohérence. Il souhaite, écrit-il dans son plus récent carnet (Nulle part qu’en haut désir, Lévesque éditeur) « conjugue[r] à la fois une hétérogénéité de textes et une homogénéité d’ensemble, [de manière à rassembler] deux principes en apparence contradictoires. » Sans doute applaudirait-il le recueil de Danielle Dussault, lequel recueil propose à coup sûr une suite de nouvelles auquel l’agencement confère une remarquable unité. Qui plus est, cette unité se trouve renforcée par une trouvaille qui, comme il se doit chez cette femme écrivain, est à peine perceptible. J’explique. Quand bien même nous lirions ce recueil sans nous être préoccupés d’abord de la présentation faite en quatrième de couverture, où il est clairement dit que Les ponts de Prague ont été conçus « à la faveur d’une résidence en Europe de l’Est [de] Danielle Dussault », nous aurions eu la puce à l’oreille au fil de la lecture, nous aurions compris que l’écrivaine avait rassemblé des nouvelles écrites à Prague ou à tout le moins pour la plupart en Europe de l’Est, à l’exception de la dernière sur laquelle nous reviendrons dans un instant. La nouvelle intitulée « La femme de l’autre rive » commence par ces mots : « On avait pris le pari d’écrire à Prague. » Une autre nouvelle est précédée de cette information : « Le récit est écrit en alternance. » L’effet est ici comparable à celui d’une didascalie dans une « partition » théâtrale. L’autrice donne l’équivalent d’un argument (comme pour un ballet). Ce qu’elle écrit, sorte de préambule, est en quelque sorte extérieur au texte qui suit, provient d’un autre espace narratif, nous ouvre justement sur un espace plus grand, qui curieusement est assez proche de l’espace romanesque. Mais le romanesque ici n’est pas celui de la fiction, il est sans doute davantage celui de l’autofiction.

Nous lisons dans une nouvelle cette toute petite phrase : « On avance comme dans un roman. » Je détourne ces mots de leur contexte, où ils prennent un tout autre sens que celui qu’ici je leur confère. Néanmoins, c’est cela qui se produit au fil de la lecture, tant l’unité de l’ensemble est forte. Dans une autre nouvelle, l’autrice spécifie d’entrée de jeu les conditions dans lesquelles a été écrit ce qu’on s’apprête à lire. En fait, elle évoque les lieux où le texte a été écrit : « Texte écrit au restaurant Buono dans la rue Jeruzalémská près de la station et (sic) Jindřišská à Prague. » Cette indication fait quelque peu songer à l’effet causé au théâtre par la « transgression » consistant à faire tomber le quatrième mur. Avec cette information, il y a intrusion d’une certaine réalité dans l’espace fictionnel. On joue sur deux tableaux à la fois, le tableau de la fiction et celui de ses conditions d’émergence. Ceci n’a pas pour autant l’effet de faire décrocher le lecteur, mais bien plutôt de l’ouvrir à une nouvelle histoire, qui est précisément celle de l’autrice, d’où la référence faite à l’autofiction. Nous le comprenons, ces textes qui se présentent chacun de manière autonome, distincts des précédents et des suivants, sont semblables à ces perles dont parlait Flaubert qui les désirait toujours solidement attachées à un même fil robuste, apte à les mettre toutes en valeur. Ce fil narratif est discrètement présent dès l’ouverture du recueil. L’ouvrage est dédié à deux amies, Věra Koubová (la traductrice tchèque) et Christiane Lahaie. On me dira que la chose n’a rien de particulièrement significatif, qu’elle est courante et n’indique pas une effraction de la réalité de l’autrice dans les mondes fictifs qu’elle aura inventés. Soit, je l’admets. Cependant Věra apparaît (personne-personnage) à la toute fin du livre, dans un texte qui présente un nouveau lien, un liant cimentant les unes aux autres toutes les nouvelles que viennent de lire les lecteurs. Le texte s’intitule « Le trait d’union ». Il fait le pont entre ce qui s’est écrit et vécu à Prague et la réalité que retrouve Danielle Dussault lorsqu’elle revient au Québec.

Je le répète, ici « on avance comme dans un roman », on lit une série de nouvelles qui en filigrane racontent l’histoire d’une écrivaine séjournant à Prague, y faisant des rencontres, dont certaines sont liées à sa profession et appartiennent en propre au type d’activités prévues dans le cadre d’un séjour d’écrivain dans une ville étrangère et dont d’autres sont libres de toutes contraintes, laissées à sa seule fantaisie de femme errante. 

Je parlais d’autofiction. On parlera de ce qu’on voudra, de fiction ou de réalité, de récits autobiographiques ou d’inventions à part entière, d’écrivaine ou de femme écrivain, peu importe. Ce qui est important, c’est de souligner les qualités de composition de ce recueil, de sa grande cohérence qui n’est pas qu’une affaire de forme et de style, mais bien plutôt de sensibilité aux autres et de pertinence du propos. Ce tout petit livre est ouvert sur le monde, sur le monde physique, celui des corps dans le vaste corps social d’une ville comme Prague ou d’une campagne comme celle à laquelle finit par revenir la narratrice. Il raconte des histoires qui nous branchent sur l’histoire. Il rend présente la réalité d’une ville et d’un pays qu’on apprend à connaître grâce à l’autrice. À vrai dire, les nouvelles racontent des histoires dont j’ai insuffisamment vanté les mérites. Les lecteurs et lectrices les découvriront par eux-mêmes. Ils les savoureront, j’en suis certain.

Danielle Dussault est une femme écrivain fort crédible. Elle parvient à créer des atmosphères, à redonner leur réalité aux réalités qu’elle observe. Son écriture est efficace, en ce sens où elle fait accéder le lecteur à de la présence. En lisant Les ponts de Prague, le lecteur plonge comme s’il y était dans un monde dont les contours sont souvent précis, parfois brumeux ou flous, un certain onirisme flottant dans l’air de Prague, la présence de Kafka habitant encore ces lieux et l’imaginaire de Dussault se plaisant, si l’on peut dire, à lui rendre hommage.

Transparence relative, sobriété de l’écriture, discrète inventivité. Dussault n’encombre pas ses écrits. Ses mots ne font jamais obstacle aux histoires qu’elle raconte. Ils accomplissent pleinement leur fonction de pont.  

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

2 commentaires sur « Danielle Dussault : Les ponts de Prague : Nouvelles : Lévesque éditeur : 2022 : 142 pages »

  1. J’aime bien ta sensibilité remarquable au caractère discret, invisible, silencieux, anonyme, apparemment sans but des personnages et de l’oeuvre de Dussault. L’enjeu de certaines vies, passer de l’être reçu à l’être assumé…

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