Mario Pelletier : La pierre de Satan : Roman : Les heures bleues : 2021

Voici un roman volumineux, imposant par le nombre de pages, il en compte plus de quatre cent soixante-sept. Plus qu’imposant, il est ambitieux, d’une architecture de cathédrale. Tout y est minutieusement mis en place, intelligemment concerté. C’est dire que l’auteur ne l’a pas écrit à la hâte, en improvisant, en confiant la trame de son récit à des personnages qu’il se serait contenté de suivre aveuglément, en leur laissant entièrement la gouverne de leur destinée. L’auteur a conçu un roman impressionnant.

Je ne crois pas être un lecteur facilement impressionnable. Du reste, s’il faut parler en toute franchise, au départ j’étais sans doute avec ce roman un lecteur difficile à séduire, étant plutôt étranger, par mes goûts et mes habitudes de lecture, au genre littéraire auquel appartient cette œuvre. Ma nature m’incline à lire surtout ce qu’on pourrait appeler des ouvrages de littérature pure et dure. Si je fais de tels aveux, c’est afin de mettre en valeur le roman de Pelletier, aussi pour prévenir des pièges, dus pour la plupart au type de préjugés qu’il m’arrive parfois de colporter, car enfin, c’en sont, qu’un certain snobisme souvent motive. On tombe facilement dans des pièges, tout particulièrement ceux de l’habitude et d’une certaine paresse intellectuelle.

Je m’explique. On excusera les stéréotypes dont je me sers ici. Je les utilise afin de rendre à César ce qui lui revient. Voici les stéréotypes. Nous opposons littérature savante et littérature populaire, formes complexes et formes simples. Nous opposons également deux types de publics cibles. Opposition grossière à mon avis. Le premier de ces publics est constitué de ce que l’on croit être la fine fleur, quasi aristocratique, celle des lecteurs chevronnés, lesquels savourent la finesse et la justesse d’un propos substantiel, ainsi que la qualité esthétique d’une œuvre. Des goûts se développent dans le sillage d’un Proust pour l’élégance, d’un Céline pour la robustesse et le franc-parler, la truculence du verbe, la crudité de la vérité. On est des littéraires ou on ne l’est pas !

Le second public cible serait le grand public, friand de contenu accessible, d’histoires palpitantes et bien racontées, avec simplicité, de manière linéaire si possible, où l’écriture brille pour ainsi dire par son invisibilité. Une autre catégorie, mais je l’ai dit, tout ceci est de l’ordre du stéréotype, serait celle d’un public occupant une zone intermédiaire. Il est composé de lecteurs et de lectrices aptes à affronter des œuvres costaudes, pour autant qu’on n’y coupe pas les cheveux en quatre, que leurs auteurs évitent les subtilités formalistes et les inventivités souvent inhérentes à une écriture absconse où la substance, lorsque substance il y a, joue à cache-cache avec le lecteur.

Où sont les pièges ? Les voici.

Supposons un lecteur entrant dans une librairie. Parmi l’abondante production, face aux propositions labyrinthiques que lui adressent les étalages, il aperçoit le roman de Pelletier. S’il appartient à la première catégorie des lecteurs, celle des fins gourmets ou qui se croient tels, il daignera à peine considérer ce roman. Il jugera le moine à son habit. Le feu de la couverture, le titre de l’ouvrage lui indiqueront que c’est là un roman destiné aux amateurs d’un genre qu’il ne prise pas, celui du roman d’aventures. Je sais, des purs et durs lisent aussi des thrillers, du polar, des romans de science-fiction, mais mon lecteur ce jour-là passe outre et décide de se procurer la plus récente traduction d’un roman de Dostoïevsky. Son choix est excellent, mais il a tort de faire la fine bouche, de lever le nez sur un roman dont il ne soupçonne aucunement qu’il regorge de qualités. Mieux vaudrait plutôt se procurer les deux ouvrages. Je voudrais lui montrer ici en quoi l’univers de Pelletier est susceptible de lui plaire et de satisfaire ses exigences.

Voici une lectrice cette fois-ci. Elle désire offrir un roman à son beau-père, un amateur de grosses briques qui, une fois l’an, dévore un ou deux immenses pavés. Elle voit l’habit et décide que le moine fera l’affaire. Je ne suis pas certain cependant que le beau-père appréciera à sa juste valeur le roman de notre auteur, s’il parvient à le lire en entier. C’est que Pelletier offre beaucoup plus qu’une aventure. On trouve dans son roman une substance qui pourrait échapper à notre lecteur. Surtout, cette cathédrale dont j’ai parlé plus haut, il se pourrait qu’en contemplant ses voûtes, ses fresques et tout ce qui fait sa richesse, notre lecteur ait le tournis. Il pourrait aussi s’épuiser en tentant de suivre le déroulement de la phrase de Pelletier, où rarement le sujet est immédiatement suivi du verbe et de son complément, phrase rarement sise à vrai dire sur une simple ligne et dont les déploiements sont souvent spectaculaires.

Quant à notre lecteur intermédiaire, celui-ci sera comblé. Il est apte à se repaître de ce que lui offre l’auteur. Il savourera une aventure époustouflante, que dis-je ? il faut parler ici d’aventures au pluriel. Il embarquera totalement dans la proposition de l’auteur, adhérera au produit de sa fertile imagination. Proposition dont la richesse a de quoi impressionner. Mais de quoi retourne-t-elle ? Qu’en est-il au juste ? Que nous offre Mario Pelletier avec ce roman ? Humblement, je confesserai mon inaptitude à bien le dire. Ce roman est fort complexe. Mieux vaut laisser le soin à la quatrième de couverture de répondre à la question. À vrai dire, rarement a-t-on vu une si honnête et pertinente présentation. La voici.

Un songe télépathique au moment des attentats du 11 septembre 2001 à New York entraîne Loïc Bolduc dans une quête hallucinante, sur la trace d’un camée maléfique trouvé dans une tombe.

Cette quête court sur trois siècles et deux continents, à partir de l’effondrement des tours du World Trade Center. Elle nous entraîne dans une saga familiale autour d’une énigme liée aux débuts d’un village fondé par un personnage plus grand que nature.

Récit à grand déploiement, La pierre de Satan est une chronique de fin des temps qui tient en haleine par la magie d’une écriture riche et alerte, souvent flamboyante.

Voilà ! C’est la pure vérité. C’est vendeur, et ça a le mérite de dire très bien ce que ça vend.

Je ne suis sans doute pas très bien placé pour dire si le sujet traité par l’auteur est original. Je l’ai dit, je lis habituellement des ouvrages d’un autre type. C’est comme ça. Du reste, j’imagine assez bien que les histoires de pierres maléfiques ou celles où le surnaturel se manifeste sont plutôt monnaie courante. D’ailleurs le narrateur de notre histoire nous éclaire à ce sujet. Il consacre plusieurs pages à la fin de son récit au phénomène largement documenté des pierres précieuses auxquelles on a pu prêter jadis et encore aujourd’hui des pouvoirs ésotériques. Il y a eu dans l’histoire de nombreux bijoux dont le destin aura été aussi extraordinaire que celui du camée de ce roman. Le narrateur en recense quelques cas. Ces bijoux ont donné lieu à ce qu’un personnage du roman appelle des « histoires d’influences occultes. » La dizaine de pages consacrées par l’auteur à ces bijoux est fort instructive. Pelletier est non seulement romancier, il est également historien, ce qui lui donne des moyens dont tous les romanciers ne disposent pas forcément. Son roman « court sur trois siècles et deux continents ». Si le camée au centre de son roman est le fruit de son invention, les pierres dont il parle ont une existence avérée, et il leur fut réellement accordé des pouvoirs magiques au fil des siècles. Il s’agit du Florentin, un diamant « entré dans l’Histoire entre les mains de Charles le Téméraire », ayant par la suite passé dans celles d’un pape, pour poursuivre longuement sa course à travers le temps. Le Florentin fut offert plus tard « en cadeau de mariage à nulle autre que Marie-Antoinette ». Je m’arrête ici, mais la chose va au-delà, qui avait entraîné des malheurs auparavant et qui en entraîna tout une kyrielle par la suite.

Après que Loïc, le personnage principal du roman, eut terminé de raconter les vicissitudes de ce bijou, un de ses interlocuteurs s’exclame : « Ça alors, quelle affaire ! […] Votre connaissance de l’histoire est fascinante. […] Votre érudition […] est peu commune. » Et Loïc de lui répondre : « Oh, vous savez […] sur Internet aujourd’hui, avec Wikipédia, il suffit de quelques clics de souris pour être érudit. » Eh bien ! Loïc se montre ici assez modeste, tandis que notre auteur esquisse un léger sourire plutôt amusant. Amusant, il l’est aussi dans un passage où une jolie femme déclare à Loïc qu’il ressemble à Jean Marais. Évidemment, c’est amusant parce que justement Pelletier ressemble à cet acteur. Par ailleurs, la carrière littéraire et journalistique de son personnage semble calquée sur celle de son auteur. Il semblerait que Pelletier signe ici un roman empruntant une large part à son histoire personnelle, pourquoi pas ? Les histoires d’amour de Loïc sont entre autres criantes de vérité.  Je songe aussi au passage de ce dernier, à titre de rédacteur, au cabinet de Pierre Elliot Trudeau, puis à ses travaux au sein du gouvernement de René Lévesque. Des pages du roman, passionnantes à souhait, sont consacrées à ces deux monuments de notre histoire. Pelletier sait de quoi il parle. Il y était.

Mais revenons brièvement à nos pierres. Les cas de possession diabolique en lien avec les pierres sont nombreux. Dont celui du Diamant bleu. Quelques pages du roman lui sont consacrées. Tout cela donne plus de poids, plus de pertinence au mystérieux camée au centre de ce roman. Sans compter ce que lui ajoutent, inscrites au cœur même de l’intrigue, nécessaires à son développement, quelques virées à Cuba — là où exorcismes et envoûtements font bon ménage. La santeria cubaine, la religion yoruba, les francs-maçons nous conduisent tout droit à des pratiques de sorcellerie ayant cours de nos jours au sein du gratin de la société américaine, ailleurs également dans le monde. Un sosie de Jeffrey Epstein apparaît à la fin du roman. Il joue un rôle important dans la réapparition du camée, dont les pérégrinations tout au long du roman sont nombreuses et hallucinantes.

Évidemment, je ne résume pas l’histoire ou plutôt les histoires que raconte le romancier. On aura compris qu’au départ, quelque chose en moi se montrait récalcitrant à le suivre, mais je dois l’avouer une fois encore, cette espèce de réserve et de scepticisme fut de courte durée. À vrai dire, dès la première page j’ai réalisé que cet écrivain, dont j’avais lu il y a quelque temps un recueil de poésie, est un auteur de grand talent. Cette chose, ce frisson agréable que procure une écriture forte et maîtrisée, tour à tour brillante et séduisante, m’a vite conquis. J’ai compris dès le départ que ce roman serait du solide. J’ai bientôt cessé de résister au sortilège de la pierre. Pelletier me proposait une histoire pleine de rebondissements, et qui s’ouvrait sur d’autres histoires. J’allais donc le suivre, puisqu’à chaque page il retenait mon attention. Ce diable d’homme sait y faire. Il raconte de manière vivante.

Si on juge que son histoire est à proprement parler invraisemblable, ce qui est loin d’être certain (on finit vraiment par adhérer à cette troublante fiction), c’est qu’on oublie que tout roman, vraisemblable ou non, procède de l’imaginaire et du symbolique, est finalement représentation et interprétation de la réalité. Le plus vraisemblable des romans n’en est pas moins fictif. Madame Bovary, sommet si l’on veut du roman réaliste, a beau être vraisemblable, il n’en demeure pas moins qu’il est tout aussi « inventé » que Les Aventures du baron de Münchhausen.

À vrai dire, j’aime que le roman de Pelletier fasse une si large part au monde réel. On me dira que le magnétisme d’un camée fatidique, que le paranormal et la sorcellerie que lui associent Loïc et plusieurs autres personnages du roman, que « des traverses insondables dans des champs quantiques de l’être-devenir où temps et espace se dissolvent », qu’enfin avec tout cela, nous nous éloignons davantage de la réalité que nous nous en rapprochons. Cet ésotérisme aurait peu à voir avec la réalité. Peu importe, si le roman justement nous y ramène. Qu’il nous y conduise sur un tapis volant ou par quelque autre moyen, peu importe. Quoi qu’il en soit, les magies, la noire et la blanche, font partie des thèmes à la disposition des créateurs. Après tout, Pelletier ne sort pas de son chapeau les rituels vaudous. Ils existent bel et bien.

Mario Pelletier, je le répète, est un romancier réaliste. Son incursion dans le « fantastique » est indéniable — jamais il ne perd de vue son camée — mais il ouvre aussi les yeux sur les concrétudes du monde. Dans ce qui est loin d’être des digressions, le romancier nous entraîne dans ce que j’appellerai des histoires dans l’histoire. Il s’arrête à certains personnages, à leur existence, afin d’éclairer son intrigue principale. Bien sûr, il met l’accent sur les aléas de la pierre et ses ravages, sur les recherches entreprises pour la récupérer, car depuis qu’elle a surgi de la tombe d’un personnage, lui-même énigmatique, connu sous le nom de Fondateur, elle va et vient, apparaît et disparaît au fil de l’histoire. Çà et là dans cette vaste fresque romanesque, Pelletier raconte des histoires relatives à des personnages   secondaires. Ils appartiennent parfois à l’Histoire. J’ai mentionné les Pierre Elliot Trudeau et René Lévesque. Dans des pages pour le moins fascinantes, on assiste à des épisodes importants de notre histoire. Ces pages à elles seules valent le détour. Mais d’autres sont tout simplement sublimes.

Le passage ayant trait à l’enfance de Loïc est magnifique de contenu et de finesse d’écriture. La prose y est remarquable, la syntaxe et le lexique sont d’une grande qualité. Nous sommes bien proches de la poésie, proches du grand art tel qu’il se rencontre dans les grandes œuvres romanesques. Un Gérald Tougas dans La mauvaise foi a produit plusieurs pages de ce calibre, dignes elles aussi des plus belles de Flaubert.

Pelletier maîtrise l’art consistant à bien écrire sans concéder quoi que ce soit à la facilité. Il permet toutefois au lecteur de lire sa prose avec plaisir, car jamais il ne sème en travers de sa route des embûches, des lourdeurs tarabiscotées à seule fin de briller en l’aveuglant, en lui jetant de la poudre aux yeux. Pelletier trouve le mot juste pour dire et montrer autant le monde physique que ceux de la pensée et du sentiment.

Notre romancier est aussi historien, je l’ai dit. Avec lui, nous redécouvrons un Québec rural, celui des années cinquante, celui des élections à l’époque de Duplessis. Pages formidables, denses, vivantes. Parfois, nous retournons un tant soit peu dans l’univers du Ringuet de Trente arpents. Il y a tant de densité dans le roman, ces petites histoires sont si prenantes que je déplore devoir en retenir si peu. Je risquerais de perdre mon lecteur dans les méandres d’intrigues secondaires si je les évoquais toutes, mais ces histoires donnent une plus-value au roman de Mario Pelletier.

Le moindre détail dans ce roman a partout son importance. Je l’ai dit, l’architecture en est magistrale. Rien n’y est décoratif, superfétatoire. C’est dire que ces petites histoires ne sont pas des parenthèses destinées à égayer ou à distraire du cours principal de l’intrigue pour mieux y revenir plus tard. Non, ces petites histoires appartiennent au roman de manière intrinsèque, sont des pierres essentielles à la confection de sa cathédrale d’actions et de mots. Oui, les personnages sont nombreux et l’action y est touffue, complexe, mais, fait étonnant, on ne s’y perd pas un seul instant, pour peu que l’on soit suffisamment attentif.

J’ai donc suivi le parcours hallucinant de cette pierre maudite avec beaucoup d’intérêt. Mais cet intérêt, les morceaux dont je vante la beauté l’ont souvent supplanté. Ces récits gigognes — poupées russes, petites histoires dans l’histoire— sont tout aussi intéressants les uns que les autres. Ce sont de véritables pièces d’anthologie.

J’en veux pour exemple le passage où est abordé le destin tragique de la femme du juge D’Anjou. Ce passage donne à son auteur l’occasion de faire valoir l’étendue de son talent, lequel est aussi à l’œuvre dans maints passages où le verbe atteint des sommets d’expressivité et de force poétique pour le moins vertigineux.

La femme se nomme Lucille. Elle a connu une existence peu banale au sein de la haute bourgeoisie de Québec. La voici devenue vieille, en proie à la maladie de l’Alzheimer. Elle demande à son mari de l’aider à s’enlever la vie. Il refuse catégoriquement. Puis, par une nuit de décembre : « Elle s’était donc glissée dehors, à peine vêtue, en fait bizarrement accoutrée d’un drap entortillé sur elle comme une toge. Il faisait froid à pierre fendre en cette fin de décembre, surtout sous le vent qui soufflait du fleuve. À cette heure encore enténébrée du petit matin, il n’y avait pas âme qui vive dans les rues. Personne pour remarquer cette voile blanche que la bourrasque soulevait, ce large pan du drap dont elle s’était enveloppée comme d’un linceul par-dessus sa chemise de nuit — et cela aussi semblait un grand drapeau blanc qui allait demander la paix éternelle dans le parc des Champs de Bataille. Ainsi la femme du juge D’Anjou, celle qui s’appelait Lucille, et n’était plus qu’oubli, paraissait flotter dans la neige que le vent tordait en tourbillons, flotter dans sa démence d’Ophélie boréale avec ses longs cheveux blancs, emportée dans le blizzard qui l’enveloppait, la soulevait. »

Mais ce n’est pas tout, ça ne s’arrête pas sur ces mots. J’ajoute que partout ailleurs, le roman appelle également le type d’interprétation que suggère le narrateur en terminant le chapitre consacré à la mort de cette vieille femme malade. Je veux dire qu’il y a pareillement lieu d’interpréter l’histoire de la pierre, d’en saisir la symbolique ainsi que le fait le narrateur en concluant le passage où meurt la vieille femme. Le roman, on m’aura compris, outrepasse sensiblement le sens premier que met en avant son intrigue.

Voici les derniers mots du chapitre : « On la découvrit au lever du jour, bouche scellée à jamais par le froid sur les plaines d’Abraham, à l’endroit même — comme le constata plus tard Loïc —, où Montcalm était tombé en 1759, scellant le destin d’un peuple. (Était-ce la tragique métaphore d’une nation morte à bout d’amnésie?) Elle était recouverte en partie de neige, faisant écho à cette jeune femme trouvée morte autrefois dans le Midwest, un bébé emmitouflé dans ses bras. »

On ne peut pas tout dire dans une recension. Je n’ai rien dit de cette femme et de son bébé. C’est qu’on ne doit pas tout dire. Le temps est venu de passer le flambeau. Aux lecteurs maintenant de découvrir les trésors que recèle ce roman. J’ai peu parlé du Fondateur du village de Touladi. J’ai dit la savante architecture, mais n’ai point dit en quoi elle consiste. J’ai souligné la qualité de l’écriture de Pelletier, mais n’ai point cité les plus beaux passages, nombreux à vrai dire, où l’écriture se manifeste dans toute sa splendeur. Surtout, j’ai omis de mentionner que cette écriture séduit parce qu’au-delà de ses indéniables qualités esthétiques, elle colle au propos du roman, l’exprime et le suggère. J’ai fait allusion à la culture de l’auteur. Il fallait dire qu’elle ne relève pas de la confiture, grandement étalée quand on n’en possède que très peu. Tout comme l’écriture, la culture est ici au service de l’histoire racontée. J’ai suggéré que cette histoire se prête à l’interprétation. La pierre, en effet, dans ses nombreux rebondissements laisse entrevoir peu à peu son symbolisme. Elle est en quelque sorte métaphore, allégorie. « Loïc comprenait qu’en ce monde une multitude d’êtres et de consciences sont des « pierres de Satan ». Ils rayonnent d’influences maléfiques, ils irradient des ondes funestes, ils diffusent les basses énergies du mal. Le plus souvent à leur insu, par inconscience. Ils ne sont pas mauvais, ils se croient même bons, ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

5 commentaires sur « Mario Pelletier : La pierre de Satan : Roman : Les heures bleues : 2021 »

    1. Merci Jacques Dufresne. J’ai entendu parler de cet auteur et de son livre. L’auteur a écrit sur Jacques Ferron, si mon souvenir est bon. Quant à son roman, on en a dit beaucoup de bien. Je ne l’ai pas lu, malheureusement. Ce qui me reste d’avenir durera peut-être assez longtemps pour que je trouve enfin LE TEMPS DE TOUT LIRE.

      J’aime

  1. Ton appréciation aussi raffinée qu’enthousiaste va me conduire bientôt à vérifier si je me qualifie comme lecteur intermédiaire! Je te reviendrai…

    J’aime

    1. Je crois que tu aimeras ce livre. À la librairie, j’ai été étonné d’apprendre qu’il est classé dans la section des ouvrages de science-fiction. Il y a du paranormal, oui, c’est vrai. Je te souhaite une bonne lecture. Et une bonne année.

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :