Marc Arseneau : Le fantôme de Madeleine : Poésie : Écrits des Forges : 2021

Quelqu’un prend la peine de nous écrire un mot. Assurément, il y met du sien. Parce que dans tout recueil de poésie ou presque quelqu’un s’adresse véritablement à nous, il me semble que la parole poétique mérite certains égards. Il entre sans doute une part de naïveté dans un tel sentiment, mais la présence réelle dans sa parole d’un auteur ou d’une autrice suffit à le susciter, présence discrète ou non peu importe nous poussant à lire si possible sans a priori, sans chercher dans les ouvrages la validation de nos propres positions, l’idée étant finalement d’être à l’écoute de l’autre.

Un recueil ne nous tend pas directement un miroir. On y verra plutôt de l’altérité. Un poète vient à notre rencontre, non sans courage, nous apportant, comme disait Mallarmé, ses enfants d’une nuit d’Idumée, fruits du labeur et de la cogitation. Goûtons ces fruits qui nous sont offerts. Ils seront parfois savoureux, souvent amers. Dans cette fête du langage à laquelle nous convient les poètes, on constate parfois la présence d’une certaine faillite de l’être : il importe d’en méditer l’ampleur. Il s’agit d’un chant accueillant les ombres dont nous sommes tous un peu les fantômes. Les poètes, d’ordinaire, n’occultent pas les heures les plus sombres. Leur discours peut être léger, aérien. S’ils ont pour dire la joie des mots empruntés aux fleurs et aux nuages, ils en possèdent d’autres provenant de la fange où ils s’embourbent, à l’occasion jusqu’au cou, lorsqu’ils subissent d’affligeantes déconvenues. Il arrive alors que dans leur voix s’immiscent les blasphèmes et les grognements de la bête blessée; leur pensée est en lambeaux, leur langue écorchée, leur voix imbibée des bas-fonds.

Avec Le fantôme de Madeleine, Marc Arseneau, un poète de la Nouvelle-Écosse, propose un recueil où la difficulté d’être l’emporte sur la joie. On perçoit dans le grain de sa voix une sincérité humble et directe qui spontanément nous attache à lui. Car ce poète n’a rien d’affecté. Rien de précieux. Son verbe est plutôt proche d’un certain burlesque naturel, non que des « pointes triviales » apparaissent dans ses vers, ce qui est loin d’être le cas, mais en raison du recours çà et là à un registre proche du « langage des halles ». Ces deux dernières citations sont extraites du ‘‘Chant premier’’ de l’Art poétique de Boileau. Traduite en langage d’ici et de maintenant, la première réfère à une attitude baveuse (sarcasme, ironie vulgaire) — on ne trouve rien de tel chez Arseneau — la seconde est relative à un registre de langue populaire, relâchée ; notre poète n’hésite pas à y recourir.

En lisant le recueil d’Arseneau, on se sent « ici et maintenant », dans une réalité concrète tout à fait actuelle, quand bien même pour la circonscrire le poète remonte assez loin dans le temps, réanimant ce faisant une pionnière. On lit en quatrième de couverture que « Le fantôme de Madeleine retrace le traumatisme ancestral de Madeleine Larché, orpheline exilée d’Acadie, jusqu’au cœur d’une survivante contemporaine. » Ce programme paraît ambitieux. Il ne manque pas d’originalité.

Curieusement, les informations de la quatrième apportent un éclairage sur le recueil que ce dernier émiette à peine au fil des pages. Au sujet de la vraie Madeleine, nous n’en saurons guère davantage. Sa réalité historique sera plus ou moins convoquée, à peine esquissée. En fait, elle sera plutôt fantasmée. Un lien entre la Madeleine d’antan et un « personnage » féminin contemporain sera néanmoins établi. Comme si le tragique destin de Larché illustrait en quelque sorte les non moins troublantes mésaventures de la femme aimée par le « je » du poème. Cette femme éprouvée fera surtout l’objet de la deuxième partie du recueil. Avec elle, nous entrerons alors « Dans la maison d’une martyre » — tel est le titre de cette section. Alors que dans la première, intitulée « Le fantôme de Madeleine », nous aurons surtout été mis en présence du fantôme de Madeleine, dans la seconde, avec la « survivante contemporaine », nous découvrirons l’univers d’une femme vivant non pas l’exil de la déportation, mais bien celui que lui impose le dérèglement de ses sens. Cette femme, en effet, subit une sorte d’expropriation. Aliénation, dérive, souffrance mentale. Elle est chassée du monde harmonieux dont sa condition justement l’éloigne.

En parcourant distraitement le recueil, on peut avoir l’impression qu’en son sein deux modes d’expressions interagissent l’un à la suite de l’autre, que le poète recourt à deux manières, voire deux styles différents, chacun approprié aux sujets traités, dont l’un est le fantôme, l’autre, la martyre. Pour traiter du traumatisme lointain de l’exilée, l’auteur, pourrait-on croire, écrit dans un style poétique assez sage, en phase avec l’époque où vécut son héroïne. Puis, lorsqu’il est question de la femme martyrisée, pour dire l’objet de son amour et leur désarroi commun, il écrirait de manière éclatée ; sa parole se ferait plus percutante, hachurée, davantage moderne.

Une telle impression doit être révisée. Elle n’est pas tout à fait exacte. En effet, dès les premiers poèmes apparaît non seulement Madeleine Larchée, mais aussi le personnage de l’amoureuse. Celle-ci semble rivaliser alors avec la lointaine ancêtre, du moins occuper autant sinon plus d’espace qu’elle dans la première section. C’est que l’une sans doute est assimilée à l’image de l’autre, et que les deux conversent, c’est une façon de parler, à travers le temps, ou du moins s’échangent des valeurs, comme si quelque chose en elles les rendait jumelles, du moins symboliquement. Bien que le partage des tonalités ne s’exerce pas de manière systématique, dans l’ordre que j’ai dit, avec un mode d’expression pour la première (l’ancêtre) et un second pour la seconde (la martyre), il n’en demeure pas moins que dans la première section de l’ouvrage le ton est dans l’ensemble plus retenu, les poèmes ayant une facture plus traditionnelle. Certains sont simples. Du reste, les plus beaux du recueil sont sans doute les plus simples.

L’auteur contrairement à ce que pourrait laisser entendre la quatrième de couverture ne s’attarde pas vraiment à la personne de Madeleine Larché. Il écrirait, si tel était le cas, en usant d’un mode narratif proche de celui des historiens. Il est loin de rédiger un roman historique en vers, ne se situe pas le moindrement au niveau du conte, de la légende ou du mythe. D’ailleurs, c’est moins Madeleine Larchée qui l’intéresse que le fantôme de celle-ci, fantôme, nous l’avons laissé entendre, qui est presque l’écho avant-coureur de la martyre dont il est amoureux — Larchée étant une sorte de faire-valoir, de représentation plus ou moins allégorique de la martyre jumelle. Le personnage historique de Larché me semble donc être surtout un truchement. Le poète établit un parallèle entre le destin tragique de la déportée et celui de la femme qu’il aime.

En fait, cette impression d’un partage systématique des styles s’évanouit dès qu’on relit les premiers poèmes de l’ouvrage. On réalise qu’un poème d’amour, à teneur érotique, comme « charnelles étreintes », poème écrit au présent, ne s’adresse pas à Larché, mais bien plutôt à son fantôme, à son alter ego. Il est question dans le poème suivant, intitulé « flammes jumelles », de deux personnages actuels : « […] nous nous faisons miroiter / en éveil des passions / entre la sollicitude de l’ange / et l’horreur de la martyre / qui vivent au moment présent ». Madeleine Larché ne vit évidemment pas « au moment présent ». Son fantôme cependant se profile dans le destin de la martyre qui fait l’objet de la seconde partie du recueil. Cette martyre comme le démontre la citation précédente apparaît déjà dans la première partie du recueil. Bref, les choses ne sont pas aussi tranchées. Il y a d’une section à l’autre une sorte d’interpénétration des modes d’expression comparable à celle qui unit les deux personnages féminins du recueil.

J’incline à croire en lisant le beau poème intitulé « que laisse » que ce sont deux fantômes et non un seul qui sont convoqués dans ce recueil, qu’il y a celui d’une morte et celui d’une vivante. Lorsque dans ce poème, Arseneau écrit : « que laisse voir la nuit dans ta voix / ton fantôme allume encore mon esprit / dans la solitude de cette traversée », à quel fantôme s’adresse-t-il ? À celui de quelle Madeleine ? Madeleine l’ancienne ou sa Madeleine contemporaine ? Chose certaine, la Madeleine d’hier se fait jour dans la Madeleine d’aujourd’hui. Le drame ancien se répercute dans le drame actuel.

L’hier et l’aujourd’hui. Il me semble qu’Arseneau prend plaisir à traverser des ponts, à franchir des époques et même à s’affranchir de la convention voulant qu’un recueil ait une unité de ton, à quoi l’on pourrait presque, à la manière des classiques, ajouter les unités de temps, de lieu et d’action. Notre poète fait fi des règles désuètes autant que des diktats contemporains. Les règles d’antan voulaient que tout soit uniment réglé. Elles stipulaient la convention, préconisaient la régularité de tout en toute chose. Les courants les plus modernes, ceux qu’imposent les modes les plus récentes en poésie, tournent résolument le dos à des idées aussi traditionnelles, à une écriture connotée comme trop poétique, comme allant de soi dans le monde de la poésie tel que peut encore le concevoir le premier venu, le néophyte.

Chez les contemporains, on se méfiera du pouvoir de séduction de la rime, la déclarant nulle et non avenue. Arseneau ne se soucie pas le moins du monde de tels scrupules esthétiques, mais ce n’est sans doute pas par provocation qu’il se permet de rimer. Par exemple, dans ces vers : « j’aimerais mélanger ma voix avec ta musique / dans les mailles du soleil du matin / jusqu’aux doigts où c’est minuit sans fin / j’aimerais être le Pacifique dans ton Atlantique ». Autre exemple, dans un registre plus contemporain, sans doute également plus prosaïque : « je ne veux pas que tu agonises / je veux juste que tu te réalises / je kick la can dans la caboche / d’où des cornes s’effilochent / et glissent par terre allègrement / entre ta gadoue pis ma sloche ».

La rime associée par maints poètes actuels à la poésie conventionnelle est paradoxalement revenue au goût du jour depuis quelques décennies grâce à la poésie populaire pratiquée par les slameurs et autres artistes de la scène du hip-hop. La poésie de ces artistes loin d’être follement libérée des contraintes de la rythmique est également plus nombrée dans l’ensemble que celle que l’on rencontre chez la plupart des poètes appartenant à la catégorie des poètes purs et durs, ceux qui s’inspirent des grands courants de la poésie menant depuis Baudelaire jusqu’à des Jaccottet, Bonnefoy ou Brault.

Paradoxalement, au sein d’un même recueil et, ce qui me paraît plutôt remarquable, sans vraiment nuire à son propos, Arseneau parvient à amalgamer des courants qui d’ordinaire se tournent résolument le dos. Ainsi ose-t-il produire des poèmes que pourraient regarder de haut, sinon de loin, les artistes du spectacle poétique, ceux qui performent sur la scène. Il lui arrive en effet d’écrire tout simplement, presque candidement, des poèmes qui ne cassent sans doute rien, mais qui touchent leur cible avec justesse. Au milieu du recueil, alors que l’on sait à quel point les choses se passent mal Dans la maison d’une martyre, les vers suivants n’ont rien d’innocent : « la petite fille en-dedans  (sic) / cherche à se remonter / à la surface du fleuve / à la lumière de sa guérison / où elle ne nie plus / où elle ne fuit plus / où elle ne minimise plus / où enfin son cœur serein / se vide jusqu’à faire le plein ».

Pour mieux dire la maladie, la souffrance de celle qui « aval[e] l’amitripiline » et fume « top » sur « top », le poète ne met pas de gants blancs. Il dit les choses comme elles sont, avec les mots qui siéent. Sa parole se fait orale, il puise dans le terreau du langage populaire, use d’anglicismes, de mots appartenant au slang. Elle étonnera le lecteur frileux qui juge que pour dire toute chose, même le sordide, le désordre et la détresse, un registre populaire n’a pas sa place en poésie. Jugement pour le moins discutable, par lequel on ostracisait autrefois un Jean Narrache chantant sur un mode apparemment mineur les affres de la misère et de la pauvreté. Or le lecteur pour qui le discours poétique doit faire montre de la plus haute tenue sera peut-être moins réfractaire au caractère selon lui débraillé de certains poèmes (ceux qui s’inscrivent dans la mouvance du hip-hop) que ne le heurteront par endroit les poèmes d’Arseneau frayant peu ou prou avec une certaine forme d’abondance : « nous entrons en fusion psychique / par les effusions vibratoires / dans la conscience d’être en communion / sous cette vulnérable émotion / qui ne cesse de frémir en nous ».

En revanche, la plupart des lecteurs du Fantôme de Madeleine seront gagnés par la fantaisie que manifeste l’auteur (« je t’écris en chapeau-melon (sic)») ; par ses bons sentiments, qu’à tort on prétend parfois inconciliables avec la « bonne littérature » ; par son inventivité, l’auteur étant un grand amateur de paradoxes : (« une ombre en toi / en plein jour ») et (« une sortie de secours / enfin arrivée ») et encore, mais parmi tant d’autres trouvailles (« nous ne sommes séparés / que par la distance physique »). Ils se montreront également sensibles aux manifestations de tendresse qui parcourent le recueil.

De nombreux poèmes plairont. J’ai dit ma préférence pour les plus simples, qui sont également les plus conventionnels. D’autres apprécieront davantage le modernisme de cette poésie, jugeront d’un bon œil les incursions du poète dans le domaine du hip-hop. Chose certaine, tous constaterons que Marc Arseneau aborde avec doigté des sujets plutôt graves. L’authenticité de la démarche de ce poète ne fait pas l’ombre d’un doute. 

Je cite pour terminer un poème qui n’a rien d’hermétique. Il s’intitule « conventum ».

un jour je te reverrai

nos corps auront vécu

d’autres lieux d’autres rencontres

d’autres amours et d’autres départs

qu’auras-tu à me dire

dehors la pluie tombe

à l’intérieur j’écoute

des violons assis à la table

te souviens-tu des soirées

où nous étions assis là

à écrire

auras-tu gardé mes lettres

et nos poèmes

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

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