Julien Lavoie : Déclin : Poésie : Éditions du Noroît : Collection Initiale :2021

Ce qui se trouve à l’œuvre dans un premier ouvrage de poésie, il arrive que ce soit déjà quelque chose comme une œuvre, voire une œuvre à part entière. Ce terme d’œuvre peut paraître désuet, sembler relever d’une présomption relative à une conception artificielle de la littérature, au détriment de ce qui serait réellement en jeu dans l’acte d’écrire, lequel viserait moins le produit final — dont on déclare dans les meilleurs cas : voici une œuvre — moins ce banal objet (un livre) que l’urgence ou la nécessité de son processus de création, davantage donc un engendrement, cette curieuse aventure qui a nom littérature, dont le livre ne serait finalement que la trace.

Or l’un, le livre, n’empêche pas l’autre, l’écriture. L’écriture consistant en ce geste dont subsiste le livre, lequel finalement est d’autant plus valorisé qu’il permet au lecteur de remonter la trace jusqu’à ce point central où l’attend quelque chose comme un trésor, une expérience offerte en partage.

Il arrive qu’un premier ouvrage de poésie nous offre un tel partage. C’est ici le cas.

Avec Déclin, nous avons affaire à une poésie narrative. Les premiers mots de ce petit livre ne laissent aucun doute à ce sujet : « mon récit commence ». Ce pourrait être un vers lancé en l’air, je veux dire un énoncé que rien par la suite ne viendrait étoffer. Or, bien au contraire, ce premier poème raconte quelque chose et les poèmes suivants s’enchaînent les uns à la suite des autres en proposant, en constituant à peu près une trame narrative.

Il y a dans Déclin une histoire, des personnages en relation les uns avec les autres, des scènes, voire un début, un milieu ou presque, et une fin. Cela est marqué de manière assez explicite. D’abord, par l’anaphore. J’ai cité le vers initial : « mon récit commence ». Le second poème débute par ces mots : « mon récit s’envole ». Le troisième, par : « mon poème reprend ». Récit et poème réfèrent ici à une même réalité textuelle, ce sont des synonymes désignant tous deux l’énonciation. Ce récit ou, si l’on préfère, ce poème est constitué d’une suite de textes brefs, librement versifiés. Sur chaque page se tient un bloc de mots. Rarement le « fragment » se poursuit-il sur la page suivante. Les vers sont courts et aériens. À un monomètre succèdent un dissyllabe, un trisyllabe, un quadrisyllabe, etc. Le vers ne se termine presque jamais au-delà du pentamètre.  Enfin, la brièveté du vers et des pages va de pair avec celle des parties et de l’ensemble. On dit parfois litote ou laconisme pour parler de ce genre d’écriture, ou encore « économie de moyens ». Pondération, assurément. Rien d’hyperbolique chez Lavoie, qui ne donne pas dans la démesure. Ni non plus dans l’hermétisme.

Ce qui est raconté, une fois la lecture terminée, l’on ne se demande pas de quoi au juste cela peut bien retourner. Est-ce à dire que ce récit est univoque, qu’il est mené de manière linéaire ? Que la poésie de Lavoie est tout à fait limpide ? Pas le moindrement.

Dans les dernières pages du livre, nous apprenons que le poète aurait voulu « comprendre pourquoi [son] récit / a la forme d’un blizzard dans les champs / d’un rhume qui ne part pas / d’un nouveau mal quelque part / — toujours, à chaque fois : // au genou / au rein / au sein ». C’est dire que ce récit n’est pas tout à fait transparent.

Il en va du travail de Lavoie comme de celui d’une Judy Quinn ou d’une Andréane Frenette-Vallières, pour ne nommer que de jeunes autrices du Noroît. Résumer ce que dans leurs recueils ces poètes racontent ne va pas de soi. Si elles avaient voulu écrire des romans, elles se seraient attelées consciemment et consciencieusement à la tâche. Elles auraient respecté plus ou moins un ensemble de principes narratifs voués à la monstration d’une histoire. Lavoie, pas plus que ces dernières, n’entreprend de réaliser, du moins de manière conventionnelle, un récit. Il a beau ouvrir son recueil avec les mots que j’ai mentionnés : « mon récit commence » ; il a beau le terminer en reprenant ce terme dans les dernières pages (« nous aurons été / les derniers / prisonniers / du récit »), entre ce début et la fin du recueil, comme Mallarmé nous pourrions presque dire que « rien n’aura eu lieu que le lieu ».

Ce lieu, dans le cas de Déclin, étant pour nous le lieu où se rencontrent écriture et lecture, lieu d’un certain travail exigeant la collaboration du lecteur. J’ai parlé plus haut d’une trace. L’auteur, non pour s’amuser ou pour nous amuser, a semé dans son ouvrage comme des cailloux de sens. Pour peu que l’on parvienne à poser sur eux la lumière de notre regard, ces cailloux se font pierreries. Là se trouve une partie du trésor que j’évoquais au début de mon commentaire.

La poésie n’est pas le roman. Ne soyons pas simplistes, ne coupons pas les cheveux en quatre. Un roman ne se résume pas toujours facilement ; lorsqu’on pourrait y parvenir aisément, mieux vaudrait peut-être alors s’abstenir d’en entreprendre la lecture. La poésie n’impose pas forcément au lecteur de chercher midi à quatorze heures. Ce midi de Déclin, pour peu qu’on désire y accéder, comme à ce trésor que j’ai dit, moyennant un certain effort, l’on y parvient.

Il est temps maintenant de nous approcher du feu à l’œuvre au cœur de ce poème.

Les deux exergues nous éclairent. Le premier est emprunté à Hervé Bouchard. Il y est question d’un « père accroupi ». Un homme doux qui grondait « sans élever la voix ». C’est là exprimé le point de vue d’un enfant. François Villon est le second auteur cité : « Mais où sont les neiges d’antan ! ». Le poète, peut-on croire, revisitera son passé.

Les exergues ne sont jamais fruits du hasard. On les choisit évidemment pour l’éclairage qu’ils fournissent. Déclins concerne, j’allais dire conséquemment, la relation père-fils ou plutôt fils-père. Ce sont les personnages principaux de cet ouvrage. En passant, je parle ici d’un ouvrage plutôt que d’un recueil de poèmes. On aura compris que c’est en raison de la nature même de ce texte que je m’exprime ainsi. Il n’y a pas dans Déclin des pièces d’abord éparses qu’on aurait rassemblées par la suite. Il y a, je l’ai déjà mentionné, des morceaux liés de près les uns aux autres, un peu comme le sont d’ordinaire les paragraphes et les chapitres d’un récit.

D’autres personnages apparaissent au fil de l’histoire. Il y a les patrons du père qui veulent manger son fils : « tes patrons / veulent me manger ». Il est aussi question de la femme du père. En réalité, elle est absente, évoquée lorsque le père malade lui adresse une manière de prière, sa femme lui apparaissant « dans la cime des arbres ». Il lui demande de le guérir. Gaston, c’est le nom du père, souffre d’un cancer de la prostate.

Le père a ou avait des amantes, la temporalité du récit est volontairement dilatée, télescopée, embrassant diverses époques, allant de l’enfance à l’âge adulte, donc le père a ou avait. Il aime une femme. Il joue aux quilles avec une autre, une Priscilla qu’il faut appeler Patricia parce qu’elle « déteste son nom ». Au moment de lancer sa boule, le père fait une chute.

Dit comme ça, on ne dit rien. Mon lecteur croira que Lavoie raconte des anecdotes insignifiantes. Or, qui lit ce poème, un des rares à courir sur deux pages (tout en demeurant concis), réalise que bien au contraire notre poète excelle dans l’art de suggérer beaucoup en peu de mots. Le père a fait une chute. Il se relève comme si de rien n’était et fait « semblant / de compter les points ». Voilà une scène qui telle une toute petite touche de couleur ajoute au portrait du père. 

D’autres personnages sont nommés, ce sont les frères de Gérald. Quand le poète écrit ce qui suit, réfère-t-il à ces derniers ? « ces noms achèvent / de saigner l’animal / en nous ». Ce « nous », peut-on croire, est celui du fils et du père ; mais ces noms, sont-ce ceux qu’il a précédemment fait défiler au tout début de son poème ? Parle-t-il de Richard, Carol, Serge et Pierre, les frères de Gérald ? Ils sont (étaient : la temporalité est distendue, ou plutôt fait des bonds) « blottis dans les silos à grains ».

Dans la strophe suivante, l’abattoir est en flamme. Le fils écrit : « un briquet à ta cheville / piqué au magasin / retenu par l’élastique / de ton pantalon ». S’agit-il là d’un acte de vengeance ? Nous aurons lu dans le poème précédent que Gaston était le souffre-douleur de sa fratrie. Je cite l’entièreté du poème : « tu étais toujours / le dernier/ à guérir des coups // le dernier pris / dans les équipes / tu en voulais à ton père / à ton frère / aux mises en échec / ayant pour but de te blesser // ton cœur brûlait / te priait de déborder / tu chantais en pleurant / et l’on t’en parle encore ». Ou comme devant un miroir, on pourrait se demander si père et fils sont ici interchangeables, le fils étant à l’image du père, leurs souvenirs se confondant. Ce serait un « tu » qui serait à la fois un « je ».

Nous sommes dans le monde de la ruralité, en tout cas celui de la pauvreté. Le purin des porcs se mêle à l’air de la campagne. Le prolétariat semble aussi esquissé : par moments, nous sommes en ville, rue Radisson, sans doute à Mont-Saint-Hilaire. On peut croire que le père y aura été boucher. Dès la première page, il a été question de carcasses.

Nous savons que la mère est morte. Il n’est pas question d’elle, mais bien plutôt des amantes du père : « main dans la main / avec tes amantes / maigres et très maquillés / je parcours / les sentiers du Petit-Bois // sur une chaise / en faux-cuir orangé / avec mes doigts épais / je les coiffe // le purin / des abattoirs autour s’écoule // on juge si c’est du purin de porc / ou de la merde humaine / à la puanteur très singulière / qui émane de la seconde »

La frontière du savoir semble avoir séparé les deux hommes. Une distance culturelle, peut-être de classe : « beau de la beauté des arbres / tu ne parles pas ma langue / j’aime affreusement ta misère ». Feront écho à ces vers, lus au début du livre, des propos qui se situent une trentaine de pages plus loin ; on y voit le fils tenter d’atténuer la distance le séparant de son père, revenir à lui en se réappropriant sa langue : « engagé de face / dans l’histoire finie // j’avance abasourdi / dans ta langue / mon père »

Qu’il y ait ou non déclin, et c’est assurément alors celui du père, malade, hospitalisé, bientôt moribond, ce qui est réjouissant dans cette histoire, c’est qu’en son nœud se noue un intense et très beau rapport amoureux. Entre le père et le fils, il y a des retrouvailles émouvantes. Il faut dire comment elles se présentent.

Ce lieu curieux du poème mêle ou amalgame Bratislava, les remparts de Cracovie, la Bavière où le père aura été victime d’une crise d’appendicite, Bangkok où le fils a séjourné, la ville de Mont-Saint-Hilaire et surtout un espace, celui où se vit la relation père-fils, autrement dit, l’endroit où se passe leur histoire.

L’auteur écrit que son « poème reprend / passé l’illusion / d’une gloire // il commence à l’âge / de ma tendresse aboutie ». La nuit, il rêve / aux camions à déchets / qui recrachent / [ses] hordes de souvenirs / à la chaîne ».

Ce sont quelques-uns de ces souvenirs que le poète recrache çà et là dans son récit. Des souvenirs orientés dans la direction d’un bref moment de présence qui lui-même passera, car après le temps des retrouvailles, viendra ce rien que laisse derrière lui l’être cher lorsque finalement il s’absente à jamais. Une neige se posera inéluctablement « sur l’appétit perdu / d’un boucher de campagne »

Lavoie a écrit une œuvre forte et dense, tout emplie de tendresse. On le voit dans un poème poser un geste quasi sacré, très probablement spontané. C’est dans un moment d’abattement, de tristesse : « j’approche une pierre / de mes lèvres / lui adresse ton nom/ Gérald / comme un vent / sur la poussière / d’un aveu ». Aveu d’amour à n’en point douter.

Les deux hommes se seront finalement retrouvés : « la nudité / de mes six ans / et ta peur des ombres / renouent ici / dans le silence fortifié » : « c’était nous deux / réunis dans le tendre »

Il y aura eu un legs : « j’ai reçu de toi / ce que tu fuyais // la prédation / que portent / tes frères tes pères et les leurs ». Mais au-delà de cet héritage, il en découvre un second, un trésor, c’est celui de la beauté, celui d’une renaissance, celui du don de soi enfin rendu possible : « j’offre ma vie / le tout petit peu / que j’aurai été / cette fois, pour vrai // dans le chant / du cardinal / à ma fenêtre ».

La beauté « est le centre / d’un legs / un univers / dont on s’échappe / à regret / parfois »

La dernière section du livre s’intitule « Devenir père ». Nous y lisons ceci : « l’essentiel / surgit / en langue déliée // ton nom / mon enfant »

Si revenir en pays perdu, c’est revenir à une gloire dont on eut jadis l’illusion, à laquelle néanmoins il est possible de revenir, une fois qu’on a justement perdu toutes ses illusions, on peut croire qu’après la mort de Gérald est né un enfant et que le poète s’adresse à son propre fils ou encore à sa fille, lorsqu’il rédige les paroles ultimes de son récit : « pour toi / je prendrai feu / je brûlerai // je reviendrai / sibyllin et vaste /comme en pays perdu »

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

2 commentaires sur « Julien Lavoie : Déclin : Poésie : Éditions du Noroît : Collection Initiale :2021 »

  1. Dès ton premier paragraphe, je pouvais voir que Julien Lavoie avait déteint sur mon cher appréciateur! Oeuvre, livre, processus, engendrement, «curieuse aventure qui a nom littérature», ouf!, un auteur pas facile en vue.
    Et tu le confirmes poliment quelques lignes plus loin:«…ce lieu, dans le cas de Déclin, étant pour nous le lieu où se rencontre(sic) écriture et lecture, lieu d’un certain travail exigeant la collaboration du lecteur».
    «Tendre la main» est moins facile pour certains… Je ne désespère pas cependant!

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