Andréane Frenette-Vallières : Sestrales : Éditions du Noroît : 2021

C’est là une simple analogie. Andréane Frenette-Vallières est une artiste de l’image. Elle travaille à l’Office national du film. Dans un petit studio, elle écrit de la poésie sur écran d’épingles. Ses doigts de fée animent des espaces, y parsèment des arbres, dessinent des fleurs nordiques, font voler dans le ciel immense des oiseaux de mer, marcher dans la neige quelques rares personnes et même des ombres. La poète est conteuse à sa manière. Laissant au silence le loisir d’être discrètement éloquent, elle procède à la manière d’une musicienne, elle crée des atmosphères.

Un livre de poèmes est parfois rempli de pierres compactes, entassées les unes contre les autres, en une sorte de ciment fermé sur lui-même. On voudrait entrer dans la maison, mais elle est déjà toute pleine de mots et laisse peu de place à l’hôte qui s’y présente. Lire devient alors comme une fumée cherchant à s’introduire dans les interstices d’un langage touffu, dense, quasi inaccessible.

Il en va tout autrement lorsqu’on se rend dans les poèmes de Sestrales. La porte de cette maison n’est pas verrouillée. Elle est ouverte. Le vent entre ici librement, les nuages aussi lentement s’introduisent par la fenêtre.

Rarement lisons-nous de tels ouvrages. Mine de rien, celui-ci étonne. Notre lecture se déroule tout lentement, doucement, comme sur une surface lisse, celle du ciel ou de la mer. Même au milieu de la forêt, on y respire comme si de rien n’était. On lit sans se rendre compte de notre propre étonnement, et pourtant. Ce qui nous paraît simple relève ici d’une grâce où n’entre aucune forme de naïveté; cette grâce où rien ne pèse est pourtant chargée de gravité.

Si j’ai ouvert cette petite étude en évoquant le cinéma d’animation tel qu’il a fait la gloire de l’ONF, c’est en raison du type de récit que nous livre Sestrales. C’est surtout parce que le traitement tout particulier de cette narration fait place à l’imagination, grâce à une fantaisie qui n’a rien de gratuit, laquelle consiste en un art savant, tout à fait contrôlé, permettant à l’écrivaine de dire beaucoup sans cependant se répandre. C’est là, j’en conviens, je l’ai mentionné, une analogie.

On pourrait constater ici que ce qu’on lit est beau et on pourrait en rester là. Mais on peut aussi tenter de saisir ce qui se joue dans l’espèce d’émerveillement où nous voici ravis. Lorsqu’un art nous plaît, nous pouvons chercher à identifier la source de ce mystère.

Dans un premier temps, cette source quant à moi découle de deux éléments ordinairement associés au récit, au roman. Je veux parler du temps et de l’espace. Une histoire racontée, bien entendu, se déroule dans le temps, commence, se développe et prend ultimement fin. D’ailleurs, celle de ce petit livre n’est pas vraiment racontée : du moins n’y voit-on aucun narrateur. Les actions qui s’y trouvent commencent à la fin d’un été, prennent fin lorsqu’arrive le printemps suivant. Il n’y pas de sauts dans le temps. Cette linéarité n’a rien de déroutant. Ce qui l’est cependant est relatif à la lenteur, à la rareté des événements, à ce qui sourd, à une ponctuation du blanc et du rythme. Je dis déroutant comme je dirais séduisant. Et séduisant ne suffit pas, n’étant pas tout à fait juste. Admettons pour l’instant que la beauté inhérente à ce récit n’est pas sans lien avec le plaisir qu’il procure. Encore faut-il étoffer le commentaire et ne pas se satisfaire d’un simple aveu de plaisir. D’autant qu’à ce dernier se mêle un relatif inconfort. C’est que ce texte poétique, je le rappelle, recèle une secrète souffrance.

Mais je n’en ai pas encore fini avec le temps. J’ai dit son lent écoulement. J’ai dit que les événements, ce terme est décidément trop lourd, se produisent entre des plages de blancheur, de silence, de temps lentement écoulé : « J’aimerais que le temps passe / avec la même lenteur / que les astres. » J’ai dit cela, je dois maintenant spécifier que tout ce temps qui passe « avec la même lenteur / que les astres » se passe à une époque indéterminée. Le lecteur lit Sestrales qui vient tout juste de paraître, en ce début d’hiver de l’année 2021. Or ce qui est contenu dans cet ouvrage, l’histoire qu’on y lit, les personnes qui apparaissent au centre de ce récit, semble appartenir à un temps de l’histoire situé l’on ne sait trop où sur la longue échelle de l’histoire. En effet, on pourrait lire ici des mots écrits il y a cent ans, écrits ici ou bien ailleurs — je parlerai bientôt de l’espace, en tout point analogue au temps dont je parle actuellement. Les deux femmes-filles-sœurs qui vivent au centre de ce récit nouent entre elles une relation qui n’est en rien marquée par la période historique que nous vivons présentement. Il y a ici quelque chose d’intemporel qui ajoute un surcroît de vérité à ce récit, qui lui confère une manière d’universalité, universalité d’autant plus forte que l’espace se trouve en quelque sorte à la confirmer.

Où sommes-nous exactement dans Sestrales ? On ne sait pas tout à fait. C’est n’importe où, comme c’est n’importe quand. Bref, c’est ici et maintenant. Ici, nous serions tentés même de préciser, aiguillés en cela par notre lecture toute récente du premier recueil de l’auteure, Juillet, le Nord, ici, à l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, quelque part sur la Côte-Nord. Nous y rencontrons d’ailleurs sa faune et sa flore, son climat, la mer déjà.

À quoi précisément cette magie est-elle due, qui fait que, lisant Andréane Frenette-Vallières, un tel paysage se déploie immédiatement dans notre esprit ? À sa plume, assurément. Mais pourtant, là où la plupart des poètes mimeraient en leurs mots la majesté et la dureté du paysage, et feraient sur le rivage se fracasser des vagues et de l’écume, se risquant alors au puissant verset claudélien, à celui de Perse, notre poète avec une remarquable économie de moyens parvient à susciter en nous, comme si par la simple vertu des mots elle nous y faisait entrer de plain-pied, ces grandes étendues d’eau et de terre.

Dans Sestrales, le lieu est immense, lieu de la nature sur laquelle l’ère industrielle n’a pas inscrit encore les battements de l’horloge contemporaine. Ici se conjuguent le temps et l’espace. En cet espace, les objets ne sont pas, ou si peu, ceux de notre monde actuel. Une maison y est une maison, comme il en est depuis presque l’origine. On y trouve des objets simples comme ceux dont se servaient les premiers habitants du territoire, les Anciens-Canadiens voire les Premières Nations : ce sont des chaises, des bougies, des ustensiles. Nous pourrions allonger la liste, elle s’arrêterait bien avant l’avènement de l’automobile et du portable. Dans Sestrales, on se réchauffe en faisant du feu. On tricote. Vit-on à l’ancienne pour autant ? Qui le croira ne m’a pas tout à fait entendu. Non seulement l’écriture de cet ouvrage n’a rien de désuet, mais ce qu’il exprime ne dissone en rien avec ce que peuvent éprouver de nos jours ceux et celles dont les corps et les âmes s’éprennent et se déprennent.

La facture de l’écriture n’a rien de mièvre, comme l’est ce qui habituellement est désuet. Or ni le propos de Frenette-Vallières ni sa manière ne sont dépassés. La clarté et la netteté du style n’ont rien d’archaïque, bien que selon l’esprit d’une longue tradition leur vertu soit depuis longtemps célébrée. Voilà aussi qui est impressionnant, l’auteure ne signe ici que son second titre et déjà tant de maturité et de savoir-faire s’y manifestent. Mais passons.

Entrons plutôt dans le vif du sujet. Voyons de quoi retourne cette histoire et de quel dispositif use l’auteure pour nous la raconter.

Je le répète, il y a ici un récit, mais pas de narrateur, pas de narratrice. J’allais dire même : il y a ici de la poésie, mais pas de poèmes, ce qui est vrai et faux à la fois. Commençons par l’histoire et pour l’appréhender rendons-nous tout d’abord à la toute fin de l’ouvrage. Une note s’y trouve. Je la reproduis.

« Le mot ‘‘sestrales’’ renvoie au néologisme ‘‘sestralité’’, apparu avec la première organisation scoute française destiné (sic) aux jeunes filles, en 1912 : les Éclaireuses d’Agnès Baden-Powell.

L’expression souligne « l’originalité d’un lien amical et éducatif particulier entre femmes, et le geste créateur qu’il suppose », mais elle se distingue néanmoins de l’amitié, plus ouverte sur le monde. En ce sens, un péril menace l’entre-sœurs trop chaleureux et replié sur lui-même, qui devient facilement exclusif. »

Voilà qui dit tout ou presque. Sestrales, on l’aura deviné, met donc en présence deux jeunes filles, ou jeunes femmes. Elles sont l’une à l’autre davantage que des amies. Elles sont sœurs, et si l’amitié ouvre sur le monde, leur relation plus qu’amicale les conduit à s’isoler. Un péril pour elles se fait menaçant. Lequel ?

L’amour de nos jours est la plupart du temps frontal, on disait autrefois effronté. L’amoureuse aujourd’hui n’a pas vraiment froid aux yeux, elle déclare son amour avec des mots crus; si un chat est un chat, il en va de même pour une chatte. L’euphémisme en matière de sexualité n’a désormais plus la cote. Tout au contraire, le trash prévaut, ayant valeur d’authenticité. Mais qui parle ici de sexualité ? C’est d’amour qu’il s’agit et, du reste, l’un n’exclut évidemment pas l’autre.

Avec Andréane Frenette-Vallières, la qualité du silence est telle que les points sur les i se déposent d’eux-mêmes. Pour peu que le lecteur lise lentement, parmi les blancs et les silences, et là où sont finement déposées les paroles, il découvrira quelque chose qui, encore une fois, est de l’ordre de la beauté.

Je dis : des paroles déposées. Ce sont celles des sœurs.

J’aimerais avec les lecteurs tourner lentement les pages de ce petit livre, réentendre avec eux ce que disent ces deux jeunes femmes. Je me contenterai de lever le voile et de confesser que dans l’art d’agencer ces discours, l’auteure a déployé de subtils trésors d’ingéniosité. Rien n’est lourd, qui souvent ne tient que par un fil, ne repose que sur un tout petit mot. Le lecteur a intérêt à ne pas lâcher un fil si fin, dont la fragilité cependant n’est qu’apparente. Il a intérêt à prendre tous les mots en considération, je veux dire à ne glisser sur aucun. Expliquer davantage les aspects techniques sur lesquels repose la magie de ce texte ne serait d’aucune utilité. Mieux vaut savourer ce langage qu’en déchiffrer les arcanes.

Je me bornerai à quelques remarques.

D’abord la mise en présence de l’italique et du romain, lesquels indiquent tour à tour les locutrices. Je dirai pourquoi le terme d’interlocutrice ne convient pas. En gros, si la poète avait écrit un dialogue, son écrit aurait eu moins d’impact, moins de sens, moins de résonnance.

Tout commence avec une première voix. Spontanément, on lui confère le statut de personnage principal. C’est à ce « je », plus réel à nos yeux, qu’arrivera, si ce terme n’est pas abusif, la suite des événements de l’histoire. C’est elle qui plante le décor, qui tout d’abord parle du ciel et de la mer. Elle aussi qui confesse : « Depuis longtemps je ne suis nulle part, je suis sans voix. » Je retiens ce « nulle part » et songe à ce que je disais ci-haut au sujet de l’espace, auquel il convient maintenant d’ajouter un nouvel espace, cette fois intérieur, psychique. En ouverture, ce « je » déclare vivre parmi « les ombres d’animaux », dont l’une lui ressemble. Elle écrit : « j’accueille cette étrangère. // Nous dormirons dans le ventre / d’une cabane violentée. »

Tout se passe ensuite comme si cette ombre, cette étrangère prenait vie, devenait cette sœur, imaginée ou non, ou réelle elle-même plus que l’autre, mais peut-être pas. Quoi qu’il en soit, arrive bientôt l’italique porteur d’une autre voix, celle douce et amicale de la sœur aimante. Cette sœur ne prend jamais la parole autrement que pour s’adresser au « je » que j’ai dit personnage principal.

Ce « je » premier parle ou écrit pour dire l’espace et le temps, dire aussi sa « désolation ». Or un seul mot suffit à la dire : l’élément discret qu’est le mot étant d’autant plus fort qu’il assume à lui-même tout le travail expressif. Autrement dit, la poète pèse ses mots, et tout particulièrement ceux de ce « je » premier. Elle ne les surcharge pas d’épithètes. Ce « je » romain parle de sa sœur, mais ne lui adresse jamais vraiment la parole. Cette première voix entendue, celle qui d’abord prend la parole, s’exprime de manière neutre, quasi prosaïque. Il peut lui arriver de dire que « les nuages entrent dans les maisons », mais cette façon de dire peut alors être prise au pied de la lettre. La poète dans Sestrales, le personnage qui s’exprime, si j’ose dire, « poétiquement » est plutôt la sœur italique : « Nous nous assoupissons dans un tombeau de neige / sous un ciel pétillant / de constellations », ou encore : « Qui parle ? / Quand j’ouvre la bouche / tu me traverses toute. // Je deviens ma propre sœur. » Le lecteur interprétera à sa manière ces tout derniers vers. Pour ma part, j’y vois un effet de miroir.

La voix italique, au milieu de ce recueil, fera entendre une bien douce tendresse, dont la poésie est toute particulière dans la mesure où elle est alors d’ordre alimentaire. Sa sœur (le « je » que j’ai dit correspondre au personnage principal, mais dire cela et ne rien dire, c’est tout comme), sa sœur, dis-je, est sans doute malade. En tout cas, elle garde le lit. La douce italique, telle une infirmière, lui présente les mets qu’elle lui réserve. J’extrais un passage parmi d’autres de cet alléchant menu. Ce « poème » partage avec les précédents une même anaphore : « À toi ».

À toi : des chanterelles / des hydnes qu’il faut chercher longtemps / au pied des épinettes rêches, les joues déchirées / par les branches ; / du thé cueilli sur les falaises ; / des bleuets le long des sentiers brûlés. //Des crabes. Leurs longues pattes grises / bougent lentement / nous devons les briser. 

Ces quelques paroles adressées à son amoureuse se présentent en quelque sorte sur un plateau poétique. Elles magnifient la réalité, expriment tendrement le sentiment amoureux. Ce sont des mets et des mots particuliers ; çà et là les autres « poèmes » de cette section offrent également une douce envolée lyrique : « effluves de lichen », « morue de la Tête-à-la-Baleine », « seau de plaquebières », bannique cuite sur le poêle ».

Ce menu affectueux constitue une belle promesse, mais ce régal annoncé ne se réalisera pas. Après que l’italique l’ait fait miroiter, l’autre, la romaine, celle qui restait couchée au lit, prend la parole, comme pour soi seule. Dans le terre-à-terre de sa réalité brute et immédiate, elle écrit : « Ma sœur fait bouillir de l’eau / y ajoute des spaghettis, laisse / un moment sur le feu, puis rince. / Elle déverse le contenu d’une / conserve de tomates / sur le monticule chaud. // Je reste à l’écart. »

Ce repos au lit a suscité chez la sœur italique une jolie broderie de mots, mais déjà se tramait en amont le péril qu’évoque la note à la toute fin de l’ouvrage. Le « je » romain avait parlé de son corps « endolori », « veule ». Sa sœur lui avait dit : « Tu as cessé de respirer par saccades » et plus loin : « Tu me promets le pire. / Tu défais à mesure. » Comme en miroir, la sœur italique est elle-même prise d’un mal comparable. Le « je » premier déclare au sujet de celle-ci : « Les joues de ma sœur se vident, de petits picots éclatent sous sa peau, pincent et laissent des trous ; son visage quitte son visage. » Elle confie : « Je n’ai qu’un corps / son corps à elle. »

On se pose des questions. La voix italique est-elle un reflet du « je » romain ? Dans le miroir ou le rêve, une sœur imagine-t-il une sœur ? Prête-t-elle idéalement à cette dernière les propos qui témoignent d’un souci amoureux ? La femme italique surgit-elle au sein de la solitude, âme consolatrice et annonciatrice d’un apaisement, d’une réconciliation intérieure : « Les mois que tu passes ici font naître dans ta tête des fougères, des pousses neuves et fluorescentes. // Tu ne cherches plus ce dégagement de pensées qui permettra, le moment venu, à un tout petit désir de s’attacher au possible. // Tu ouvriras tes mains. Tu salueras la grêle, fine. »

L’italique, nous finissons par l’apprendre, mais faut-il croire tout ce qu’on lit ? aura été une sœur imaginaire : « Je m’invente une sœur. Elle parle à ma place. Pendant ce temps, je nourris les bêtes, je vérifie les collets, je fends un peu de bois. // Il fait moins vingt. Ma sœur fredonne des airs de notre enfance. Elle observe la lisière du bois ; depuis quelques jours, un lynx nous épie. »

Que dire de plus ? « L’ineptie, disait Flaubert, consiste à vouloir conclure. » Mais il parlait d’autre chose, d’un arrêt de l’opinion se fixant bêtement sur une idée qui demeurera fixe. Dans le cas qui nous intéresse ici, n’ai-je pas déjà exprimé tout le bien que je pense de ce deuxième opus ?

Ou, tiens ! Pourquoi ne pas finir sur un aveu ? Je dirai en terminant que parmi les affres apportées par un certain âge se trouvent des joies délicieuses. La découverte des voix nouvelles fait incontestablement partie de celles-ci.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

5 commentaires sur « Andréane Frenette-Vallières : Sestrales : Éditions du Noroît : 2021 »

  1. Je ne sais pas Daniel si tu as dans ton jeune âge écouté la description d’un match de hockey par René LeCavalier. Je me disais en te lisant que j’ai autant sinon plus de plaisir à te lire qu’à regarder le match! Cette poète t’inspire tellement de trouvailles délicieuses qu’à vous deux vous faites un duo digne d’une partie enlevante.
    «Cette grâce où rien ne pèse est pourtant chargée de gravité».
    «Qui le croira ne m’a pas tout à fait entendu».
    «Si un chat est un chat, il en va de même pour une chatte».
    «La qualité de silence est telle que les points sur les i se déposent d’eux-mêmes».
    «Une jolie broderie de mots».
    Et pour finir quel aveu plein de poésie Daniel: «…Parmi les affres apportées par un certain âge se trouvent des joies délicieuses. La découvertes de voix nouvelles fait incontestablement partie de celles-ci».
    Tu débordes de vie et de jeunesse!

    J'aime

    1. Cher Laurent,
      Connais-tu l’histoire de l’écrivain dont les bras étaient chargés de bouquets et dont la tête était ceinte, je ne dis pas sainte ni saine, je dis : ceinte de lauriers si nombreux qu’elle ployait sous leur poids ? Et savais-tu que non seulement il était à ce point honoré, mais qu’on se mit à couler sur lui de son vivant le très chaud métal d’un bronze qui immédiatement en fit un monument ?
      Eh ben ! je me sens comme lui. Une statue.
      Un auteur qui n’a qu’un seul lecteur, si ce lecteur le lit avec autant d’amabilité et de fidélité que toi avec mes « petites études », a le vent dans les voiles. Il peut écrire encore durant cent ans. Il ouvre le dernier recueil de MIchel Leclerc et se dit qu’il doit maintenant se montrer à la hauteur de cette « Brûlante inquiétude ». C’est un livre franchement remarquable. Mais comment le dire ? Comment le dire ?
      Permets-moi de briser ce beau métal qui fige ma pensée et d’en émerger à nouveau. Je dois retrouver un peu de souplesse et comme tu le dis, un peu de cette jeunesse que tu m’attribues.
      Je me remets au travail. Encouragé par tes mots.
      Merci l’ami!

      J'aime

  2. Tes études me forcent à lire, relire, réfléchir, découvrir, tenter de reprendre toutes ces années où j’ai été loin de la littérature et de la poésie. Mon plaisir m’amène à un niveau d’enthousiasme que jamais je ne voudrais voir devenir plombant pour toi! J’ai hâte que les beaux jours nous permettent d’approfondir le tout par nos conversations de clôtures!
    D’autre part, tu me sembles être sujet d’un phénomène très courant qui affecte ceux qui ont le courage de produire un blog de qualité: l’écho indirectement proportionnel! Lâche pas.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :