Roger Caillois : Approches de la poésie : Bibliothèque des sciences humaines : Éditions Gallimard : 1978

Pour une large part, dans ses deux premiers tiers à tout le moins, Approches de la poésie semble manifester un éloignement, l’auteur y faire un pas de côté, voire de recul. Ce fort volume, imposant par sa rigueur intellectuelle, à première vue consiste en un rejet de la poésie. L’auteur, j’allais employer le mot de « contempteur », occupe du reste à l’égard de la poésie une position plutôt marginale, étant et n’étant pas tout à fait poète. Pierres réfléchies aura été son seul et unique ouvrage de poésie, lequel ne correspond pas vraiment à ce à quoi on associe généralement la poésie. Chez Caillois, le poète ne rêve pas, ne délire pas : il observe et analyse, tisse des liens au moyen de l’analogie. Sa poésie ne chante pas. Si elle enchante, ce n’est guère en vertu de son chant, absent, mais bien plutôt par des séductions plus rudes et austères, celles de la pensée et d’un langage où l’image paraît de nature objective.

Venu de son propre aveu à la poésie pour l’arracher à la littérature et en finir avec cette dernière, et en cela se comportant en « Terroriste » plutôt qu’en « Rhétoriqueur », ces termes étant ici empruntés à l’auteur des Fleurs de Tarbes, Caillois se fera bientôt de la poésie une idée située aux antipodes de ce que préconisaient les surréalistes.

Terroriste. Dans l’esprit de Paulhan, deux regroupements majeurs se disputent la République des Lettres. Caillois en se joignant brièvement aux surréalistes aurait adhéré à une forme de rébellion, propre sans doute à la jeunesse, notamment des Terroristes. Je ne puis m’empêcher de penser qu’il rejoignit les Rhétoriqueurs par la suite ; après tout, n’occupe-t-il pas en fin de carrière un siège à l’Académie française ? Croire cela, comme si les choses pouvaient être à ce point aussi simples, c’est penser que l’institution veillant à conserver n’accueille en ses rangs que des esprits obtus, conservateurs justement, réfractaires à toute promesse d’avenir, frileux même devant cela qui se présente au temps présent de ce qui leur est contemporain.

Or Caillois était bien de son temps. Il se montra toujours fort soucieux d’user des outils mis à sa disposition par la science et la pensée de son époque. S’il observa la poésie sans condescendance, ce ne fut point dans le but de la déshonorer, bien au contraire. Ses propos n’eurent d’autres buts que d’assurer qu’il ne lui fût pas octroyé de prestiges autres que ceux qu’elle méritait vraiment. Il ne tenait pas à ce que l’on se fourvoyât en matière de poésie, et que les poètes au premier chef s’engagent à corps perdu dans des avenues menant tout droit à des impasses. Alors qu’il soulignait les impostures de la poésie, ce sont les prétentions des poètes eux-mêmes qu’il cherchait à dénoncer. 

Approches de la poésie est une somme. Fruit d’une expérience s’étalant sur plus d’une trentaine d’années. Caillois y effectue un parcours, lent, attentif et studieux, qui le conduit de la négation à l’affirmation de la poésie. C’est au fil d’une vie entière que Caillois aura élaboré et mis au point sa poétique.

Son volume quasi testamentaire contient cinq grands textes majeurs. Le premier fut publié à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de Les impostures de la poésie. Caillois s’y montre sévère. Il rend compte des excès du surréalisme, de ses aveuglements, aveuglements du moins à ses yeux. Le culte que Breton et ses émules vouaient à l’image reposait comme sur du vent. Ses amis se trompaient qui croyaient plonger dans les eaux profondes de la conscience et affirmaient que le langage, pourvu qu’il fût débridé, libéré des liens de la raison, c’est-à-dire abandonné aux forces de l’écriture automatique, permettait grâce à ces incursions d’accéder à plus grande vérité. Vérité de pacotilles à vrai dire. Caillois ne formule pas ainsi sa grande méfiance, mais c’est là en substance le peu de bien qu’il en pense. L’inspiration incontrôlée mène les auteurs par le bout du nez et à la fin ne les conduit nulle part. Qui sème le vent récolte le vent. Le poète semble se complaire à imaginer l’inimaginable, il n’accumule en fait que des kyrielles de propositions énigmatiques. Il crée des images sans queue ni tête qui sont ce que Caillois finira par appeler des images in-imaginables. Le mot procès n’est pas trop fort pour décrire ce que fut en son temps ce petit ouvrage.

Le mot peut même servir dans les cas des deux écrits suivants. Aventure de la poésie moderne, publié en 1945 et Art poétique, en 1958 sont marqués par le même scepticisme. Le second s’ouvre avec ces mots : « Comme l’âme égyptienne énumère devant Osiris les fautes qu’elle n’a pas commises, afin de montrer qu’elle mérite la béatitude éternelle, le poète se disculpe devant un juge idéal : »

Au siècle du grand classicisme, Boileau fut législateur du Parnasse. Il y a du législateur chez Caillois, mais non pas tout à fait du même ordre. Quoique. Par endroits, il entend même faire la morale. Il n’hésite pas à rappeler les devoirs du poète. C’est que pour lui la poésie ne peut être prise à la légère. Il aura condamné les poètes à maintes reprises, mais non point pour les raisons qui furent celles de Platon. Caillois ne croit pas le poète comparable au papillon, chose légère et sans conséquence. Il lui assigne un devoir certain et s’offusque de l’y voir renoncer pour la poursuite de ce qu’il appelle « des monstres de cirque ». Entendons par cette expression les incongruités résultant de la « réunion arbitraire de termes disparates », autrement dit l’image surréaliste. Ce devoir ultime auquel le poète se doit d’aspirer, nous y reviendrons en temps et lieu, au moment où Caillois fera tomber le rideau, couchant sur la page son souhait le plus cher. Pour l’heure, contentons-nous d’observer que sur son parcours Caillois a laissé à la postérité une série de mises en garde, placées bien en vue là où des pièges risquent d’engouffrer les poètes, à l’entrée des labyrinthes où leur naïveté les peut conduire. Ce sont d’éventuels faux pas dont il tente de les prémunir. Tel est l’esprit des lois.

Qu’on se souvienne plutôt des vers suivants de Boileau. « La plupart, emportés d’une fougue insensée, / Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée : / Ils croiroient s’abaisser, dans leurs vers monstrueux, / S’ils pensoient ce qu’un autre a pu penser comme eux. / Évitons ces excès : laissons à l’Italie / De tous ces faux brillans l’éclatante folie. / Tout doit tendre au bon sens : mais, pour y parvenir, / Le chemin est glissant et pénible à tenir ; / Pour peu qu’on s’en écarte, aussitôt l’on se noie. / La raison pour marcher n’a souvent qu’une voie. »

Après et malgré trois siècles écoulés, comment ne pas voir en ces écrivains d’hier, que Boileau disait « emportés d’une fougue insensée », les précurseurs des poètes surréalistes ? Ce sont des revenants déferlant dans l’immédiat après-guerre, métamorphosés en poètes prisant une inspiration à haute vitesse, moderne, du type où il convient de se lancer corps et âme lorsque l’on pratique ce sport de casse-cou qu’est l’écriture automatique. Le droit chemin chez les surréalistes était à proscrire et la raison pour y marcher paraissait un tant soit peu militaire, contraignante et empêcheuse de poétiser en rond. À vrai dire, comme chez ces baroques d’Italie, les surréalistes privilégiaient le « vers monstrueux », surgi des entrailles de l’inconscient, révélateur du cauchemar et d’un surcroît de réalité, pensaient-ils. Et Caillois, dans cette espèce de mysticisme où un haricot sauteur semait consternation et amusement puéril, osait jeter l’injonction de la rigueur et poser en principe que la sorcellerie et la prestidigitation étaient en réalité mauvaises conseillères.

***

Il convient de reprendre à partir du début. Non pas en revenant aux Impostures de la poésie, mais bien plutôt en considérant la préface que Caillois rédige trente ans plus tard afin de présenter ses Approches de la poésie. Il a alors 65 ans. Nous sommes en avril 1978 et Caillois mourra quelques mois plus tard, soit le 21 décembre de la même année.

Il est plaisant de constater que le volume s’ouvre sur cette préface pour se fermer quelque deux cent soixante pages plus loin avec une conclusion que Caillois intitule paradoxalement « Ouverture ». Cet esprit que l’on aura pu croire fermé à une certaine forme de spiritualité, du moins à celle qui tire parti du leurre et de la superstition, qui tint pour nul et non avenu la fantasmagorie poétique où l’on prétendait révéler des mystères en recourant aux seuls moyens d’un assemblage fortuit de mots disparates, se sera peu à peu rapproché de la poésie, à condition qu’elle fût, j’allais dire « objective ». « Ouverture » manifeste une confiance, fait part d’une approche conférant à la poésie un statut particulier dans la mesure où l’arbitraire semble s’y dérober, pour laisser place à de plus conséquentes incursions dans le domaine justement du mystère, car Caillois n’évacue pas ce dernier, il lui réserve une place de choix en ne soustrayant pas la poésie au devoir qu’elle a de s’y investir.

Écoutons plutôt Caillois. Je cite les premiers mots d’ « Ouverture » : « Au terme d’un long cheminement qui débute par la dénonciation des impostures de la poésie et qui aboutit à la revendication en faveur de cette même poésie d’une sorte de statut scientifique, je me rends compte qu’un tel parcours serait plus intelligible si je remontais à son véritable point de départ. » Voilà qui fait assez songer au Fleuve Alphée, récit autobiographique de Caillois paru également en 78. Selon la mythologie, ce fleuve grec, amoureux de la nymphe Aréthuse, traverse la Méditerranée et finalement redevient fleuve en Sicile. Pour Roger Caillois, « les hommes, eux-mêmes, passent ainsi par des pertes souvent durables, et en resurgissent ensuite, recouvrant mystérieusement, souvent à la fin de leur vie, leur paysage premier… […] ». Tel est en tout cas le parcours poétique de Caillois. Adulation première et juvénile, rébellion désireuse de soustraire la poésie à l’emprise du littéraire, rejet massif des outrances poétiques de l’entre-deux-guerres, réhabilitation de la poésie à partir de la découverte déterminante de l’œuvre de Saint-John Perse, affirmation du caractère nécessaire et objectif de la poésie, également de son rôle dans l’avènement de l’homme à son humanité. Nous reviendrons plus tard sur ce dernier point, celui d’une fonction pourrait-on dire civilisatrice de la poésie. Caillois ne sous-estime pas la fonction éthique de la poésie.

Mais la science dans tout ça ? Voilà qui étonne. D’ordinaire, la poésie s’arrête où commence la science qui elle-même s’arrête là où commence la poésie. Bref, nous les tenons pour contradictoires, sœurs peut-être, mais sœurs ennemies. Cet étonnement, d’emblée l’auteur nous l’impose, nous confrontant au curieux alliage du poétique et du scientifique au moyen de la dédicace hors du commun qui ouvre son recueil d’études. On y voit deux figures tutélaires, monumentales, complémentaires montées sur un même socle. Voici la dédicace.

À la mémoire du chimiste Dimitri Ivanovitch Mendeleïeve et du poète Saint-John Perse qui, par les voies opposées du nombre et de la sensibilité, m’ont également montré la possibilité d’une intelligence rigoureuse de la poésie.

Dans sa préface, Caillois évoque les grandes lignes de son cheminement. Il écrit : « Il s’agit d’un acheminement, parfois d’un revirement complet. » Son Fleuve Alphée nous revient encore en mémoire. Ce revirement s’opère à l’endroit de la poésie et surtout d’un de ses traits fondamentaux, l’image : « Je venais de quitter le mouvement surréaliste. Mon attitude demeurait polémique, de sorte que c’étaient surtout les aspects négatifs d’un type particulier d’images que je m’attachais à mettre en valeur. Depuis, j’ai été conduit à donner au pari analogique une fonction décisive, quasi fondamentale, non seulement dans l’exploration poétique du monde, mais aussi dans la découverte scientifique. Même si j’ai versé, ce faisant et avec une intrépidité non moins délibérée, dans un autre extrême, je ne regrette nullement, je me félicite au contraire d’avoir donné, en ce moment de mes plus strictes réticences, une importance essentielle à l’image juste, mais je ne concevais pas encore ce que devait être une image juste et encore moins à quels critères d’exactitude et de surprise elle devait conjointement satisfaire. Je ne faisais guère qu’en éprouver le manque et par conséquent le besoin. »

On aura deviné que la rencontre décisive avec l’œuvre de Perse aura offert à Caillois l’occasion d’une découverte. C’est au poète de Vents et d’Amers que Caillois doit de l’avoir enfin réalisée. Par ce dernier, et surtout grâce à Mendeleïeve lui advient la connaissance de ce qu’il appelle l’image juste : « la poétique de Saint-John Perse m’avait montré le champ de mon domaine propre, qui n’exclut rien ; mes recherches sur la syntaxe des rêves, tels que les écrivains les utilisent comme ressort de leurs récits, sur les rubriques dénombrables du féerique et du fantastique, sur les problèmes posés par le mimétisme animal, me confirmaient dans l’idée d’un univers redondant. La table périodique de Mendeleïeve m’en apporta enfin le gage et la clé. L’image irrécusable et qualitative est possible en poésie au même titre que des lois exactes et sans cesse plus précises sont la raison d’être de la science. Seulement, émotions et sensations circonscrivent l’empire de la première, les phénomènes mesurables celui de la seconde. »  

Mais ce sont là des conclusions auxquelles l’auteur parvient vers la toute fin de son parcours. On sera ou non sensible à ces considérations, et curieux ou non d’assister à ces découvertes ultimes de Caillois. Cela assurément exigera de la part du lecteur une attention soutenue, si ne parvient pas à la décourager la rigueur implacable de Caillois. Il se pourrait néanmoins que l’austérité manifestée par l’auteur à l’époque de ses dénigrements intéresse davantage et en tout cas pique le lecteur d’aujourd’hui autant sinon plus qu’elle heurta les thuriféraires du surréalisme d’alors.

Les pages des Impostures de la poésie sont à relire. Outre leur intérêt historique, pour qui s’intéresse à l’aventure de la poésie française du vingtième siècle, elles apportent au lecteur contemporain un éclairage sur la nature de la poésie, laquelle n’est pas immuable bien entendu ; or, pour peu qu’on soit habile à transposer une réalité dans une autre, à voir dans ce qui fut ce qui demeure, il est possible de bénéficier encore des puissantes lumières de Caillois. Les choses ont changé, le surréalisme a perdu des plumes et ses ailes ne permettent désormais que de voler en rase campagne, mais des héritiers, aussi métamorphosés que « la plupart, emportés d’une fougue insensée » de Boileau, perpétuent à leur insu ou non une aventure comparable à celle où s’engagèrent Breton et ses camarades. Autrement dit, nul aujourd’hui n’est à l’abri de nouvelles impostures, lesquelles avec celles d’hier partagent un même air de famille.

On tirera également grand profit d’Art poétique (1958), intitulé tout d’abord Confessions négatives du poète. Là encore, du temps ayant passé, le lecteur, pour peu qu’il adapte une réalité d’il y a presque cent ans à celle d’aujourd’hui, sera à même de constater que la lucidité de Caillois n’a rien perdu de sa pertinence. Qui se veut poète aujourd’hui aurait intérêt à méditer longuement les propositions de Caillois.

Dans un premier temps, un personnage (le poète) livre des confessions. Elles sont au nombre de 23. Chacune occupe dans le haut de la page l’espace d’un tout petit paragraphe. Sorte de fragment contenant de deux à dix lignes tout au plus. Ce sont quasi des maximes. Confessions négatives où le « je » déclare n’avoir pas commis tel ou tel « crime » : « Je n’ai pas prétendu exprimer l’inexprimable. J’ai seulement tenté de communiquer par mes vers ce qui ne se laisse pas si bien transmettre ni si efficacement dans un autre langage. » Ces aveux prennent parfois la forme d’une affirmation : « J’ai défini les sentiments qu’on éprouve en aveugle et qu’on ne sait pas identifier. Grâce à mes vers, chacun maintenant les reconnaît et les salue. Il se sent avec eux dans une intimité nouvelle. Il est plus à l’aise dans son âme et il tient bien ce qui toujours lui échappait. »

Après ces assertions vient leur développement. Caillois les commente toutes, à quelques exceptions près. Par exemple, dans le commentaire qu’il rédige pour le précédent aveu, Caillois fait la part belle à la poésie naïve et banale, celle à laquelle peuvent s’adonner les amateurs de poésie, dont certains poussés moins par leur amour de l’art que par amour tout court. Songeons aux lettres d’amour, « moyen de séduction », dit l’auteur. Et d’ajouter que « la poésie est un moyen d’expression fort répandu. »

Dans ce commentaire, Caillois affirme l’importance de la valeur humaine dont doivent témoigner selon lui les poèmes. Il réfère alors à un phénomène assez peu banal. En Colombie, des jeunes se suicident en se jetant dans l’abîme, là précisément où la rivière Bogota se jette elle-même dans la vallée, dans une chute spectaculaire de huit cent mètres. Une tradition veut que ces jeunes déposent en guise d’adieu un petit poème dans un petit autel consacré à la Vierge. Ces poèmes sont le fruit de jeunes gens désespérés qui, pour la plupart, sont loin d’être doués en matière de poésie. « Pourtant, écrit Caillois, si la valeur littéraire de ces œuvres rédigées au moment de se donner la mort reste infime, leur valeur humaine demeure considérable ; et aux yeux de ce juge idéal devant qui j’ai imaginé de faire comparaître le poète, il me semble qu’elles témoignent en faveur de la poésie plus que les productions torturées de ceux qui bannissent les sentiments de leurs vers et qui emploient leur talent à faire entre eux un vain assaut de singularité. »

L’ouvrage est riche et dense. La sévérité de son auteur est un corolaire de l’intérêt majeur qu’il accorde à la poésie. Qui châtie bien aime bien. On en voudra pour preuve ce revirement spectaculaire qui fait notre conspuée devenir à la fin objet d’admiration, ce que jamais elle ne cessa d’être. Caillois s’opposait à ses travestissements et non à ses métamorphoses, pourvues qu’elles fussent fondées. Il se montra attentif à la question du vers, à sa libération, à ce qui en découlait, à la confusion possible où il s’anéantissait en se déversant dans la prose ou en s’isolant capricieusement au hasard du blanc de la page. Ses propos suscitent toujours la réflexion; que demander de plus ?

Et comment ne pas être conquis par cet émerveillement dernier sur lequel Caillois termine son ouvrage ? Voici finalement les derniers mots que Caillois aura écrits au sujet de la poésie.

« Celle qui se laisse parfois deviner dans le duvet du bonheur et du monde, où rien n’est jamais superposable, restitue l’âme parcellaire à la totalité convoitée, elle la réconforte pour un instant fugitif, mais qui reviendra à son seul appel, enrichi peut-être d’un éclat que la durée avive, au lieu qu’elle en évapore la fragrance. »

Cette conclusion peut-être correspond à ce que Bonnefoy et d’autres désignent sous le beau et vibrant mot de « présence ». Caillois pour sa part parlait d’une « embellie de l’âme ». Dans un entretien accordé à Hector Bianciotti et Jean-Paul Enthoven, il avançait que le but de la poésie consiste en cette embellie, « c’est-à-dire la reconnaissance d’un certain bonheur atteint non par extase, parce que je n’aime pas les mots excessifs, mais par embellie, par sérénité. »  

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

2 commentaires sur « Roger Caillois : Approches de la poésie : Bibliothèque des sciences humaines : Éditions Gallimard : 1978 »

  1. C’est du «heavy metal» ce Caillois, Daniel, du moins pour moi!
    Quel courage de passer au travers sa rigueur-sévérité-austérité-sévérité-aridité pour finalement découvrir son «embellie de l’âme!
    J’imagine que c’est le prix à payer pour mieux comprendre la grande aventure de la poésie française du 20e siècle et pour se légitimer face aux «nouvelles impostures [de certaines poésies actuelles] lesquelles avec celles d’hier partagent un même air de famille»!
    Merci.

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  2. Cher Laurent, non seulement tu as lu cette laborieuse étude au grand complet, mais tu as tout saisi. J’ajoute ceci : « heavy metal » en effet devait être mis entre guillemets. Caillois n’aurait pas supporter tout ce bruit.

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