Geneviève Letarte : Mes ailleurs : Poésie :Éditions des Forges : 2020

Dans son plus récent carnet, l’écrivain André Major rappelle que Gide « s’évertuait à ‘‘se perdre de vue’’ et à ‘‘regarder le point de vue de l’autre’’. » C’est là, je crois, l’attitude qu’il convient d’adopter lorsque nous lisons de la poésie. Quelle que soit notre propre conception de la chose, en oubliant nos partis pris, lorsque nous nous investissons dans un recueil de poèmes nous gagnons davantage à nous montrer réceptifs, plutôt qu’à chercher dans l’ouvrage ce que nous aurions pu y mettre nous-mêmes. Ce qui nous est étranger ne nous conforte pas toujours, mais ce qui est « autre », en nous faisant sortir de nous-mêmes contribue, c’est le cas de le dire, à élargir nos horizons. Mes ailleurs offre au lecteur de poèmes ce qu’il espère si de telles dispositions l’animent.

En ce que « l’ailleurs » correspond à tous lieux où ne se situe pas le sujet parlant, on peut voir dans le titre de ce recueil une manière d’oxymore. Le « je » de la poétesse cohabitant avec l’ailleurs, avec le non-moi, plus exactement avec les autres, c’est-à-dire ceux et celles qui justement vivent ailleurs. Son « je » est donc en quelque sorte habité, hanté par les lieux qu’elle a faits siens au fil du temps, dans son passé récent ou lointain, dans son réel imaginaire. C’est dire que les ailleurs de la poétesse se trouvent convoqués là même où elle se trouve, dans l’espace ici et maintenant qu’elle occupe, alors qu’en une gerbe de suites poétiques, elle réunit tous ses lieux afin de les partager avec nous.

Le dernier recueil de Geneviève Letarte compte huit sections. Curieusement l’heureuse variété qu’on y trouve forme un tout dont l’homogénéité tient à la voix unique qui a fait naître ces poèmes pour les porter finalement jusqu’à nous. Je dis une voix « une », alors que cette voix module son chant, le tournant à son gré, avec des inflexions diverses. La poétesse emprunte ses mots à des champs lexicaux variés, lesquels mots pourraient en son poème paraître bigarrés lorsque, par exemple, un registre résolument littéraire alterne avec un autre un peu plus populaire.

Jamais sa langue n’est affectée, elle est secrètement travaillée, finement raffinée, toutefois avec modération, à mille lieues d’un Parnasse étriqué. Ses tours n’épatent pas, les métaphores brillent dans la rareté de leur surgissement, cette parole évite la déclamation. C’est une parole proche de l’oralité, qui se fait entendre sur le champ, sans se complaire dans les échos démultipliés que parfois mitraille le verbe poétique. Un vers à la fois, se suffisant à lui-même, se déversant tout naturellement dans le suivant, coulant de source et entraînant avec lui le presque auditeur que devient le lecteur.

La vie immédiate : on aura reconnu le titre du plus célèbre ouvrage de Paul Eluard. La poétesse (Letarte a utilisé ce terme à l’occasion du lancement de son recueil; je le reprends), la poétesse, dis-je, emprunte ces mots à Eluard. Afin de rendre compte du travail de Geneviève Letarte, je forge à partir de ces derniers l’expression de « poésie immédiate ». Du reste, cette expression, je ne l’invente probablement pas.

La plupart des suites de Mes ailleurs, mis à part la dernière, intitulée « Ballade pour Marina », offrent des récits, des textes plutôt linéaires. Quoique versifiés, ces derniers empruntent son allant à la prose et, pourrait-on croire, sa spontanéité. Ils font songer, dans leur simplicité, à la lettre que nous ferait parvenir un ami ou une amie. S’y réalise une espèce de proximité entre la poétesse et les choses auxquelles elle réfère. Sa manière de dire le monde nous rapproche non seulement de ses ailleurs, mais également de la poétesse. Les distances se trouvent ainsi abolies par la magie du verbe. Ce dont elle parle est facilement identifiable. Ses références sont claires. Les figures de style n’ont rien d’hirsute, d’hétéroclite. Ses images ne sont pas tirées par les cheveux. J’en veux pour preuve cette innocente comparaison : « la fille qui ressemble à Juliette Binoche / me sourit sous les arbres ». Comparaison familière, semblable à celle qui s’impose spontanément à nous dans la vie de tous les jours, lorsque nous parlons pour être entendus. Letarte évoque les choses sans qu’il n’y ait quoi que ce soit d’équivoque dans son discours. Les idées, les sentiments sont exprimés de manière à s’imprimer directement dans l’esprit de ses interlocuteurs. C’est là ce que j’appelle de la poésie immédiate.

Toutefois, si avec ce style, la lettre parvient à se faire parole, de sorte que le lecteur se trouve immédiatement présent à ce qui se dit, sollicité par le discours, contemporain de cette parole qui raconte en face-à-face, il ne faut pas croire que cette poésie n’est pas « écrite ». J’insiste sur ce fait : bien que simple, l’écriture de la poétesse demeure savante. Dans ses poèmes, le savoir-faire de l’auteure ne se manifeste pas de manière ostentatoire ni même ostensible. En fait, certains passages témoignent d’une maîtrise exemplaire, quoique secrètement invisible. Chaque suite est minutieusement construite et révèle, à condition que soit attentivement observée sa texture, une remarquable solidité, en ce sens que l’on découvre dans la composition de chacune des suites une « orchestration », pianissimo sans doute, mais toujours assurément efficace.

Qui donc a dit ou écrit que la simplicité n’est pas simple ?

Qu’il y ait un ailleurs ou plutôt des ailleurs, cela déjà s’avère passablement compliqué. Le monde est vaste et la poétesse, si elle ne l’a pas entièrement parcouru, s’y est intéressée assez pour savoir qu’il s’en va à vau-l’eau, qu’on ne peut y être impunément léger et insouciant. Elle n’a pas tourné le dos résolument au bonheur et à la fête, mais des entraves sur son chemin et des nœuds de douleur dans son ventre lui ont explicitement appris que vie et mort vont main dans la main. Par conséquent, Letarte ne parle pas en vain, n’écrit surtout pas pour ne rien dire. Sa parole est en quelque sorte engagée. Héritée des livres qu’elle a lus, des hommes et des femmes qui furent ses compagnons, sa parole est parole de liberté, parole de femme libre. Le bruit des chaînes s’entend, que malgré tout elle traîne derrière elle, après des défaites et des victoires inhérentes au fait de vivre. Forte des combats menés par ses devanciers, héros et héroïnes tant politiques que poètes ou musiciens, la poétesse rassemble dans son recueil la somme de ses expériences les plus marquantes.

Le souffle d’un poème ne déplace pas de l’air. Le vide n’est pas son affaire. Le poème s’impose plutôt dans une forme pleine de sens. Il contient de la vie. Une vivante s’adresse ici à des vivants. Elle célèbre la beauté du monde, à travers la nature et les paysages parfois dévastés de contrées sèches et arides où tintent toutefois des coupes de vin, où dansent dans les ruines et leur extrême dénuement des pauvres villageois et villageoises. Elle remue aussi les cendres du passé. Des amis et des compagnes s’en sont allés. « Le temps a filé », c’est le titre de la première suite du recueil.

Le temps a filé en laissant des traces et des marques profondes. Quelque chose s’est définitivement perdu. À vrai dire, de nombreuses choses se sont perdues, comme un engouement pour l’idée d’un pays à bâtir : « Le temps a filé / dans les eaux troubles du pays », et : « je récolte des psaumes pour le pays fatigué / et pourtant si beau en son nord intime ». L’amour s’est souvent dérobé. Lui aussi a parfois filé : « nous nous sommes tant aimés ». L’auteure livre en fin de volume des notes explicatives ; les italiques réfèrent la plupart du temps à des œuvres, ici l’œuvre est celle du cinéaste Ettore Scola.

Les amis se sont donc dispersés, ne laissant derrière eux que les souvenirs enfumés de l’époque où en bande ils chantaient et récitaient leurs poèmes dans les bars : « nous voilà loin des scènes minuscules / où l’on se propulsait au meilleur de nous-mêmes ». Ces souvenirs sont parfois douloureux, surtout ceux liés aux amours: « j’ai mal à ma mémoire / et ça sent le bitume autour de mon lit ».

Avec ces premiers poèmes, on réalise assez rapidement que l’auteure entremêle à son histoire personnelle le destin et l’aventure de sa collectivité. Du reste, par moments, même si le pays semble être précisément celui du Québec, le mot pays en vient à englober l’ailleurs des migrants : « migrants d’une cartographie hors-la-loi / noyés d’une transhumance forcée ».

À la nostalgie exprimée par ces poèmes fait contrepoids une posture de force, où la poétesse affronte pourrait-on dire les mauvais sorts que nous jette l’histoire. Il s’agit d’une posture de combattante. Nous verrons dans la prochaine suite que déjà, fillette, la poétesse se dressait afin de s’emparer librement de tous ses possibles. Devenue plus âgée, elle ne baisse pas les bras. Elle fait face à l’adversité, s’en prend aux « voleurs d’astres », aux « forceurs de finances », aux « briseurs de rêves » et autres « vendeurs de fadaises ». Dans une langue qui parfois fait songer à un Miron ou un Godin, elle prend « parti contre les goujats / les impossibles-à-jaser-avec / les hurleurs de non-sens à bretelles ». Bref, elle exprime sa colère et son désir de « clarté ». Parfois en aparté, elle livre une confidence. Au sujet du haïku, elle a cette brillante formule : « dans l’observation des formes / se trouve l’élargissement de la conscience ». Ce qui est sans doute vrai. Par contre, ce qui l’est assurément, c’est que des impératifs moraux animent le feu et le propos de l’auteure : « la force des uns doit soutenir / la voûture des autres ». Et pour en finir avec cette section, de manière à illustrer cette posture volontariste, je cite ses derniers vers : « je prône le courage de la femme / penchée sur ses mots // la vaillance d’un homme capable / d’écouter les roches ».

On croira l’exercice fastidieux, qui consiste à prêter attention à presque chacune des sections d’un ouvrage poétique. Dans le cas présent, il me semblerait faire injure à ce recueil, si je passais sous silence tout ce qui çà et là en fait l’intérêt. Je ne saurais donc sauter par-dessus la deuxième suite. Là encore, l’auteure livre le meilleur d’elle-même. « Une fille qui rêve » constitue un récit à la fois charmant et troublant. Une montagne est admirable. On découvre tout à coup qu’elle abrite un volcan. À quinze ans, écrit l’auteure, « je tente d’apercevoir / l’horizon de mes rêves / les possibilités d’une fille // prête à exploser // comme les bombes des rebelles / qui font les manchettes ».

Fillette d’abord tranquille et adorable, la voici découvrant le monde des livres, autant dire le monde lui-même, elle n’en devient que plus adorable : « les livres aux titres invitants […] // me disent de penser l’existence / comme un choc perpétuel // entre le je et le nous / la grande et la petite histoire ».  Ce programme, l’auteure jamais ne lui fera faux bond, son recueil en constitue la plus probante des preuves. En effet, quand nous lisons les vers suivants, comment ne pas saisir à quel point ils participent de cet élargissement de la conscience que promettait plus tôt la pratique du poème bref ? Lisons : « les mots de Nâzim // me clouent à plus-que-moi-même ». Il ne s’agit sans doute pas vraiment d’un paradoxe, mais force est de constater que la chose est assez rare, à savoir un être aussi farouchement déterminé à être soi, à se réaliser pleinement, à vivre en somme le plus librement possible, mais tout en ayant à cœur le destin de ses frères et sœurs. Dans le poème précédent, la poétesse a écrit : « pirate évanescente / je pillerai mon propre cœur // pour l’offrir aux orphelins ». Que j’en vois un sourire et déclarer qu’on ne fait pas de littérature avec des bons sentiments. Un tel souci manifesté à l’endroit des autres honore à mon avis celle qui signe ces vers.

Dans « Lumière aux carreaux », Geneviève Letarte rend hommage à la poète Hélène Monette. Dans de très belles pages, elle fait revivre son amie. Évocations par petites touches des moments précieux vécus par les deux femmes. Le portrait est émouvant, non pas larmoyant, mais tout simplement beau. Letarte écrit : « elle veut que les choses / soient senties / qu’on ne se bluffe pas / les uns les autres / elle veut / de la lumière aux carreaux / elle qui souvent se terre / dans l’ombre / d’un mauvais souvenir ». Curieusement, on se dit que ces deux amies font la paire. Ce qui valait pour l’une vaut encore pour l’autre. De même, qui s’assemble se ressemble même en ce qui a trait aux amours. Dans la séquence précédente, se remémorant la fille de quinze ans la poétesse écrivait « mon amour sera compliqué ». On trouve le vers suivant dans le portrait de Monette : « Elle la compliquée à aimer / voulait de l’amour authentique ».

Et ceci que je détache du reste afin d’en souligner la beauté :

cachottière de tragédies / jusqu’à l’instant de la grande fin / je me demande / a-t-elle lâché prise devant l’éternité / est-elle partie avec l’odeur / d’un champ de camomille après la pluie ?

Je rappelle qu’Hélène Monette était écrivaine. En 2015, un cancer l’emporte à l’âge de 55 ans.

Autre bond dans le temps et l’espace. Voici un nouvel ailleurs. La poétesse voyage. Elle se rendra en Arménie, la voici pour l’instant à « Santa Monica ». C’est le titre de ce quatrième ensemble. Letarte s’y révèle attentive à ce qui se présente à elle. Bien entendu, elle est soufflée par l’immensité de l’océan : « poumons traversés par le vent // ici je ne suis que sensations ». Là « où le soleil est roi », elle « redevient[t] lumière » : « je refais le pacte avec moi-même ». Illuminations, pourrait-on dire ici. Élargissement de la conscience. Mais aussi, comme je l’ai mentionné, sens aiguisé de l’observation. La poétesse possède l’art de rendre visibles et présents le paysage et sa faune humaine. Encore une fois, par touches légères, avec des espèces de microrécits, elle pose son regard sur la réalité et sait la rendre avec simplicité. Encore une fois, poésie immédiate.

« Prière » diffère totalement du reste du recueil, ne serait-ce que par sa facture, sa fragmentation. Comment dire ? Tout cela est franchement beau. Beau de vérité et de sincérité, me semble-t-il, d’ouverture encore une fois, d’ouverture à l’autre, er cette fois-ci à un ailleurs intérieur. Spiritualité laïque, avec ou sans Dieu, Dieu étant une idée. Les vœux de Letarte aspirent à propulser l’homme et la femme au-dessus d’eux-mêmes.

Le titre de cette section est au singulier. Il pourrait être au pluriel. Prières. On peut sans doute lire cette suite sans faire de longues pauses entre chacun de ses distiques — parfois un fragment compte un seul vers, rarement trois —, mais quoi qu’il en soit, chaque fragment est en soi une perle de sens, une fleur de pensée qui éclot. Certains forcent l’arrêt de la lecture, justement par leur densité qui impose un silence afin qu’on les puisse absorber pleinement. Ils nous rejoignent, donnent à penser, nous touchent : « Que la danse t’habite / jusque dans l’immobilité » : « Que l’intelligence / soit sœur de la grâce » : « Que la vieille dame assiste / au miracle de la rose ».

Je laisse les lecteurs découvrir les autres prières et n’en cite plus qu’une dernière : « Que la poésie soit porteuse de sens ». À n’en point douter, l’auteure dans son recueil prêche par l’exemple. En témoigne la section suivante, celle que la poétesse intitule « En Arménie ». Même constat ici. Cette écriture est efficace. Letarte sait voir et rendre de manière saisissante ce qu’elle voit. Elle parvient à s’emparer de ce nouvel ailleurs et à le faire tenir ici, en quelques mots, souvent poignants, sur les pages de cette espèce de carnet de voyage où elle collige les faits marquants de son séjour en Arménie, les impressions fortes, « le souvenir encore vif / qui dure dans le prisme des yeux ». Les pages de cette section sont denses par leur contenu, par leur référent aussi, mais le style demeure limpide; la poésie encore une fois se révèle immédiate.

Le monde est vaste, il étourdit. Sa diversité interpelle. Voici la « narratrice » secouée dans un autocar par les heurts de la route. Devant elle se dressent des ruines, des montagnes; elle traverse « des terres arides et silencieuses », aperçoit des « villages pierreux […] / surgis de nulle part / comme dans un film d’Europe de l’Est ».

La conjonction du « je » intime et du « nous » collectif opère à nouveau dans ces quelques pages, à vrai dire fort brillamment. L’auteure qui dans presque toutes les suites de son recueil recourt à l’anaphore, reprend ici un même refrain : « Qui suis-je ici ». À quoi elle répond une première fois : « moi écrivaine québécoise /plus ou moins anonyme / une femme perdue dans l’imbroglio de sa propre / histoire ». Puis quelques strophes plus loin, elle a cette réponse : « moi la femme avec une ombre sur le visage ». Cette interrogation, ce face-à-face avec soi-même à l’autre bout du monde ne se fait pas au détriment d’une réalité dont elle a pleinement conscience, tandis que « l’on aperçoit au loin la frontière turco-arménienne / surveillée par des soldats russes ».

Au moment où je rédige les derniers mots de cette petite étude, l’année 2020 s’apprête à nous quitter. Dans quelques heures son dernier soleil se couchera derrière les bureaux d’arrondissement du quartier où j’habite tel « un voyageur immobile au milieu de sa vie ». Il me semble que les circonstances sont propices à une petite offrande. À vous lecteurs et lectrices, je propose une pause. Je fais silence. Un peu abruptement, je mets fin à mon commentaire.

Je vous laisse à la joie d’aller découvrir par vous-même « L’été canicule » et la « Ballade pour Marina », les deux dernières suites de Mes ailleurs. Vous y trouverez de la poésie immédiate, beaucoup de beauté. L’auteur finalement vous incitera à penser « pour résister à la tyrannie » et elle vous rappellera que « le temps ne vaut rien en dehors de l’amour ».  

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

2 commentaires sur « Geneviève Letarte : Mes ailleurs : Poésie :Éditions des Forges : 2020 »

  1. «Le souffle d’un poème ne déplace pas de l’air. Le vide n’est pas son affaire».
    Peux-tu comprendre que le voisin au pinceau est complètement soufflé par ton analyse poétique appréciative.
    Merci de nous donner accès ainsi aux poètes québécois.

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