Pierre Lepape : Ruines : Essai : Verdier : 2020

Quand on a toujours associé la vie à la littérature, l’adieu à celle-ci serait-il une forme d’adieu à celle-là ? André Major

Je viens de lire un petit livre fort séduisant. En fait, j’ai lu ses 138 pages deux fois plutôt qu’une. Il s’agit de Ruines, un essai de Pierre Lepape.

Lire est agréable. Comprendre n’est pas toujours facile. Présenter une œuvre s’avère souvent difficile. Un livre aussi agréable à lire que Ruines et de surcroît facile à comprendre, tant il est clair et se suffit à lui-même, n’appelle pas forcément le commentaire, lequel risque de le dénaturer en l’aplatissant. Il appelle la lecture, un point c’est tout.

L’auteur est un classique, en ce sens où il trouve les mots justes pour exprimer sa pensée. Une remarquable concision caractérise la prose de Lepape, si bien que tenter de faire la synthèse de son propos risque de s’avérer redondant. Il s’est lui-même chargé de cette tâche. Du reste, si l’auteur ne dit rien de trop, couper dans son ouvrage revient à se priver d’une trop large part de ses richesses. On perd des perles en soustrayant quoi que ce soit à un matériau que l’auteur a déjà réduit à sa plus simple expression.

À la qualité intellectuelle de son travail correspond la qualité de l’écriture. Celle-ci est sobre et efficace, cet excellent prosateur recourant à des outils langagiers qu’il maîtrise à la perfection. C’est qu’il a affiné la pratique de son art durant plus d’une cinquantaine d’années. Sa feuille de route est longue. Journaliste, il a tenu entre autres le « Feuilleton » du Monde des livres et collaboré au Magazine littéraire.

En deux mots, Ruines rend compte d’un déclin, d’une agonie. La littérature se meurt. La littérature, célébrée depuis l’avènement de l’ère industrielle, laquelle a porté la bourgeoisie au pouvoir dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, a subi au fil du temps de profondes et graves mutations, lesquelles l’auront finalement totalement aliénée. Telle est en gros la thèse soutenue par l’auteur.

Mort de la littérature ! On a entendu pareilles prophéties des centaines de fois. Des sornettes, osera-t-on dire. On croira que Lepape délire. La lecture de son essai nous convainc aisément du contraire. Non seulement ce dernier nous ravit-il, mais plus encore, les solides arguments de l’auteur finissent par nous ébranler.

Surtout, l’histoire qu’il raconte s’avère franchement passionnante.

Je dis que l’auteur raconte une histoire. Un peu à la manière d’un romancier. D’un romancier qui aurait grand souci de la réalité, qui ne la limiterait pas qu’à un seul individu ou un tout petit groupe. Son regard couvre en fait un vaste panorama. Celui des lettres françaises. Mais également celui du monde qui influe sur la littérature et qu’en retour la littérature informe. Ce que l’écrivain analyse dans son essai, ce sont les transformations de nos sociétés en ce qu’elles ont profondément modifié la littérature. Ce qui l’intéresse, ce sont les liens que tressent entre eux langue, pouvoir et littérature.

On se souviendra peut-être que ce monsieur est un historien de la littérature. Pour être plus exact, il conviendrait de dire qu’il est un biographe aguerri, que ses ouvrages sur Diderot et Voltaire sont solides, remarquables, qu’ils se lisent comme on lit les romans lorsque ceux-ci sont passionnants. Ces biographies, il y a longtemps de cela je les ai lues, sans cependant prêter vraiment attention à leur auteur, sans me soucier de retenir son nom. C’est qu’il avait l’intelligence et la générosité, sinon l’humilité de s’effacer, afin de mettre en valeur les auteurs au service desquels il prêtait sa plume.  

À vrai dire, de Lepape j’ai surtout dévoré Le Pays de la littérature, dont le sous-titre est Des serments de Strasbourg à l’enterrement de Sartre. Cet ouvrage volumineux m’a si profondément marqué, instruit et diverti que j’ai alors retenu le nom de l’auteur. Si bien qu’à la sortie de Ruines, une dizaine d’années plus tard, je me suis précipité en librairie, poussé par la curiosité, convaincu que ce dernier ouvrage ne saurait me laisser sur ma faim. J’avais vu précédemment en Lepape quelque chose comme un excellent écrivain. Je ne me trompais pas. J’ignorais cependant qu’il allait un jour rédiger un ouvrage aussi intime. En effet, Lepape s’y raconte. Lui qui a si bien raconté la vie des autres, le voici maintenant qui entremêle l’histoire du lecteur qu’il a été à l’histoire de la littérature. Ce faisant, il montre, si besoin était, que la littérature contribue à façonner les hommes et les femmes que nous sommes.

L’auteur explique que les écrivains de la seconde moitié du dix-neuvième siècle ont été les « prisonniers […] de la logique des ruines » Il dresse un parallèle entre les ruines de l’histoire et celles qui après le règne de la littérature témoignent aujourd’hui de sa lente agonie.

Le livre s’ouvre sur l’immédiat après-guerre. Son premier chapitre s’intitule « Poussières et décombres ». Sa première phrase se lit comme suit : « La guerre est ce dans quoi nous sommes nés. La destruction a dessiné notre enfance. J’appartiens à une génération poussée dans les ruines. »

En 1945, Le Havre est une ville fantôme. C’est ici que grandira Pierre Lepape. Il sera bientôt porté par l’espoir que lui insufflera la découverte de la littérature. Dans son cheminement d’homme et de lecteur, il se construira au gré des évolutions et révolutions de la chose littéraire, étant contemporain non seulement de celles alors en cours, mais également de celles qui au fil des siècles ont marqué l’histoire de la littérature française. Dans Le Pays de la littérature, Lepape affirme que Jean-Paul Sartre a été le « grand prêtre et le premier athée » de cette forme de « religion » nationale qu’est la littérature. Dans Ruines, c’est en usant de termes identiques qu’il revient sur le prestige de la littérature.

L’auteur compare la littérature française à une grande cathédrale nationale. Autrefois rayonnante, aujourd’hui désertée. Les « quatre piliers traditionnels de la croyance [sont] l’image de l’auteur, l’image du public, l’image de l’œuvre et l’image de la littérature elle-même comme ce qui garantit et authentifie le lien des trois premiers éléments à une époque donnée. » Un peu comme dans Le pays de la littérature, mais en les survolant cette fois, l’auteur nous fait parcourir les grandes périodes de la littérature, principalement celles des plus récentes décennies, du classicisme à aujourd’hui. Il signale, dans les transformations qu’a connues la littérature, celles qui auront contribué à l’ériger en dogme et en puissance et, comme le titre de l’ouvrage le suggère, celles qui par après ont précipité son déclin et sa chute.

Il y aurait donc eu un « âge d’or » de la littérature. Mais Lepape n’utilise pas ces termes. Et rarement voit-on dans son ouvrage apparaître le mot « nostalgie ». Lorsqu’il parle de nostalgie, c’est au sujet des rares fidèles du culte littéraire qui sont aujourd’hui désenchantés, désemparés par la disparition de la littérature. Si le mot est rarement utilisé, le sentiment de nostalgie ne s’en dégage pas moins à travers l’ensemble de l’essai. Ce sentiment est à l’origine d’un propos qui à la fin de l’ouvrage devient quasiment un chant. Il y a chez Lepape quelque chose qui est de l’ordre d’un chagrin d’amour, stoïquement enduré, purement et sobrement exprimé.

Mais que s’est-il passé pour que la littérature en arrive à ce point ? À un tel rétrécissement ?

Il n’en a pas toujours été ainsi, mais la littérature fabrique désormais des produits qui ont perdu la cote. Certains prometteurs des biens culturels parlent à leur sujet de « livres gris », puisque leurs pages « offrent à la vue un paysage uniforme et plutôt désolant ».  Ces objets sans images que sont les livres ressemblent à de vieilles reliques. Le livre est chose du passé.

De la littérature glorieuse des années trente, l’auteur peut écrire : « La religion littéraire a ses rois, ses prophètes et ses mages qui sont les « grands » écrivains. Elle a ses institutions — les académies, les prix, les salons —, son clergé, haut et bas — les auteurs, les éditeurs, les libraires, mais aussi les imprimeurs, les typographes, les correcteurs, les illustrateurs, les ouvriers du livre, les critiques —, ses desservants, ses lieux de culte : les bibliothèques, les librairies, mais aussi les revues, les théâtres, les rencontres, les lectures publiques, tous ces endroits où se manifeste la croyance littéraire et où se rassemblent les fidèles. »

Or cette époque, celle de Gide, le grand pontife, est révolue. La Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme qui ne fut pas étranger à son déclenchement, l’occupation, la collaboration, la résistance, l’épuration, la guerre froide, pour tout dire la politique et les grands brassages idéologiques du siècle ont tous percuté le système littéraire. Ébranlée par maints coups de boutoir la grande cathédrale des Lettres françaises n’a pas été épargnée par les fléaux de l’histoire. Lepape examine les aléas des diverses crises qu’a traversées la littérature. Elles n’ont pas eu que des causes sociologiques; les forces de la nouvelle économie et les progrès de la technologie ont également contribué à diminuer cette peau de chagrin.

La naissance du cinéma a ébranlé le temple. Il se produisit avec son arrivée ce que l’essayiste appelle un transfert : « C’est le cinéma désormais qui était le centre vivant de nos passions et de notre lecture de la vie — et moins les livres. Il y avait sans doute dans ce transfert une part de paresse : il semblait plus facile de s’asseoir dans un fauteuil, fût-il bancal, pour y voir défiler des images que de décrypter des lignes de signes imprimés sur une page. »

Un autre bouleversement survient avec la naissance de la radio commerciale. La radio publique laissait entendre une langue française châtiée, respectueuse des normes grammaticales et dont la qualité se rapprochait somme toute de celle prescrite à l’écrit. La langue en usage à la radio publique était élitiste, elle manifestait en quelque sorte les goûts de la bourgeoisie. Avec la radio commerciale, on assiste à un retour en force de l’oralité. La modernité s’installe avec le choc des cultures qui voit le divertissement populaire l’emporter sur le décorum plus austère régnant à la radio publique.

L’une des plus radicales transformations qu’aura connues le pays de la littérature au siècle dernier se rapporte à la grande aventure de la NRF. Ses fondateurs, Gide et Schlumberger, ainsi que ses principaux artisans, Rivière et Paulhan avaient animé l’une des plus importantes revues littéraires d’Europe, assurément la plus riche de France. Mais après qu’eurent résonné sur les pavés de Paris les bottes allemandes, la NRF et l’ensemble de l’édition française durent se plier aux diktats de l’occupant. Lepape brosse ici une fresque épique, c’est que les Lettres sont alors en proie à une lutte intestine sans pareille. Il évoque les affrontements, les jeux de coulisses, les intrigues où les principaux protagonistes du Paris littéraire tentent de tirer leur épingle du jeu. En 1940, les éditions Gallimard sont mises sous scellés. Les autorités allemandes y comptent trop de Juifs, de communistes et de francs-maçons. Entre collaboration et résistance, l’on voit se profiler les émules de Staline ainsi que les thuriféraires d’Hitler, l’on voit Drieu s’emparer du temple et Paulhan tenter d’en sauver les meubles.

Les pages que consacre Lepape au monde de l’édition sont tout aussi passionnantes. Là aussi, suite aux conflits de la Seconde Guerre, se produira un glissement spectaculaire. L’auteur décrit ainsi cette nouvelle mutation : « Les différences esthétiques, idéologiques ou sociologiques qui, avant la guerre, opposaient entre elles les maisons d’édition, étaient vécues comme autant de rivalités symboliques qui animaient et enrichissaient un espace de haute civilisation, celui de la liberté de l’esprit et de la création. L’Occupation et la collaboration ont détruit ce grand mythe pour le remplacer par l’image sordide de petits entrepreneurs, certes toujours prodigues en discours ronflants, s’affrontant sans scrupule pour la victoire de leurs intérêts. » 

Après la Libération, entre autres facteurs de changement, l’on assiste à l’invention du Livre de Poche. C’est un pas de plus dans le processus de la démocratisation des Lettres. À proprement parler, il s’agissait d’une révolution marchande. Cette révolution contribua à substituer à la notion d’œuvre celle de marque, le livre devenant un simple produit parmi tant d’autres. « Née à l’âge démocratique dont elle est l’expression spirituelle dominante, la littérature n’a jamais cessé de souffrir de cette contradiction qui fait voisiner l’exigence d’une liberté absolue de la création et la soumission des œuvres aux lois du marché. »  La production littéraire est donc désormais entrée dans l’ère industrielle, elle obéit maintenant « à des logiques nouvelles, celles de la culture de masse. » La religion littéraire est passée aux mains des profanes, elle se confond dans « le vaste magma des médias de masse ».

En 1958, de Gaule crée le ministère de la Culture. La culture devient du coup « un puits sans fond où se jetaient, selon les hasards de la mode et les promotions du marché, toutes les activités de loisirs et les velléités de bricolage. » Lepape parle d’une « grande marmite culturelle » dans laquelle iront se noyer les livres : l’auteur dénonce non sans ironie cette « grande flaque du bouillon de culture ». On aura saisi l’allusion à la célèbre émission télévisuelle qu’animait le non moins célèbre Bernard Pivot.

L’auteur sait se montrer amusant. Un zeste de satire ajoute du piquant à son propos : « Désigné par l’ancienneté, parfois aussi par les titres et la réputation, le clergé supérieur comprenait les académies, les jurés des prix et la corporation de la critique. Il s’agissait d’une sorte d’anachronisme prolongeant l’ancien régime aristocratique des Lettres dans l’époque démocratique. Dans le cas de l’Académie française, la plus ancienne de ses institutions, des hommes de plume — pas forcément des écrivains — se cooptent, dans une aimable compagnie pour discuter entre eux des moyens d’illustrer la langue française. Ses membres portent un habit vert brodé d’or. Ils se manifestent lorsque des anarchistes prétendent autoriser les enfants des écoles à écrire nénuphar avec un f; ce qui est trahir le génie national. »

À la fin de son essai, l’auteur revient sur l’ensemble de sa carrière. On aura compris qu’en embrassant le monde de la littérature, il avait moins opté pour un métier que pour une sorte de sacerdoce. Il avait pourrait-on dire la vocation : « J’ai écrit sur mes lectures pour essayer de créer des ponts entre les écrivains, leurs livres et la masse potentielle de leurs lecteurs. Avec cette conviction que j’essayais de faire partager que la littérature englobait aussi son histoire, celle de la langue et de ses usages, celles des manières de lire : un outil irremplaçable pour comprendre la vie. »

 « J’ai essayé, comme bien d’autres, de défendre l’autonomie de la littérature dans les tribunes qui m’étaient confiées par les journaux. J’ai écrit des livres qui, tous, s’interrogeaient sur le pouvoir spécifique des mots et de la littérature à éclairer l’humanité — et peut-être à la changer. »

Le constat tragique de Ruines se fait au nom d’une conception de la littérature qui veut que celle-ci joue un rôle civilisateur : « Il nous semblait que la littérature était éternelle, aussi vieille en tout cas que l’humanité dont elle éclaire le chemin. »

Certaines pages de cet essai sont éblouissantes. L’auteur s’y montre au sommet de son art. Un demi-siècle de lecture et d’écriture aura fait de lui le brillant écrivain qu’il est. Dans son dernier chapitre, l’auteur emprunte un ton presque lyrique. Il est éloquent sans toutefois recourir aux grandes orgues, avec peu de trémolos dans la voix. Comment le dire autrement ? Il écrit des pages d’anthologies où le fond justifie la forme, où la forme sert le fond avec brio. Mais c’est là plus que du brio, plus que de l’élégance, c’est de la littérature tout simplement. Et malgré le fait que ces pages énoncent tristement l’acte de décès de la littérature, cette moribonde y semble ressusciter de ses propres cendres.

Oui, c’est à la fin de l’ouvrage que la force expressive atteint son plus haut période. Celui qui a répété tout au long de son ouvrage que la littérature a jadis été une religion, devient pourrait-on dire son dernier apôtre. Dans la cathédrale quasi déserte, il monte en chaire pour prononcer sa vivante oraison funèbre, laquelle a tôt fait de réanimer le cadavre qui dormait dans son cercueil.

Nostalgie ? Oui, sans doute. Mais au milieu de la dévastation, un discours aussi vigoureux témoigne malgré tout de la persistance de la littérature. Tant que des écrivains comme Lepape veilleront au grain, on verra parmi les ruines et la poussière resurgir çà et là des herbes sauvages. La littérature ressemble à un champ d’orties.

*

Dans Les Pieds sur terre (carnets 2004-2007), André Major consacre le paragraphe suivant à ce qu’il appelle « la marginalisation de la littérature de qualité ». Je le cite en raison de l’écho qu’il offre aux Ruines de Lepape.

À la fin de Mon Tchékhov, Alexandre Zinoviev évoque ceux qu’il appelle « les héritiers de Tchékhov », ces écrivains qui doivent composer avec ce qu’est devenu le métier à l’ère du postcommunisme, à savoir une littérature « devenue un phénomène de masse » et qui « s’est transformée en une industrie soumise à toutes les lois du marché ». Dans un tel contexte, le « lecteur cultivé au sens ancien de ce mot est devenu très rare et il est perdu dans la masse des lecteurs littérairement primitifs ». Et Zinoviev de constater que « la publicité et l’affût du sensationnel des moyens d’information de masse ont écarté le talent littéraire », avec pour conséquence qu’on juge un écrivain en fonction non plus « de son apport à la création littéraire », mais des « goûts et des besoins de certains cercles qui, dans la société, possèdent une influence sur le sort des écrivains et de la production littéraire ». Ce constat remontant à la fin des années 1980 ne s’applique malheureusement pas à la seule Russie, mais à l’Occident tout entier. S’il est vain de se désoler de la marginalisation de la littérature de qualité, il n’en reste pas moins nécessaire de permettre aux lecteurs exigeants d’avoir accès à une littérature digne de ce nom.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

6 commentaires sur « Pierre Lepape : Ruines : Essai : Verdier : 2020 »

  1. Merci Daniel pour ce commentaire et cette suggestion de lecture. J’ai hâte de m’y frotter. J’ai cependant l’impression que la vision de Lepage est celle d’un Français qui imagine la littérature à partir du territoire et de la culture de la France. Je ne suis pas certain qu’on assiste à la mort de la littérature comme un déclin de la littérature française… Je crois que la littérature se porte mieux ailleurs, dans les pays scandinaves, au Québec, au Portugal, en Italie…

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    1. Merci Claude. Je reproduis ci-dessous la réponse que je t’ai faite sur Facebook. Principalement afin de partager la citation sur Soucy : Lepape écrit un livre sur ses rapports avec la littérature française. Il s’en tient à elle uniquement. Quant à la santé de la littérature dans le reste du monde, je ne peux pas me prononcer sur ce sujet. Mais puisque tu parles du Québec, il y a ce qui suit qui te montrera qu’il porte aussi un regard sur ce qui se fait ailleurs, notamment ici. C’est un ami qui m’a fait parvenir la chose. La voici : «Gaétan Soucy s’impose aujourd’hui parmi les meilleurs romanciers d’expression française et, sans doute, la plus incontestable révélation de ces dernières années.» Pierre Lepape, Le Monde

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  2. Thématique qui me rappelle l’époque où on me fit travailler sur la querelle des Anciens et des Modernes! Ou encore «Dans mon temps les jeunes étaient beaucoup mieux élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui»! Heureusement nous sommes dans un monde qui permet que la grandeur et la perfection bougent, se transforment, qui même valorise, parfois à l’excès bien sûr…, que les critères de référence soient toujours en mouvement, comme la vie d’ailleurs. Comme tout ce qui survit, la grande littérature se réinvente, sûrement en bousculant ses institutions et leurs pontifes, mais elle est à résoudre l’immense paradoxe de garder sa noblesse tout en se démocratisant!

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