Jean-Noël Pontbriand : Laissez passer l’ombre le cheval suivra : Poésie : Écrits des Forges : mai 2020

Les poèmes de Jean-Noël Pontbriand atteignent aujourd’hui l’âge de la parole. S’ils ne datent pas d’hier, ils sont d’une certaine époque, assurément actuelle, encore la nôtre, où pour certains il importe que les poèmes disent quelque chose, offrant à leur lecteur des mots qui puissent éventuellement faire entendre une parole.

L’auteur de ce recueil n’en est pas à ses premières armes. Sa voix est celle de la maturité, presque du grand âge. Elle appartient à un courant dont la puissance s’est révélée à la fin du dernier siècle. Les compagnons et les compagnes du poète ont pour la plupart donné le meilleur d’eux-mêmes à partir des années soixante-dix. On entend presque l’inflexion de leurs voix dans ce recueil. On reconnaît une manière, on pourrait dire une certaine tradition. Des thèmes communs sont traités dans un style qui n’a rien perdu de sa vigueur.

Pontbriand est un homme instruit. Il connaît les limites du savoir. Pour lui, existe un trésor antérieur, donné à la naissance, un bien précieux, celui de l’enfance, un émerveillement en quelque sorte premier, une manière d’ouverture à ce qui devant pourra se déployer. Or chez la plupart, assez rapidement, comme l’affirmait un André Breton, cette sorte de grâce est sacrifiée au moment du « dressage ».

Chez Pontbriand sont rejetés « les mots vidés de leur substance ». C’est l’usage courant, mais l’on peut également penser à la méfiance avouée d’un Bonnefoy à l’endroit de la conceptualisation. C’est qu’il faut que les « mots s’abandonnent ». Le poète est celui qui renonce aux « mots usuels », qui tente de renouer avec « le langage des étoiles / fidèles compagnes de [ses] rêves ». Mallarmé souhaitait donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Pontbriand désire que les mots soient « pris en charge par l’immensité du cosmos », de manière à ce que la quête du poète puisse aller de l’avant et mener ce dernier, c’est-à-dire l’homme tout entier, au-delà de lui-même : « Quand s’exprime la fureur, les mots sortent de l’ombre, l’homme de sa torpeur. Prise en souricière entre deux plages d’un écran cathodique, s’augmente la tension nécessaire à l’éclosion des mots tenus en laisse par la peur de l’inédit. »

On le voit, ne serait-ce qu’avec ce dernier poème, l’homme tout comme les mots tenus en laisse est en quelque sorte lui-même prisonnier, prisonnier de sa misère. Il est victime de sa torpeur, autrement dit, condamné à l’immobilité : et il est en grande partie responsable de cette paralysie. Tout concourt à le freiner, à le retenir dans les rets de ses habitudes, de ses maigres certitudes, de sa frayeur.

La science est limitée, malmenée dans ce recueil. On ne saurait tout à fait recourir à ses lumières. Ces dernières ne suffisent pas. La science semble aller de pair avec les statistiques, la comptabilité où s’enferrent les morts en ne songeant qu’à accroître leur bien-être, qui est en réalité leur mal de vivre. En perdant le trésor de l’enfance, ils se sont perdus. Leurs yeux ont perdu de vue le ciel immense, ses étoiles. Le poète ne retrouve la lumière qu’après « une longue absence » : « Après une longue absence, te voici revenu sur le perron de l’enfance à regarder passer les mots sur la ligne lumineuse remplie d’anges en liesse et de lotus fleuris sur les étangs de l’être. »

Ces retrouvailles ont lieu à la fin du recueil. Elles sont annoncées dans la première partie où l’on peut lire le vers suivant : « la clé perdue d’un paradis à venir ». Elles sont rendues possibles grâce à la parole : « La parole un jour surgira sans prévenir des mots usés par la coutume et rongés par le vide qui remplit ta vie et gruge ton espérance d’être un jour celui que tu es sans le savoir encore. » Cette citation est dense et chargée de sens. On y aperçoit un paradoxe, figure du reste plutôt abondante dans le recueil, il s’agit de ce vide qui remplit l’existence tout en détruisant l’espérance. Autre paradoxe : devenir enfin ce que l’on était déjà. Je dis paradoxe, ce qui ne signifie pas, bien au contraire, incohérence ou délire. Comme dans tout bon recueil, où les choses se tiennent et entretiennent entre elles de subtils rapports, ce poème pourrait on dire est une partie du recueil qui le contient tout entier. Autrement dit, elle le résume, en révèle le propos et la substance.

Ce qu’on était déjà : l’enfant à la rencontre de la Sybille, un enfant hélas ! vite perdu de vue, oublié, gommé par le dressage social, l’idéologie, la conceptualisation, l’économie, la matière telle qu’elle se vend dans les grands châteaux du commerce (le « centre d’achat [où l’on côtoie] le néant qui hurle dans les allées de la consommation »).

Ce qu’on était déjà : un enfant attentif aux refrains chantés par sa mère. La première poésie ainsi que la douce musique initiaient en lui le mouvement, nourrissaient son désir de lumière, favorisaient la rencontre future avec la parole.

La parole entretient des liens mystérieux et lumineux avec la quête, avec le vent et le mouvement de l’être en marche vers sa plus grande naissance. La Sybille correspond à la clé perdue d’un paradis à venir. La prophétesse, la devineresse tend cette clé au poète. La poésie se fera en quelque sorte résolution de l’énigme.

Dans le poème liminaire, important en ce qu’il trace par avance la route qu’empruntera le poète dans sa vie ainsi que dans ses écrits, Pontbriand dit en toute simplicité ce que développera de manière plus globale l’ensemble de son recueil : « J’ai rencontré la Sybille / au milieu des refrains que chantait ma mère / lorsque j’étais enfant. // Le vent soufflait dehors / la neige s’accumulait sur les toits. /Les anges volaient autour d’une voix inconnue qui résonnait / au fond de mon silence où s’écrivaient des mots / en attente d’une parole qui les éveillerait ». Curieusement, alors que le poète ponctue certaines phrases de ce poème, et alors qu’il termine tous les poèmes de son recueil par un point, le texte d’ouverture s’achève sur cette absence que je ne saurais trop à quoi attribuer. Négligence, oubli, ou bien tout au contraire manifestation volontaire d’un quelque chose qui serait de l’ordre d’une ouverture, d’une fin différée qui serait sans fin, d’un mouvement perpétuel ? Ce détail est sans doute peu important. En revanche, ce qui suit ne l’est pas. Dans ces tout premiers vers, le poète laisse entendre qu’un lien étroit existe entre le silence, la voix (inconnue), les mots et la parole.

Des mots, nous avons pris soin de dire la méfiance du poète à leur endroit. Ils figent les choses, arrêtent quasiment la pensée dans ce qui sinon favoriserait son déploiement. Je dis pensée, je devrais dire mouvement de l’âme en quête de lumière. Seul parviendra à donner sens aux mots ce que le poète nomme parole.

Je comprends par ce poème qu’il y aurait une manière de pacte remontant à l’origine. Ce pacte scelle dans l’innocence première une relation, une complicité de l’âme avec l’inédit. Il établit une connivence entre l’être et son aspiration à la parole, à la lumière dont elle est porteuse lorsque libérée de l’inertie des mots, échappée à leur seule conceptualisation : je renvoie ici encore à Bonnefoy et à son merveilleux ouvrage, L’écharpe rouge, dans lequel il cherche à dégager la poésie du langage qui tend à la maintenir dans les ornières de l’idéologie. 

Je remarque enfin au passage la présence des anges. Ils inscrivent le poème et, avec lui, le reste du recueil dans un héritage qui n’est pas sans rapport avec le christianisme. En effet, l’idée d’une naissance de soi au-delà de soi-même, autrement dit ce qui advient de soi une fois qu’on a laissé passer l’ombre, cette émergence qui voit enfin l’être s’arracher des ténèbres, des entrailles de la forge où s’est élaborée la parole, voilà qui n’est pas très éloignée de l’idée d’une résurrection, de l’avènement du royaume.

Je viens d’évoquer le titre : Laissez passer l’ombre le cheval suivra. J’ai également mentionné pour une première fois le thème de la forge. Je veux en parler maintenant tandis que le cheval du titre broute pour l’instant l’herbe des étoiles.

La forge est une image, une métaphore filée dans l’entièreté du recueil. Ce leitmotiv procède de l’allégorie. Tout comme le cheval auquel nous reviendrons. Je l’ai mentionné plus haut, je le répète ici : dans un texte qui se tient vraiment, les divers éléments dont il est constitué sont indissociables les uns des autres ; leur agencement crée du sens. Les « symboles » entretiennent entre eux de subtils rapports.

Après le poème liminaire, le lecteur découvre dans les tout premiers vers du recueil « devenus métal en fusion des mots [qui] s’écrivent emportés /par le texte. » Nous sommes au cœur déjà de la forge. Lieu de l’élaboration de la parole. Bien entendu, le lecteur ne saisit pas immédiatement la portée de ces mots. Ce sont des mots denses qui dans leur agglutination révèlent leurs significations au fur et à mesure du filage de la métaphore. D’abord météorite, à force d’être frappée par le marteau du forgeron, la métaphore finit par livrer tout son sens. Il faudra cependant pour accéder à ce sens accueillir les unes après les autres les images du poème. Pour la plupart, elles puisent dans le champ lexical du verbe, un verbe qui ultimement se fera chair — nous y reviendrons. Un des champs lexicaux, peut-être le plus important, est donc celui du discours : mot, texte, silence, parole, grammaire, syntaxe, page, hiéroglyphe, langue, voix, calembour, poème, poète, discours, inédit…  

Souvent un lecteur se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. Il s’empresse de trouver ce qu’il désire : de la beauté, évidemment du sens, une certaine musique et quoi encore ? Il ne prend pas toujours suffisamment le temps de lire, de s’arrêter aux mots, aux vers du poète. C’est par une habitude que la prose impose, elle qui va droit au but, qui aplanit la démarche du locuteur, qui éventuellement indispose l’interlocuteur lorsque les mots comme par eux-mêmes finissent par s’emparer du texte, ce qui est le cas en poésie. Laisser l’initiative aux mots : on a vu Mallarmé réclamer une telle attitude. Depuis, à vrai dire bien avant lui, s’agissant de poésie les lecteurs adoptent souvent l’attitude de l’éléphant. Ils brisent tout, prenant soin ensuite d’accuser l’artisan de fabriquer et d’offrir des pièces défectueuses. On trouvera peu de défauts chez Pontbriand, en tout cas nul ne pourra lui reprocher de ne pas voir au grain de son texte. Bien entendu, « d’ombre sont les mots qui naissent aux abords du silence. »

Le cheval du titre, ce cheval qui suivra l’ombre que l’homme aura laissée derrière lui, vient de bien loin. Il trouve son origine dans la tradition. Nous apprendrons dans le dernier poème du recueil qu’il est directement « sorti de l’Apocalypse ». C’est un cheval qui ne s’est pas laissé « endormir par les mots vidés de leur substance ». Un cheval qui symbolise une lutte, une traversée. Ai-je dit plus haut qu’il broute le champ des étoiles ? Ai-je également écrit que l’enfant s’abreuve au lait des étoiles de la Voie lactée ? Il se pourrait que dans mon enthousiasme je me sois emporté. C’est que tout se tient, et le cheval et l’enfant, et la forge et la parole. Cette parole qui à la fin du recueil devient la Parole, et cette capitale s’augmente de figurer dans une expression qui en reformule une autre, consacrée celle-ci, sacrée, qui veut qu’à la fin des temps l’homme prenne place à la droite du Père.

Suis-je entrain de dire ici que ce recueil pourrait occuper une place parmi les ouvrages religieux de notre bibliothèque, figurer quelque part entre les livres d’un Fernand Ouellette, ceux d’un Jean-Marc Fréchette ou d’une Rina Lasnier ? Pas tout à fait. Je souligne simplement moins une parenté qu’une démarche, humaine, celle qui pousse l’être à advenir à mieux que soi, à changer le monde en y faisant advenir ce que nous pourrions appeler un Nouveau Monde, situé on ne saurait trop dire où, mais qui comme l’indiquent les derniers mots du recueil « s’élèvera sur les ruines de l’homme au milieu de nulle part. »

À nouveau la forge, son métal. À nouveau l’homme, ainsi notre poète désigne-t-il le sujet, d’une manière quasi philosophique, voire intemporelle : « le métal résonne au creux du paysage / l’homme espère un jour siéger à la droite du soleil. » Je rappelle qu’à la fin du recueil, il est question « de séjourner à la droite de la Parole ». Dans un poème où est évoqué l’Aigle de Patmos —il s’agit de Jean le visionnaire—, l’auteur de l’Apocalypse « assume la parole faite chair / sauve l’homme de lui-même / et la divinité de sa solitude ». Pas de point après le mot solitude, le dernier mot du poème : ce qui m’incline à penser que l’absence de point final dans le poème liminaire est peut-être due à une distraction. Un détail de cet ordre ne peut avoir d’incidences sérieuses sur le sens global du recueil. Passons, mais non sans d’abord mentionner que l’auteur à nouveau déforme une expression consacrée : le Verbe s’est fait chair.

Un des principaux thèmes du recueil est le mouvement. Le cheval participe de ce mouvement. Il symbolise la traversée. Nous l’avons mentionné, il émerge de l’ombre, celle où se forge la parole. Le mouvement est également celui du vent. Il est celui du fleuve qui avance et finalement se déverse dans la mer. L’homme entreprend une quête. Les poètes la réalisent ou du moins en fournissent une représentation, ils sont en mouvement : « Les poètes accueillent la parole / entre les mots posés comme des bornes / tout au long du chemin conduisant vers la mer. » Quelques pages plus loin : « le poète descend le fleuve jusqu’à la mer. » Ce faisant, il retourne en quelque sorte à ses origines. Rappelons-nous : il s’agit d’advenir enfin à ce que nous sommes : cela demande à l’ «enfant qui marche dans la lumière » une certaine dose de courage.

L’audace est un autre thème du recueil. De la même manière que « mot » apparaît fréquemment, le verbe « oser » est souvent répété. C’est le premier verbe du premier poème. Il apparaît dans le premier vers : « Qui osera ouvrir les vannes dans les mains du poète ». À cette question, on ne s’étonnera pas que la réponse la plus pertinente soit la suivante : c’est le poète lui-même, et il osera la parole dans le but de renouer avec lui-même et de s’accorder alors à la « présence » qu’il réclame : « Épris de silence et d’abandon, le vertige éclôt dans le cœur de quiconque s’avance, aux portes d’une épopée de courage prise en charge par celui qui ose la parole au milieu des morts. » Plus loin : « Le sang coule dans les veines de qui ose se laisser prendre par la parole. » Et puis : « Les vents naissent au flanc des glaciers devenus fantôme qu’il faut affronter pour connaître l’originelle naissance de la terre liquéfiée dans une forge remplie de lumière incandescente ; le soleil s’y révèle à celui qui ose regarder par la fenêtre. » L’on tourne quelques pages : « Quelle langue ose s’avancer dans la mer pour en goûter la présence et puiser le sel nécessaire à la conservation des mots dans les barils de la mémoire. » Et : « Malgré les matins étranglés par la misère, le sang coule dans les veines de celui qui ose prendre la parole au milieu des morts. »

Dans C’est moi qui souligne, Nina Berberova écrit : « Comme les mots d’une poésie, ils se contentaient d’exister et de signifier, sans pour autant mener quelque part. » Chez Pontbriand, la poésie doit mener quelque part, sinon elle rouille. La rouille menace le fer immobilisé. Or le poème est forge, labeur. Avec lui, il s’agit d’émettre et faire entendre une parole qui remonte à l’enfance : « J’en reviens constamment à cette phrase qui me trotte dans la tête depuis l’enfance sans réussir à transcrire, sur les pages de mon journal, autre chose qu’un bégaiement tenant lieu d’apothéose et d’illumination. » On retrouve ici la Sybille de l’enfance. Quel avenir prédisait-elle ? Assurément elle enjoignait l’enfant à se souvenir, à renouer avec la phrase initiale, celle qui justement trottait comme un cheval, comme ce cheval sorti tout droit de l’Apocalypse, ce « drôle de cheval [qui] court sur les corniches de la langue prise en otage par les aèdes qui parcourent le pays en mal d’auditeurs ouverts à leurs jeux de mots. » Il y a des poètes qui sont des centaures. Pontbriand imagine un Centaure, c’est le poète idéal : celui qui de la poésie ne fait pas un jeu.

On appréciera ou non que le poète écrive le passage suivant, dont la fantaisie, à mes yeux du moins, contraste avec le sérieux manifesté presque partout ailleurs dans son recueil : « Au moment de disparaître, les ombres s’agitent dans le crépuscule d’une journée rendue à elle-même avant d’avoir réussi le tour du chapeau sur la patinoire des événements arrosés par les rayons cosmiques, sans être marqués pour autant. » L’italique est de l’auteur. Est-ce là un sourire. Mais ne soyons pas ici un éléphant balourd. Ce tour du chapeau renvoie à des scènes d’enfance. On en voit quelques-unes dans ce recueil. Elles sont franchement belles : « T’en souviens-tu ? // C’était l’enfance et nous jouions dans la lumière des peupliers posés comme des cierges autour de l’innocence. Les anges y séjournaient que nous voyions danser dans l’ombre engendrée par le soleil sur les arbres qui palpitaient au bout de nos regards. La journée s’est terminée trop vite, mais nous n’en savions rien, blottis que nous étions contre l’esprit qui nous révélait la présence d’une solitude créatrice qui nous habite encore. »

On sera souvent séduit par de tels passages, souvent sobres, qui sont nombreux, et franchement admirables. Parmi eux, il s’en trouve qui manifestent ce qu’il conviendrait d’appeler une poétique. Ils disent que le poème doit mener quelque part. On y voit des injonctions : « Ne laisse pas le troupeau des bavards éclabousser / tes paroles », « oublie les privilèges / romps tout ce qui te retient / laisse la lumière entrer dans ta maison ».

Parmi les poèmes que j’ai tout particulièrement aimés, il s’en trouve un, très beau, mais qui cependant n’est pas mon préféré. Je le cite toutefois, parce qu’il me paraît précieux, riche d’enseignement : il donne à méditer. Un poète parvenu à l’âge de la parole, qui a suivi le fleuve jusqu’à la mer nous livre de précieux conseils. L’Éthique est aussi affaire de poésie.

Ô poète, peux-tu rendre limpide ce qui est rouillé par la démesure de l’existence ? // Ne cherche ni la compréhension, ni la reconnaissance. // Ce qui t’habite est plus grand que ton discours. // Qu’importe les mots que tu alignes, si la parole n’en est pas l’origine et la fin. // Contente-toi d’écouter ce qui parle lorsque tu réussis à te taire, et transcris-le, même si personne n’est intéressé à l’entendre. 

L’auteur de ce recueil n’en est pas à ses premières armes. Sa voix est celle de la maturité, presque du grand âge. Elle appartient à un courant dont la puissance s’est révélée à la fin du dernier siècle. Les compagnons et les compagnes du poète ont pour la plupart donné le meilleur d’eux-mêmes à partir des années soixante-dix. On entend presque l’inflexion de leurs voix dans ce recueil. On reconnaît une manière, on pourrait dire une certaine tradition. Des thèmes communs sont traités dans un style qui n’a rien perdu de sa vigueur.

Pontbriand est un homme instruit. Il connaît les limites du savoir. Pour lui, existe un trésor antérieur, donné à la naissance, un bien précieux, celui de l’enfance, un émerveillement en quelque sorte premier, une manière d’ouverture à ce qui devant pourra se déployer. Or chez la plupart, assez rapidement, comme l’affirmait un André Breton, cette sorte de grâce est sacrifiée au moment du « dressage ».

Chez Pontbriand sont rejetés « les mots vidés de leur substance ». C’est l’usage courant, mais l’on peut également penser à la méfiance avouée d’un Bonnefoy à l’endroit de la conceptualisation. C’est qu’il faut que les « mots s’abandonnent ». Le poète est celui qui renonce aux « mots usuels », qui tente de renouer avec « le langage des étoiles / fidèles compagnes de [ses] rêves ». Mallarmé souhaitait donner un sens plus pur aux mots de la tribu. Pontbriand désire que les mots soient « pris en charge par l’immensité du cosmos », de manière à ce que la quête du poète puisse aller de l’avant et mener ce dernier, c’est-à-dire l’homme tout entier, au-delà de lui-même : « Quand s’exprime la fureur, les mots sortent de l’ombre, l’homme de sa torpeur. Prise en souricière entre deux plages d’un écran cathodique, s’augmente la tension nécessaire à l’éclosion des mots tenus en laisse par la peur de l’inédit. »

On le voit, ne serait-ce qu’avec ce dernier poème, l’homme tout comme les mots tenus en laisse est en quelque sorte lui-même prisonnier, prisonnier de sa misère. Il est victime de sa torpeur, autrement dit, condamné à l’immobilité : et il est en grande partie responsable de cette paralysie. Tout concourt à le freiner, à le retenir dans les rets de ses habitudes, de ses maigres certitudes, de sa frayeur.

La science est limitée, malmenée dans ce recueil. On ne saurait tout à fait recourir à ses lumières. Ces dernières ne suffisent pas. La science semble aller de pair avec les statistiques, la comptabilité où s’enferrent les morts en ne songeant qu’à accroître leur bien-être, qui est en réalité leur mal de vivre. En perdant le trésor de l’enfance, ils se sont perdus. Leurs yeux ont perdu de vue le ciel immense, ses étoiles. Le poète ne retrouve la lumière qu’après « une longue absence » : « Après une longue absence, te voici revenu sur le perron de l’enfance à regarder passer les mots sur la ligne lumineuse remplie d’anges en liesse et de lotus fleuris sur les étangs de l’être. »

Ces retrouvailles ont lieu à la fin du recueil. Elles sont annoncées dans la première partie où l’on peut lire le vers suivant : « la clé perdue d’un paradis à venir ». Elles sont rendues possibles grâce à la parole : « La parole un jour surgira sans prévenir des mots usés par la coutume et rongés par le vide qui remplit ta vie et gruge ton espérance d’être un jour celui que tu es sans le savoir encore. » Cette citation est dense et chargée de sens. On y aperçoit un paradoxe, figure du reste plutôt abondante dans le recueil, il s’agit de ce vide qui remplit l’existence tout en détruisant l’espérance. Autre paradoxe : devenir enfin ce que l’on était déjà. Je dis paradoxe, ce qui ne signifie pas, bien au contraire, incohérence ou délire. Comme dans tout bon recueil, où les choses se tiennent et entretiennent entre elles de subtils rapports, ce poème pourrait on dire est une partie du recueil qui le contient tout entier. Autrement dit, elle le résume, en révèle le propos et la substance.

Ce qu’on était déjà : l’enfant à la rencontre de la Sybille, un enfant hélas ! vite perdu de vue, oublié, gommé par le dressage social, l’idéologie, la conceptualisation, l’économie, la matière telle qu’elle se vend dans les grands châteaux du commerce (le « centre d’achat [où l’on côtoie] le néant qui hurle dans les allées de la consommation »).

Ce qu’on était déjà : un enfant attentif aux refrains chantés par sa mère. La première poésie ainsi que la douce musique initiaient en lui le mouvement, nourrissaient son désir de lumière, favorisaient la rencontre future avec la parole.

La parole entretient des liens mystérieux et lumineux avec la quête, avec le vent et le mouvement de l’être en marche vers sa plus grande naissance. La Sybille correspond à la clé perdue d’un paradis à venir. La prophétesse, la devineresse tend cette clé au poète. La poésie se fera en quelque sorte résolution de l’énigme.

Dans le poème liminaire, important en ce qu’il trace par avance la route qu’empruntera le poète dans sa vie ainsi que dans ses écrits, Pontbriand dit en toute simplicité ce que développera de manière plus globale l’ensemble de son recueil : « J’ai rencontré la Sybille / au milieu des refrains que chantait ma mère / lorsque j’étais enfant. // Le vent soufflait dehors / la neige s’accumulait sur les toits. /Les anges volaient autour d’une voix inconnue qui résonnait / au fond de mon silence où s’écrivaient des mots / en attente d’une parole qui les éveillerait ». Curieusement, alors que le poète ponctue certaines phrases de ce poème, et alors qu’il termine tous les poèmes de son recueil par un point, le texte d’ouverture s’achève sur cette absence que je ne saurais trop à quoi attribuer. Négligence, oubli, ou bien tout au contraire manifestation volontaire d’un quelque chose qui serait de l’ordre d’une ouverture, d’une fin différée qui serait sans fin, d’un mouvement perpétuel ? Ce détail est sans doute peu important. En revanche, ce qui suit ne l’est pas. Dans ces tout premiers vers, le poète laisse entendre qu’un lien étroit existe entre le silence, la voix (inconnue), les mots et la parole.

Des mots, nous avons pris soin de dire la méfiance du poète à leur endroit. Ils figent les choses, arrêtent quasiment la pensée dans ce qui sinon favoriserait son déploiement. Je dis pensée, je devrais dire mouvement de l’âme en quête de lumière. Seul parviendra à donner sens aux mots ce que le poète nomme parole.

Je comprends par ce poème qu’il y aurait une manière de pacte remontant à l’origine. Ce pacte scelle dans l’innocence première une relation, une complicité de l’âme avec l’inédit. Il établit une connivence entre l’être et son aspiration à la parole, à la lumière dont elle est porteuse lorsque libérée de l’inertie des mots, échappée à leur seule conceptualisation : je renvoie ici encore à Bonnefoy et à son merveilleux ouvrage, L’écharpe rouge, dans lequel il cherche à dégager la poésie du langage qui tend à la maintenir dans les ornières de l’idéologie. 

Je remarque enfin au passage la présence des anges. Ils inscrivent le poème et, avec lui, le reste du recueil dans un héritage qui n’est pas sans rapport avec le christianisme. En effet, l’idée d’une naissance de soi au-delà de soi-même, autrement dit ce qui advient de soi une fois qu’on a laissé passer l’ombre, cette émergence qui voit enfin l’être s’arracher des ténèbres, des entrailles de la forge où s’est élaborée la parole, voilà qui n’est pas très éloignée de l’idée d’une résurrection, de l’avènement du royaume.

Je viens d’évoquer le titre : Laissez passer l’ombre le cheval suivra. J’ai également mentionné pour une première fois le thème de la forge. Je veux en parler maintenant tandis que le cheval du titre broute pour l’instant l’herbe des étoiles.

La forge est une image, une métaphore filée dans l’entièreté du recueil. Ce leitmotiv procède de l’allégorie. Tout comme le cheval auquel nous reviendrons. Je l’ai mentionné plus haut, je le répète ici : dans un texte qui se tient vraiment, les divers éléments dont il est constitué sont indissociables les uns des autres ; leur agencement crée du sens. Les « symboles » entretiennent entre eux de subtils rapports.

Après le poème liminaire, le lecteur découvre dans les tout premiers vers du recueil « devenus métal en fusion des mots [qui] s’écrivent emportés /par le texte. » Nous sommes au cœur déjà de la forge. Lieu de l’élaboration de la parole. Bien entendu, le lecteur ne saisit pas immédiatement la portée de ces mots. Ce sont des mots denses qui dans leur agglutination révèlent leurs significations au fur et à mesure du filage de la métaphore. D’abord météorite, à force d’être frappée par le marteau du forgeron, la métaphore finit par livrer tout son sens. Il faudra cependant pour accéder à ce sens accueillir les unes après les autres les images du poème. Pour la plupart, elles puisent dans le champ lexical du verbe, un verbe qui ultimement se fera chair — nous y reviendrons. Un des champs lexicaux, peut-être le plus important, est donc celui du discours : mot, texte, silence, parole, grammaire, syntaxe, page, hiéroglyphe, langue, voix, calembour, poème, poète, discours, inédit…  

Souvent un lecteur se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaines. Il s’empresse de trouver ce qu’il désire : de la beauté, évidemment du sens, une certaine musique et quoi encore ? Il ne prend pas toujours suffisamment le temps de lire, de s’arrêter aux mots, aux vers du poète. C’est par une habitude que la prose impose, elle qui va droit au but, qui aplanit la démarche du locuteur, qui éventuellement indispose l’interlocuteur lorsque les mots comme par eux-mêmes finissent par s’emparer du texte, ce qui est le cas en poésie. Laisser l’initiative aux mots : on a vu Mallarmé réclamer une telle attitude. Depuis, à vrai dire bien avant lui, s’agissant de poésie les lecteurs adoptent souvent l’attitude de l’éléphant. Ils brisent tout, prenant soin ensuite d’accuser l’artisan de fabriquer et d’offrir des pièces défectueuses. On trouvera peu de défauts chez Pontbriand, en tout cas nul ne pourra lui reprocher de ne pas voir au grain de son texte. Bien entendu, « d’ombre sont les mots qui naissent aux abords du silence. »

Le cheval du titre, ce cheval qui suivra l’ombre que l’homme aura laissée derrière lui, vient de bien loin. Il trouve son origine dans la tradition. Nous apprendrons dans le dernier poème du recueil qu’il est directement « sorti de l’Apocalypse ». C’est un cheval qui ne s’est pas laissé « endormir par les mots vidés de leur substance ». Un cheval qui symbolise une lutte, une traversée. Ai-je dit plus haut qu’il broute le champ des étoiles ? Ai-je également écrit que l’enfant s’abreuve au lait des étoiles de la Voie lactée ? Il se pourrait que dans mon enthousiasme je me sois emporté. C’est que tout se tient, et le cheval et l’enfant, et la forge et la parole. Cette parole qui à la fin du recueil devient la Parole, et cette capitale s’augmente de figurer dans une expression qui en reformule une autre, consacrée celle-ci, sacrée, qui veut qu’à la fin des temps l’homme prenne place à la droite du Père.

Suis-je entrain de dire ici que ce recueil pourrait occuper une place parmi les ouvrages religieux de notre bibliothèque, figurer quelque part entre les livres d’un Fernand Ouellette, ceux d’un Jean-Marc Fréchette ou d’une Rina Lasnier ? Pas tout à fait. Je souligne simplement moins une parenté qu’une démarche, humaine, celle qui pousse l’être à advenir à mieux que soi, à changer le monde en y faisant advenir ce que nous pourrions appeler un Nouveau Monde, situé on ne saurait trop dire où, mais qui comme l’indiquent les derniers mots du recueil « s’élèvera sur les ruines de l’homme au milieu de nulle part. »

À nouveau la forge, son métal. À nouveau l’homme, ainsi notre poète désigne-t-il le sujet, d’une manière quasi philosophique, voire intemporelle : « le métal résonne au creux du paysage / l’homme espère un jour siéger à la droite du soleil. » Je rappelle qu’à la fin du recueil, il est question « de séjourner à la droite de la Parole ». Dans un poème où est évoqué l’Aigle de Patmos —il s’agit de Jean le visionnaire—, l’auteur de l’Apocalypse « assume la parole faite chair / sauve l’homme de lui-même / et la divinité de sa solitude ». Pas de point après le mot solitude, le dernier mot du poème : ce qui m’incline à penser que l’absence de point final dans le poème liminaire est peut-être due à une distraction. Un détail de cet ordre ne peut avoir d’incidences sérieuses sur le sens global du recueil. Passons, mais non sans d’abord mentionner que l’auteur à nouveau déforme une expression consacrée : le Verbe s’est fait chair.

Un des principaux thèmes du recueil est le mouvement. Le cheval participe de ce mouvement. Il symbolise la traversée. Nous l’avons mentionné, il émerge de l’ombre, celle où se forge la parole. Le mouvement est également celui du vent. Il est celui du fleuve qui avance et finalement se déverse dans la mer. L’homme entreprend une quête. Les poètes la réalisent ou du moins en fournissent une représentation, ils sont en mouvement : « Les poètes accueillent la parole / entre les mots posés comme des bornes / tout au long du chemin conduisant vers la mer. » Quelques pages plus loin : « le poète descend le fleuve jusqu’à la mer. » Ce faisant, il retourne en quelque sorte à ses origines. Rappelons-nous : il s’agit d’advenir enfin à ce que nous sommes : cela demande à l’ «enfant qui marche dans la lumière » une certaine dose de courage.

L’audace est un autre thème du recueil. De la même manière que « mot » apparaît fréquemment, le verbe « oser » est souvent répété. C’est le premier verbe du premier poème. Il apparaît dans le premier vers : « Qui osera ouvrir les vannes dans les mains du poète ». À cette question, on ne s’étonnera pas que la réponse la plus pertinente soit la suivante : c’est le poète lui-même, et il osera la parole dans le but de renouer avec lui-même et de s’accorder alors à la « présence » qu’il réclame : « Épris de silence et d’abandon, le vertige éclôt dans le cœur de quiconque s’avance, aux portes d’une épopée de courage prise en charge par celui qui ose la parole au milieu des morts. » Plus loin : « Le sang coule dans les veines de qui ose se laisser prendre par la parole. » Et puis : « Les vents naissent au flanc des glaciers devenus fantôme qu’il faut affronter pour connaître l’originelle naissance de la terre liquéfiée dans une forge remplie de lumière incandescente ; le soleil s’y révèle à celui qui ose regarder par la fenêtre. » L’on tourne quelques pages : « Quelle langue ose s’avancer dans la mer pour en goûter la présence et puiser le sel nécessaire à la conservation des mots dans les barils de la mémoire. » Et : « Malgré les matins étranglés par la misère, le sang coule dans les veines de celui qui ose prendre la parole au milieu des morts. »

Dans C’est moi qui souligne, Nina Berberova écrit : « Comme les mots d’une poésie, ils se contentaient d’exister et de signifier, sans pour autant mener quelque part. » Chez Pontbriand, la poésie doit mener quelque part, sinon elle rouille. La rouille menace le fer immobilisé. Or le poème est forge, labeur. Avec lui, il s’agit d’émettre et faire entendre une parole qui remonte à l’enfance : « J’en reviens constamment à cette phrase qui me trotte dans la tête depuis l’enfance sans réussir à transcrire, sur les pages de mon journal, autre chose qu’un bégaiement tenant lieu d’apothéose et d’illumination. » On retrouve ici la Sybille de l’enfance. Quel avenir prédisait-elle ? Assurément elle enjoignait l’enfant à se souvenir, à renouer avec la phrase initiale, celle qui justement trottait comme un cheval, comme ce cheval sorti tout droit de l’Apocalypse, ce « drôle de cheval [qui] court sur les corniches de la langue prise en otage par les aèdes qui parcourent le pays en mal d’auditeurs ouverts à leurs jeux de mots. » Il y a des poètes qui sont des centaures. Pontbriand imagine un Centaure, c’est le poète idéal : celui qui de la poésie ne fait pas un jeu.

On appréciera ou non que le poète écrive le passage suivant, dont la fantaisie, à mes yeux du moins, contraste avec le sérieux manifesté presque partout ailleurs dans son recueil : « Au moment de disparaître, les ombres s’agitent dans le crépuscule d’une journée rendue à elle-même avant d’avoir réussi le tour du chapeau sur la patinoire des événements arrosés par les rayons cosmiques, sans être marqués pour autant. » L’italique est de l’auteur. Est-ce là un sourire. Mais ne soyons pas ici un éléphant balourd. Ce tour du chapeau renvoie à des scènes d’enfance. On en voit quelques-unes dans ce recueil. Elles sont franchement belles : « T’en souviens-tu ? // C’était l’enfance et nous jouions dans la lumière des peupliers posés comme des cierges autour de l’innocence. Les anges y séjournaient que nous voyions danser dans l’ombre engendrée par le soleil sur les arbres qui palpitaient au bout de nos regards. La journée s’est terminée trop vite, mais nous n’en savions rien, blottis que nous étions contre l’esprit qui nous révélait la présence d’une solitude créatrice qui nous habite encore. »

On sera souvent séduit par de tels passages, souvent sobres, qui sont nombreux, et franchement admirables. Parmi eux, il s’en trouve qui manifestent ce qu’il conviendrait d’appeler une poétique. Ils disent que le poème doit mener quelque part. On y voit des injonctions : « Ne laisse pas le troupeau des bavards éclabousser / tes paroles », « oublie les privilèges / romps tout ce qui te retient / laisse la lumière entrer dans ta maison ».

Parmi les poèmes que j’ai tout particulièrement aimés, il s’en trouve un, très beau, mais qui cependant n’est pas mon préféré. Je le cite toutefois, parce qu’il me paraît précieux, riche d’enseignement : il donne à méditer. Un poète parvenu à l’âge de la parole, qui a suivi le fleuve jusqu’à la mer nous livre de précieux conseils. L’Éthique est aussi affaire de poésie.

Ô poète, peux-tu rendre limpide ce qui est rouillé par la démesure de l’existence ? // Ne cherche ni la compréhension, ni la reconnaissance. // Ce qui t’habite est plus grand que ton discours. // Qu’importe les mots que tu alignes, si la parole n’en est pas l’origine et la fin. // Contente-toi d’écouter ce qui parle lorsque tu réussis à te taire, et transcris-le, même si personne n’est intéressé à l’entendre. 

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

3 commentaires sur « Jean-Noël Pontbriand : Laissez passer l’ombre le cheval suivra : Poésie : Écrits des Forges : mai 2020 »

  1. Merci Daniel. Quel travail, quelle lecture riche à travers ta culture sobrement et subtilement manifestée! Agréablement happé par ton: «C’est par habitude que la prose impose, elle qui va droit au but, qui aplanit la démarche du locuteur, qui éventuellement indispose l’interlocuteur lorsque les mots comme par eux-mêmes finissent par s’emparer du texte, ce qui est le cas en poésie.» Comme la semaine dernière par ton: «C’est le propre des noms propres de ne renvoyer à personne quand on ignore de qui exactement il est question». Tu te paies la traite et c’est jouissif!

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  2. «C’est le propre des noms propres de ne renvoyer à personne quand on ignore de qui exactement il est question». Tu me rappelles un souvenir agréable. C’est bien vrai, je prends plaisir à écrire mes petites études. Quand je vois qu’elles te plaisent, ça redouble mon plaisir. C’est une forme de rémunération quand un lecteur montre de l’intérêt et qui plus est : un intérêt amusé.

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