Dominique Gaucher : L’inverse de la lumière : Poésie : Écrits des Forges : 2020

Je me rends à la librairie : « Avez-vous reçu L’envers de la lumière ? » C’est là un titre bien énigmatique.

Je ne l’ai pas trouvé sur les quelques rayons consacrés aux recueils de poèmes dans la section POÉSIE de ma librairie préférée. J’utilise la majuscule pour soutenir dans ses efforts une petite grenouille qui, bien que se voulant bœuf, semble vouée depuis quelques décennies à ratatiner de plus en plus : qui lit aujourd’hui de la poésie ? Le peuple russe en lisait beaucoup au début du siècle dernier. Les libraires d’ici n’ont pas grand intérêt, semble-t-il, à encombrer leurs étals de merveilles dont personne ne semble désormais se soucier. Et pourtant !

Et pourtant, moi, je veux bien le lire ce recueil de Dominique Gaucher. Je ne lis et ne commente pas suffisamment les ouvrages des femmes. Alors, celui-ci, je le veux. On m’en a dit du bien.

Le libraire est devant son écran. Il cherche. Cherche d’abord avec le titre. Il ne trouve pas. Puis, ses doigts sur le clavier composent le nom de l’autrice, de l’auteure si l’on préfère. Bingo ! Il trouve. Il trouve L’inverse de la lumière. Ce vrai titre est presque plus énigmatique que l’autre. Mais le livre n’est pas en stock. On passe une commande. Une semaine plus tard, il est en ma possession, en ma compagnie.

Lecture de fin d’été. Alors que bientôt s’inversera la lumière, se tamisera la lumière.

J’ouvre. Ce sera vite fait. Peu de pages, peu de mots sur chaque page. Mais n’est-ce pas, au contraire, dans des cas semblables qu’il convient de lire lentement, très lentement ? Parce que faire vite, ce serait passer à côté de l’essentiel, ne pas laisser à ces quelques mots le loisir de bien se déposer en nous, d’infuser tout le sens dont ils sont porteurs.

Parlerons-nous de vers ? Le premier est bref. Un seul mot : Honte. « Toute honte bue » écrivait Rimbaud. Le buvard, ici le poème, absorbera-t-il toute l’encre de cette honte ? Tout le sang de cette honte ? Car ce recueil évoque une affaire de sang, qui passe de la mère à la fille, coulant de l’une à l’autre. Histoire sanguinolente, où les couteaux volent sans voler, comme pour ainsi dire immobiles, couteaux, lents battements d’ailes du papillon figé dans l’ambre de la mémoire. La petite fille une fois devenue adulte continue de se souvenir de ce que jamais elle n’a pu oublier. Devant l’image de sa mère, elle contemple l’idée d’un couteau.

Je dis la « lenteur » et le « couteau » de ce drame. Je parle d’une action et malgré tout rien ne se passe. Peu de choses en tout cas. Et pourtant, il y a ces protagonistes : la mère et la fille. Un sourd dialogue instauré entre elles. Ou plutôt, une parole de mutisme où seule la poète entend ce qui se dit. Je dis « la poète ». Il pourrait s’agir précisément de personne. Ce pourrait être des personnages fictifs. Ils seraient en tout cas assez « universels » pour que cette histoire singulière, dont nous ne saurons rien ou presque, soit au fond une histoire assez commune. Histoire d’incommunicabilité ? Si ce n’était que cela. Or le drame est ici beaucoup plus grave, qui semble remonter au berceau, ce berceau au-dessus duquel se penche une tête absente. Puis s’ensuit une enfance qui rimera avec absence et silence.

Le premier poème : « Honte/que nulle main ne lave/Fissures vives »

Poème nu dans une page nue. Douleur à vif, non identifiée. Il faut tourner la page pour en connaître la teneur, comme on dit les tenants et les aboutissants. Quelqu’un éprouve de la honte. Pourquoi ? Le saurons-nous ? Ce que nous savons pour l’heure, c’est que personne, telle une mère donnant le bain à son enfant, ne soulage le « je » non identifié en proie au sentiment de haine.

Nous entendons une sorte de confession. À tout le moins, une existence nous est révélée par bribes, par petites touches de mots déposés sur la page. Des mots nus, sans épithètes, dont la gravité apparaît un peu comme l’image lorsque l’artiste recourt pour la produire aux techniques propres à la manière noire, ce « procédé de gravure par lequel la lumière naît de l’obscurité ». On se souvient peut-être du recueil de Jean-Pierre Gaudreau intitulé La manière noire. Ce que je viens tout juste de citer est extrait de ce recueil. Comme du noir naît la lumière, c’est du silence que viennent les paroles de la poète. C’est dans le silence qu’elles affleurent. C’est tout ce blanc de la page qui permet de mieux comprendre ce qui dans le non-dit du poème relève d’une indicible souffrance. « Taire » sera le premier mot du second poème.

« Taire la rage/l’envie de tuer ». Ces mots sont forts. Et pourtant, le sentiment qui les fait émerger sur la page, rien, nulle emphase ne vient le hisser jusqu’à la tonalité lyrique. Là où d’autres emploieraient tous les instruments de l’orchestre, confieraient au violon de plaintifs solos, l’auteure évite toute forme de pathos. Loin des grands airs d’opéra, elle opte pour le minimalisme. Elle fait le pari de la litote : moins elle en dit, plus elle sera entendue. Mais aussi, peut-être ne peut-il en être autrement. La victime n’ayant plus accès à sa voix au moment où elle choisit enfin de prendre la parole. Et c’est alors à un mince et ténu filet de voix qu’elle recourt pour faire entendre sa souffrance.

Incidemment, le « je » apparaît dans le recueil après le « tu », qui encore et toujours le tait et le tue : « Épargner ta chair ». Le recours à l’infinitif n’est pas une coquetterie, ce procédé d’écriture dont usèrent, par exemple, les poètes à la Renaissance. Du Bellay, dans Les Regrets : « Flatter un créditeur, pour son terme allonger,/Courtiser un banquier, donner bonne espérance,/Ne suivre en son parler la liberté de France,/Et pour répondre un mot, un quart d’heure y songer… » L’infinitif fait plutôt ressortir ici une forme de paralysie, d’impuissance, comme si le sujet ne parvenait pas à parler en son propre nom, à signer de son nom l’animosité qui l’anime. Dans ce bref poème, des images très sobres développent des termes qui déjà en soi sont fortement expressifs : « peiner », « haine » : « Peiner dans la houle/jusqu’à la haine » (jusqu’à l’aine : manquer se noyer), « Macérer/dans l’esseulement ».

Il ne s’agit pas de compter les mots, mais l’on ne peut faire autrement que constater que dès les premières pages, l’autre (le « tu »), qu’on ne devine pas encore être la mère, apparaît plus fréquemment que le « je ». Il s’agit de « tes absences », de « tes yeux de déni ». Les paroles qui s’adressent à l’autre disent le manque, ses manquements, les torts que sa conduite a causés : « tes absences/trous insolubles/du noir plein l’espace ». Ce n’est pas rien. Et encore une fois, quelques mots suffisent amplement à dire ce « noir plein l’espace » qui vient de l’autre.

Or voici que l’heure des comptes semble venue. Le « je » s’en prend au « tu ». L’accuse sans ménagements. De quoi au juste ? De ce qui vient d’être dit, l’absence, le silence, le noir de l’abandon. L’accuse, mais de façon retenue, car on ne peut pas vraiment accabler un cadavre : « tu es morte tant de fois ». De façon retenue aussi pour les raisons évoquées plus haut : un mal infligé au « je » est responsable de ce quasi-mutisme : « Là où une parole peut m’anéantir ».

Dans ce conflit, comme l’on disait alors que nous étions enfants, celui qui le dit est celui qui l’est. L’une accuse l’autre de cela dont l’autre l’accuse : « Présumée coupable/Encore la honte//Refuser la faute/Un couteau dans le cœur ». On le voit, la relation mère/fille est une relation de soi à presque soi. « Je » redoute d’être « elle ». Ici, la fille en saisissant son reflet dans la glace (dans le face-à-face avec la mère), tient le « tu » à distance. La fille ne parle plus à sa mère, elle parle plutôt de celle-ci. La repoussant en vertu de cette crainte qu’elle a de lui ressembler : « Une peur terrible/Être comme elle ».

Ce conflit peut-il durer encore longtemps ? La mère et la fille parviendront-elles à se réconcilier ? Ce n’est pas là une question de suspens, mais bien plutôt une question de vie. Peut-on un jour se défaire de pareil fardeau ? Il est probable que non. Du moins, tant que perdurera la souffrance de l’enfant et tant que la mère persistera à se comporter comme elle le fait.

« Trimballer en moi une petite fille/au ventre creux         indigne ». On le constate, la petite fille est toujours là, comme si la femme adulte en était porteuse, enceinte d’elle-même, fillette blessée : « au ventre creux » disant également une faim, une incomplétude, un besoin d’amour. Or de cet amour, elle semble « indigne ». Quelqu’un sur elle porte ce jugement et tourne même en dérision ses jérémiades : « Mon babillage te rejoint/Tu oscilles/entre mon amour et/mes colères/Tu t’interroges/M’aime-t-elle ». Ce qui est remarquable dans ce dernier poème, outre la déconsidération frappant les dires de sa fille (vain bavardage, enfantillages), c’est que la mère devient ici l’objet de son enfant : elle va au gré du pendule de l’affect de sa fille (entre amour et colères). Plus loin, la mère, parce que son enfant pleure, se sent « déshonorée ». Elle se plaint de ce que sa fille soit « émotive ».

Encore une fois, pour dire cette souffrance, la poète élit la puissance expressive du moindre mot, de la forme brève. Le poème suivant en témoigne : « Funambule sous la bourrasque/J’avance/Aussi tendue que le fil ». Les métaphores ont ici l’efficacité de leur extrême sobriété. On dirait un dessin, une illustration dont seuls les contours du personnage sont dessinés. En un seul trait. Un petit dessin à main levée. Une esquisse.

Je tourne la page et voilà, pour une première fois, après tant de poèmes brefs, un saisissant poème (par sa beauté et sa toute fraîche générosité) explicite davantage, développe ce que précédemment l’auteur avait plus discrètement suggéré. Il faudrait citer le poème en entier. Il commence ainsi : « Une histoire sans fin/Une pellicule usée/mais le sépia/n’apporte pas de baume ». J’ose à peine commenter ces vers, tant ils me semblent clairs et suffisants. J’admire leur efficacité à dire si bien ce qu’ils disent : le film du passé continuellement rejoué dans l’esprit et sa prégnance toujours vive malgré le temps ; le sépia en s’éloignant n’apporte dans sa distance aucune consolation. Dans ce même poème, on lit ce qui suit : « La souffrance existe/elle renaît/une aveugle aux mains blanches ». Je peine à ausculter pareille beauté ; elle me paraît étrange cette « aveugle aux mains blanches », mais son apparition ici bien que troublante me charme. La chute du poème est plutôt terrifiante : « Quand l’oubli me trouve/une seule seconde/Je suis sauvée ». Sauvée, oui, durant « une seule seconde ». Car la nuit reviendra, et le fantôme de la mère (peu importe qu’elle soit ou non morte) — s’agit-il de cette « aveugle aux mains blanches » ? — alors renaîtra. « Lestée de ce sommeil, la fille se dira : “La voilà encore    victorieuse”. Comme cette mère semble éternelle. En tout cas, pas tuable. “Je t’observe/impuissante/les mains pleines de glaives”. Elle occupe tout l’espace : “Tu es le début et la fin des choses”.

Amour-haine. Même au loin, dans le cessez-le-feu, quelque chose fait cruellement défaut. Il faut la présence. Au cœur de l’absence, il faut la susciter : “ailleurs que toi/il manque cette zone de combats”. “Nulle envie de me soustraire à toi”. Et “Que dire des journées déshabitées/quand tu es ailleurs”.

Amour-haine. Le “je” déplore un désenchantement. Cette mère admirée, autrefois rayonnante, flamboyant de tous ses feux, la voici amoindrie. Le “je” en est attristé : “Tu chantais autrefois/des notes joyeuses/puis    plus rien//L’oiseau a quitté ta gorge”.

La poète écrit ceci. Encore une fois, il y a quelque chose de très réussi dans ce peu qu’elle dépose sur la page : “De l’intérieur lentement le visage se trempe//Monte un sanglot ancien/un bâillement le dérobe//      que de résistance aux pleurs//Le regard à peine mouillé/erre sur les cèdres glacés”.

À vrai dire, ce personnage de la mère paraît plutôt fascinant, hautement coloré, un brin extravagant. Elle n’a rien d’insignifiant, de banal, d’ordinaire. Sa vie durant, elle aura fui les conventions, fait fi de ses contradicteurs, échappé même à ses devoirs de mère de manière à n’en faire qu’à sa tête : “Je découvre tes pensées/sur le revers des choses/l’enivrement de tes sens/dans les flaques de tes pas//Les idées à ras de terre/Tu les regardes sans sourire”. Il y a de quoi être séduit. De quoi être réduit également par qui ne fait aucun cas de nous, car somme toute, ç’aura été d’abandon que la fille se plaint, se tord encore de douleur. Séduite par les “jupes de lune” de sa mère, ses tournoiements lorsqu’elle danse “au printemps des écailles”. Mais il faut citer correctement, il faut rétablir les faits : cette scène se passe au futur, dans une espèce d’espace où s’accomplira peut-être le désir d’un apaisement, d’une cessation des hostilités, d’un armistice, de la paix non pas retrouvée, mais enfin réalisée, pour une première fois, mais pour ainsi dire à la dernière minute, avant qu’il ne soit trop tard. Ces mots, ici, ce pathos de l’urgence, ce n’est pas la poète qui les écrit, c’est moi qui dans le blanc de la page m’introduis afin de les produire, comme en complément de la pensée tue de l’enfant : “Mettras-tu tes jupes de lune/pour danser au printemps des écailles//J’espère ta voix entre les combles/dans un arrangement floral désuet”.

Et le poème suivant poursuit sur cette note, cet appel : “M’ouvriras-tu les portes du jardin”. On songe aux portes du paradis. “[J] e jette l’éponge des guerriers faméliques”. Poème suivant : “Je te couvre de mes bras aimants”.

Le lecteur, s’il le désire peut s’abandonner à lire la fin de cette histoire de la manière suivante. En prenant appui sur les vers qui suivront, il avancera dans le dénouement suivant, celui d’une mère morte à qui son enfant endeuillé destine une gerbe de fleurs en guise d’apaisement final.

Dans les dernières pages de l’ouvrage se trouve le vers qui lui donne son titre : “Sans appel/les gouttes de sens dérivent/à l’inverse de la lumière”. On se risquera à interpréter ainsi ce qui précède. Le sens qui peut être attribué à l’histoire que “je” et “tu” ont vécu suit la trajectoire d’une ascension. Il sourd de l’abîme creux de la souffrance, du ventre creux de la petite fille indigne, et monte à l’inverse de la lumière qui, elle, tombe du ciel. La mère n’est plus de ce monde. “Magnifique/tu es ailleurs”. “Le camouflage des verges d” or/s’engouffre dans le ventre du ciel//Au pied des sommets/tu as déposé des gerbes de flammes ». Tandis que sa fille, « à l’ombre des galets cireux/[…] panse [s] es plaies/scrutant l’aube des jours à venir ».

L’avenir l’attend, c’est le cas de le dire, désormais seule, mais pour toujours avec son ventre creux de mère toujours porteuse d’une petite fille en son sein. Seule, mais toujours hantée.

La mère, est-il possible de la voir métamorphosée, au gré d’une métaphore, devenue météore ou plus justement une étoile dans le ciel ? « Au loin    une étoile amorce son ascension/dans l’anonymat//Que dire à cette heure creuse/qui ne sonne pas les vêpres/sauf à l’embouchure des mots ».

Lueurs vespérales, fin du jour. Les mots du poème sont parvenus à l’embouchure de leur chant. La petite fille maintenant seule a encore « dans la tête des pensées de ciguë ». Mais quand tout est fini, rien de ce qui fut douleur ne s’achève vraiment.

Dernières paroles du recueil : « Ces bras douloureux que tu m’ouvres/jamais ne guériront ma peine ».

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

7 commentaires sur « Dominique Gaucher : L’inverse de la lumière : Poésie : Écrits des Forges : 2020 »

  1. Je trouve aussi très forte cette image de l’aveugle aux mains blanches. Une remarque, superficielle, sur les infinitifs : Je veux bien que les poètes de la Renaissance aient usé de l’infinitif, qui sert ici, dis-tu, soit à éviter le pathos, à retenir les envolées lyriques, soit à évoquer l’impuissance, la paralysie. Mais j’ai souvent été frappé par son emploi abusif (à mon avis) dans la poésie québécoise. J’ai déjà vu des poèmes entiers où tous les verbes sans exception étaient à l’infinitif, au point qu’on aurait dit des listes d’exemples dans un dictionnaire de cooccurrences. Pire, pour moi, ils semblaient mettre en suspens toute émotion, l’indiquer, la décrire, au lieu de la faire vibrer sur la page. Je me demande ce que tu en penses. Je ne parle pas de ce recueil évidemment. Ici ce qui me frappe, c’est plutôt le huis clos, le souvenir autour duquel la poète tourne sans fin, malgré la lumière.

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    1. Ce que j’en pense. Parfois et peut-être souvent (c’est ce que tu constates), on fait un curieux usage de l’infinitif. Non sans abus. C’est sans doute une facilité de plus à laquelle on ne résiste pas. Ou alors, malgré la Renaissance, c’est une marque « voulue » (recherchée, affectée) de « modernité », par la distance prise, une suite donnée à la »disparition élocutoire du poète » (Mallarmé). Chose certaine, ce que tu as ressenti alors, c’est-à-dire à peu près rien, sinon de l’ennui, je peux le corroborer. Le lecteur qu’un discours laisse sur sa faim n’est pas toujours responsable de son insatisfaction. Dans bien des cas, le poème ne vibre pas : il n’y a pas de lyrisme, pas d’émotion. Ce que je constate, en tant que lecteur de poèmes (amateur de poèmes, disait Valéry), c’est qu’il y a une grande diversité de voix. Un ajustement de « moi » à l' »autre » peut s’avérer nécessaire. Parfois la voix dans sa nature est loin de moi. Je dois m’en approcher pour bien entendre. Dans certains cas, le poème est si proche qu’il me semble non pas qu’il aurait pu naître de moi, mais qu’il représente ce à quoi j’aspire. C’est un sentiment rare. Je l’ai éprouvé récemment en lisant le recueil d’un poète que je connais pas du tout personnellement. Il se nomme Louis-Jean Thibault. Il est l’auteur de « Le coeur prend lentement mesure du soleil ».

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  2. Quelle souffrance… Votre récit de ce recueil me touche profondément… Merci Daniel .
    Pour les librairies il faut commander la majorité des livres d’auteurs Québécois… J’ai dû commander le vôtre… Bonne journée Daniel…

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