Roger Caillois :Les impostures de la poésie : Essai : 1944

Les impostures de la poésie, La haine de la poésie et Clef de la poésie ont fait grand bruit au siècle dernier. Durant longtemps, ces ouvrages m’ont intrigué. Le premier m’a marqué. Je ne saurais trop préciser à quel point, suffisamment sans doute pour que j’y revienne quelque trente ans après l’avoir lu une première fois. Le second a également agi sur moi, quoique de plus loin, je dirais à la manière d’un parfum, voile vaporeux derrière lequel se révélait un curieux malaise, comme si la poésie, à la manière de certaines fleurs célèbres, devait relever du mal plutôt que du bien ; comme si en elle se pouvaient justement trouver des raisons pour la déconsidérer, voire la mépriser. Avec le dernier de ces ouvrages, un mystère enfin serait levé, une clef étant offerte, des portes ouvertes, des arcanes découverts, élucidés.

Les impostures de la poésie sont de Roger Caillois. La haine de la poésie est un ouvrage de Georges Bataille. Enfin, Clef de la poésie est signé Jean Paulhan. Je traiterai ici des Impostures de Caillois. Mais avant, un mot sur les livres de Bataille et de Paulhan.

Pour moi, résultat d’une confusion venue de ce que jamais je ne l’ai eu en ma possession, le livre de Bataille s’intitulait Haine de la poésie. J’avais tenté de me le procurer çà et là, puis j’appris qu’il avait été réédité sous un autre titre, celui de L’Impossible. Ce livre, sans que je l’aie lu, uniquement en vertu de son titre, comme initialement entendu et retenu, c’est-à-dire amputé dans mon esprit de son article, imprima en moi le sentiment vivace que la poésie méritait peut-être moins notre admiration que notre méfiance, ce qui en quelque sorte concordait avec ce que dénonçaient le titre de Caillois et cet aveu ouvrant quasiment son essai : « Si c’est ici l’occasion d’une confidence, je me suis toujours senti plus disposé à combattre la poésie qu’à m’y abandonner ». Quelque chose semblait empester dans le domaine de la poésie. Je devinais qu’une supercherie lui était consubstantielle, intrinsèque. Bien entendu, L’Impossible de Bataille abordait la haine de la poésie sous un angle radicalement différent. J’avais mal saisi. Contre elle, nul ne se déchaînait. Elle n’était pas vraiment l’objet d’une haine, mais bien au contraire, elle en procédait. Dans la préface de L’Impossible, Bataille écrit : « Il y a quinze ans j’ai publié une première fois ce livre. Je lui donnai alors le titre : “La Haine de la poésie”. Il me semblait qu’à la poésie véritable accédait seule la haine. La poésie n’avait de sens puissant que dans la violence de la révolte. Mais la poésie n’atteint cette violence qu’évoquant l’Impossible. À peu près personne ne comprit le sens du premier titre, c’est pourquoi je préfère à la fin parler de l’Impossible. Il est vrai, ce second titre est loin d’être plus clair. »

De son côté, Paulhan est-il parvenu enfin à forger la clef qui devait permettre selon lui de distinguer le vrai du faux en matière de poésie ? Tel était du moins son dessein. Avec le brio qu’on lui connaît, en grand amateur de paradoxes qu’il était, Paulhan s’est amusé, sous le regard médusé de ses lecteurs, à détourner et retourner l’envers et l’endroit de la poésie, à démonter des illusions encore entretenues à son sujet et à montrer que les supposés vérités dont on l’affuble, promues au rang de dogmes révérés, sont à proprement parler des fabulations sans fondements, ou presque.  

Si peu considérée qu’elle soit par la plupart, la poésie n’en jouit pas moins d’un prestige impressionnant. Ce prestige, Caillois l’examine consciencieusement. Dans le peu d’estime que règle générale on accorde aux productions de l’esprit, il constate que la poésie paraît pour certains se détacher des réalisations les plus courantes, pour alors s’élever au-dessus de la mêlée de manière telle qu’elle en vient à jouir d’un statut particulier. Sa rareté en fait le prix. Dans ces curieuses transactions, Caillois estime qu’une méprise conduit fréquemment à une certaine forme d’aberration. C’est qu’on en vient malheureusement à confondre « la gemme et le joyau ».

À l’inverse de Paulhan, qui feint de ne pas comprendre en quoi consiste la poésie et qui constate avec un étonnement quelque peu joué que l’on affirme à son sujet une chose et son contraire, Caillois, lui, a compris. Il n’interroge pas, il ne cherche pas : il a trouvé. Il explique.  

Avec Les impostures de la poésie, il propose une posture qui se veut à la fois rigoureuse et courageuse. Pour saisir la pertinence de son discours, il faut le situer dans une histoire de la poésie qui n’est déjà plus tout à fait récente, quand bien même ses acteurs nous paraissent encore nos contemporains — leur influence, qu’il faudrait ici mettre au pluriel, continuant d’agir sur quantité de poètes dont certains, pourrait-on dire, ne sont pas encore sortis de l’œuf. Du reste, pour comprendre l’intérêt que peut représenter de nos jours le travail de Caillois, il convient de se rappeler que sous leurs divers avatars, malgré la neuve nouveauté qui en elles chaque fois séduit, les formes que prend la poésie conservent pourrait-on dire une essence qui varie peu, une sorte de noyau dur qui paraît traverser le temps sans subir de modifications substantielles. À condition d’opérer d’hier à aujourd’hui une relative conversion des modes, le propos de Caillois demeure d’actualité. En ce sens, il est tout à fait classique.

Classique, et tournant le dos aux avant-gardes, à celle notamment du surréalisme auquel Caillois avait d’abord adhéré. À celle beaucoup moins rapprochée d’un symbolisme alors plus ou moins en vogue et dont le foc valérien, dans le vent déclinant du mouvement, trouvait néanmoins matière à se gonfler en bordure de son cimetière marin. C’étaient là les bêtes noires de Caillois. La prévalence de l’image avait atténué l’importance de la musique, mais toutes deux n’en demeuraient pas moins prégnantes. La première surtout, avec ses parapluies sur les tables de dissection du poème. Plus l’image était incohérente, plus elle disait vrai. Elle disait la profondeur de l’être, brûlait de ses feux arrachés aux entrailles de sa conscience. C’était là une entreprise sur laquelle le poète avait peu de prise, et en cela, il en allait d’une vérité qui, parce qu’extraite aurait-on dit du monde des songes, disait plus vrai que le vrai. Caillois intente un procès. Il dénonce un leurre. Celui de l’image sortie des gonds de la raison. Que le poète déraille, cela à son avis ne fait aucun doute. Qu’on y puisse trouver matière à célébration, des gains, il est loin d’en être convaincu.

Les surréalistes avaient d’abord profité de l’enseignement des symbolistes. Breton le premier s’était rapproché de Valéry, ce dont témoignent éloquemment plusieurs vers de Mont de piété, son premier recueil (« sauf où le chatoiement d’ors se complut »). À ses débuts, Breton subit l’influence mallarméenne, sans doute moins dans l’idée de reprendre son bien à la musique que dans un certain intellectualisme de forme, qui bientôt ou même simultanément entrera en conflit avec le versant opposé de la modernité poétique, où prévaut ce qu’il n’est pas exagéré de nommer le culte de l’image, mais où surtout prédomine la volonté de se « faire voyant », avec cette plongée donc, prométhéenne, qui consiste, comme le formulait Rimbaud en « de la pensée accrochant la pensée et [tirant]. » À l’injonction rimbaldienne du « trouver une langue », répondra la découverte de l’automatisme. Lui seul permettra au poète de devenir « vraiment voleur de feu ». Ce qui n’entretient ici, bien entendu, aucun rapport avec la musique, sinon le suivant, plutôt ténu, qui a trait à la notion de poésie pure. Car Rimbaud est fils spirituel de Baudelaire selon qui, lui-même tributaire de Poe sur ce point, la poésie possède son objet propre, la poésie étant ce que Valéry identifiera comme étant « un langage dans le langage ». C’est qu’à partir de Baudelaire, aux moins deux langues nouvelles sont inventées ou découvertes. Mallarmé inventera une poésie de forte condensation musicale. Il prolongera Baudelaire « dans le domaine de la perfection et de la pureté poétique ». Rimbaud fera une tout autre découverte, par laquelle, toujours selon Valéry, Baudelaire sera continué « dans l’ordre du sentiment et de la sensation ». Ces deux langages poétiques font dans Les impostures de la poésie l’objet d’une analyse scrupuleuse. Ce n’est pas en timoré que s’insurge Caillois ; il ne se scandalise pas devant ce qui lui apparaît néanmoins comme un sacrilège ; en effet, il juge sévèrement toute forme d’excès, surtout lorsqu’ils mettent la raison en péril. On se rappellera la scène suivante. Elle a donné lieu à ce qu’on a appelé la « querelle des haricots sauteurs ».

Nous sommes en 1934. Breton et Caillois, alors jeune disciple du surréalisme (il est âgé d’à peine vingt ans), sont attablés à la terrasse d’un café. Le jeune homme a en sa possession quelques petits pois sauteurs mexicains. Il les montre à Breton, qui s’émerveille devant ce curieux phénomène. Les grains s’animent et sautent comme par magie sur la table. Aux yeux du maître, un tel mystère ne gagne pas à être élucidé. Mieux vaut s’en amuser. Caillois, dont l’esprit scientifique jamais ne se démentira tout au long de sa carrière, opte pour la dissection. Les deux hommes divergent d’opinions. Par la suite, le fossé entre eux ira s’élargissant. Ce dont témoigne cette dédicace de la première édition des Impostures en 1944 : « Pour André Breton ce livre-renégat mais “qui aime bien châtie bien”, fidèlement Roger Caillois. »

Un auteur persistant à mettre en avant une rosée à tête de chat ne pouvait qu’être heurté, outré par des positions de nature quasiment scientifique. Les haricots de la poésie, Caillois ne pouvait naïvement se contenter de les regarder bondir. Il fallait qu’il dissèque la poésie. Il le fit. Les idées qui découlèrent de son analyse étaient tout à fait classiques, pour ne pas dire conservatrices, mais son argumentaire, Caillois en était conscient, était implacable. Il avait de quoi choquer.

Du reste, en parlant de classicisme et de conservatisme, encore doit-on être prudent. Valéry rappelait qu’on ne s’enivre pas avec des étiquettes de bouteilles, du genre symbolisme, romantisme, classicisme. Il avait raison. Caillois n’est classique que d’une certaine manière. Il ne recommande pas de retourner au grand vers de Racine, mais certes, pour lui la poésie et toute autre forme de littérature est d’abord et avant tout affaire de langage, non pas un « langage dans le langage » comme le souhaitait un Valéry en aspirant à une certaine forme de pureté, de quintessence, mais de langage pourrait-on dire au-dessus du langage, fruit alors d’un labeur visant à l’équilibre, à une solidité seule capable d’assurer la durabilité de l’œuvre. Classique peut être utilisé pour décrire l’attitude de Caillois vis-à-vis les excès qu’il déplore, les errements qu’il condamne, surtout lorsque de fumeuses, fumeuses à ses yeux, théories tentent d’en soutenir, d’en étayer la pertinence, alors que paradoxalement un appareil logique cherche à démontrer la prépondérance et le bienfondé de l’illogisme dans les belles-lettres.

Ce qui m’étonne dans les Impostures de Caillois tient à deux choses, qui au fond n’en font qu’une. D’abord, l’âge de l’auteur au moment où il les écrit. Il n’a que trente. Ensuite, cette rigueur dans le propos, l’analyse et le style ont de quoi impressionner. Il est peu de passages dans cet essai où l’on puisse prendre l’auteur en défaut. Certes, on pourra juger excessif son refus des excès en matière de délire et d’inventivité langagière, mais chose certaine, ces Impostures de la poésie constituent davantage qu’une louable contribution à la « pensée du poème ». Et ne serait-ce que parce qu’elles s’avèrent d’extraordinaires prolégomènes aux réflexions que poursuivra Caillois par la suite, il vaut la peine de s’y arrêter.

J’ignore si ce petit essai est encore disponible dans la collection Métamorphoses où je viens de le relire. On le trouvera, si la chose existe encore, dans la Bibliothèque des sciences humaines, chez Gallimard. Le fort volume qui l’inclut, intitulé Approches de la poésie, contient l’essentiel des ouvrages de Caillois portant sur la poésie. Pour ma part, je ne me lasse pas de lire et de méditer les propos avancés dans Art poétique, un texte où l’on peut lire une série d’aphorismes suivis de commentaires.

Le huitième se lit comme suit :

Je ne parle qu’en mon nom, mais comme si chacun, dans mes vers, s’exprimait autant que moi. Je m’adresse à un interlocuteur invisible, mais de façon que chacun peut avoir l’illusion que mes vers s’adressent à lui seul, du moins à lui d’abord. Ils sont confidences, mais impersonnelles, sans origine ni destinataire, messages d’une ombre cachée à des ombres anonymes.

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

4 commentaires sur « Roger Caillois :Les impostures de la poésie : Essai : 1944 »

  1. À la lecture de ce texte, je me rends compte que je devrai relire «Les impostures de la poésie», dont je possède un exemplaire de l’édition de 1962, chez Gallimard (collection «Métamorphoses» XXVI). J’espère que tu vas rassembler tous ces textes, tous ces essais pour les proposer à un éditeur. Bien que j’aime te lire à l’ordinateur, je préfère encore te lire sur papier… Mais encore une fois, par ce texte, tu me pousses à creuser la réflexion sur la poésie. Fascinant Daniel!

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  2. Cher Claude, je suis content de voir que tu as découvert mon blog. J’aurais envie de te remercier comme je l’ai fait dans ma réponse à Élise, en reprenant les mêmes mots. Oui, toi aussi tu m’incites à poursuivre mon travail. Merci.
    J’ajoute ceci qui me paraît assez « surréaliste ». Ton commentaire aurait été écrit et envoyé à 14 h 28, aujourd’hui, alors qu’il est présentement 11 h 08 am !!! Mon « merci » adressé à Élise a été écrit hier et non pas ce matin à 6 h 27. Le temps est fou!

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