La tombe ignorée : Lectures de :Eudore Évanturel : Sous la direction de Vincent Lambert, Yves Laroche et Claude Paradis : Éditions Nota Bene, 2019

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La tombe était ignorée. En ouvrant son cercueil, on a redonné vie aux ossements du poète. À vrai dire, on a tout simplement fait ce qui, semble-t-il, devrait toujours aller de soi : on a ouvert un recueil, on a lu attentivement ses vers. On a lu fraternellement, on y a mis tout son cœur, toute son intelligence. En conséquence de quoi, le poète est sorti de l’oubli. Sa poésie est plus vivante que jamais : sa tombe ne sera plus ignorée.

Le sous-titre de l’ouvrage est clair : ce collectif offre des « lectures ». Des lectures écrites qui réaniment l’œuvre du poète. Des lectures agissantes. Dont les effets sont réjouissants, toniques. Et si à nos yeux l’œuvre d’Évanturel se pare des beautés que la postérité jusqu’à maintenant négligeait de saluer, que même la plupart de ses contemporains tournaient en ridicule, le mérite en revient pour une grande part à ces lecteurs qui savent si bien mettre en valeur les qualités qu’ils y trouvent. L’écrin qu’ils offrent à la poésie d’Évanturel est lui-même précieux. Il ajoute de l’intelligence et de la beauté à ce qui déjà se suffisait presque. En effet, ces lecteurs aiment bien : s’ils ne châtient pas, ils s’inclinent néanmoins sans courbettes devant une œuvre dont ils savent distinguer le bon grain de l’ivraie, « les perles [des] énormités ». Ils offrent moins un panégyrique qu’un chaleureux témoignage de reconnaissance. Avec bonne foi, ils reçoivent et transmettent le don d’humanité qu’offre Évanturel à ses lecteurs. On aura compris que les signataires de ce collectif sont de formidables passeurs. Une telle gerbe de talents ainsi réunis, cela mérite d’être souligné.

Ce sont des universitaires, des professeurs de cégep. La plupart sont québécois (vivant à Québec) ou viennent des « régions », comme on dit à partir d’un centre qui n’est certes pas le nombril du monde. Ce sont des maîtres et des docteurs. Des écrivains, des poètes. Bref, pensera-t-on, on a affaire ici à un ouvrage savant, froid, rébarbatif, jargonneux, voire illisible.

Eh bien ! Non. Justement pas. Le lecteur « moyen » ne doit pas avoir peur d’ouvrir ce livre. Sa lecture ne sera pas au-dessus de ses forces. Évanturel est un poète accessible. Il aurait été malhonnête de l’enfermer derrière les grilles d’analyse d’une obscure prison de commentaires abscons. « Du cœur et de l’âme avant toute chose ». C’est le titre d’une des dernières lectures. Un titre qui témoigne de l’esprit qui règne dans ce collectif. Oui, j’ose le dire, ces commentaires se lisent comme un roman. On apprend. Bien entendu, c’est didactique, analytique, historique. C’est sérieux, oui, mais on sourit à maintes reprises, même qu’on rit parfois aux éclats et surtout, on est franchement ému, car le cœur des uns rencontre ici le cœur des autres, plus particulièrement celui d’Évanturel. 

Je transcris à fin d’informations la note éditoriale placée au début du collectif. « La publication de cet ouvrage est une initiative du Centre d’études poétiques du Cégep de Sainte-Foy, à l’occasion du centenaire de la mort d’Eudore Évanturel et de la réfection de sa pierre tombale, au cimetière Belmont. »

Dans l’introduction, Vincent Lambert ne se borne pas à situer l’œuvre et le personnage du poète dans son siècle, à préparer ainsi le terrain de notre lecture. Il entreprend immédiatement d’interroger l’effet produit par l’œuvre du poète sur lui et ses lecteurs actuels. « Les poèmes d’Évanturel sont futiles, légers, étrangement. On ignore pourquoi ils ont quelque chose de libérateur — pas seulement dans leur contexte, mais aussi dans le nôtre. » Étrangement, écrit-il. Puis, au sujet d’un poème d’Évanturel, Lambert écrit : « Mais un mystère plus impénétrable encore est qu’un tel poème, comme bien d’autres chez Évanturel, — c’est drôle à dire — fait un bien fou. Pourquoi donc ? »

Lecture agissante, ai-je dit. Qui pose des questions et ne laisse aucunement reposer le poème. Avec Lambert et les autres signataires de l’ouvrage, l’œuvre d’Évanturel ne repose pas en paix. Au contraire, on l’expose à la lumière du jour et ce faisant, loin de la voir s’effriter, loin d’assister à sa décomposition, au relâchement de sa substance pour ne pas dire de ses viscères, on la découvre dans sa grande et belle vitalité, d’humanité et de simplicité. On lui reconnaît des airs de contemporanéité. Elle est actuelle tout en demeurant à distance. « Étrangère à son temps, la poésie d’Évanturel […] nous rejoint indubitablement, nous qui travaillons la poésie et l’aimons en la retournant contre ses prétentions traditionnelles, en l’ouvrant à la prose, aux impuretés de la rue. »

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C’est précisément dans la rue que débute « La promenade sous les arbres » de Claude Paradis. L’approche est ici poétique, pour ne pas dire impressionniste dans la mesure où l’auteur se laisse pénétrer par l’œuvre d’Évanturel, qui s’imprime quasiment dans sa fibre. C’est dans sa réalité d’homme et de lecteur que Paradis vit la poésie de celui qui est en quelque sorte son grand frère. Évanturel se lit au présent dans le quotidien de Paradis, il traverse son existence. L’auteur et le lecteur lient une solide relation d’amitié. Dans sa promenade, les pas de Paradis le mènent à la tombe d’Évanturel, à la lecture de son œuvre. Il lit en marchant, va de page en page à la rencontre du poète. Évanturel « entraîne son lecteur dans une promenade imaginaire par laquelle s’exercent les sens du poète et, par conséquent, ceux du lecteur. » « D’un poème à l’autre [Paradis a] l’assurance de pouvoir déambuler comme s’il s’agissait de [sa] propre expérience de vie. » On le voit, rien ici dans cette expérience n’est désincarné. Une véritable communication, une communion pourrait-on dire, préside à ce type de rencontre. Le dialogue a ici valeur d’humanité, procède à la manière d’un miroir, comme si Paradis en posant son regard sur ce grand frère retrouvait une partie de son âme : « Mais il me vient par ce poème l’impression d’avoir vécu pareille situation. » Plus loin dans l’ouvrage, Yves Laroche soulignera cette sorte de gémellité, de proche parenté entre les univers de Paradis et d’Évanturel. Paradis écrit : « Je me sens alors tout près d’Évanturel, comme si c’était à moi qu’il se confiait ainsi. Par moments, j’aurais envie d’avoir écrit ces poèmes tant j’en partage les sentiments. »

Attention ! On aurait tort de penser que Paradis ramène Évanturel à lui. Alors que je suis sensible surtout à l’identification qui se joue dans ces pages, je pourrais tout autant me montrer attentif au regard « objectif » que porte Paradis sur l’œuvre d’Évanturel. Il souligne certains aspects importants de l’œuvre, entre autres, sa qualité picturale ; ainsi rapproche-t-il les poèmes d’Évanturel des « poèmes réalistes » de Melançon (les deux poètes réalisant des petits tableaux). Et encore, je ne voudrais laisser dans l’ombre les relations, quasi-filiations dans certains cas, que Paradis établit entre le poète du dix-neuvième siècle et ses successeurs, les Granbois, Loranger et Saint-Denys Garneau. Au mot de filiation, je préfère cependant celui de fraternité. À mon sens, cette fraternité s’observe dans l’hommage que rend Paradis à Évanturel. Après tout, il est l’initiateur du collectif d’essais dont il est ici question, et c’est de ses incessantes promenades au cimetière Belmont que lui est venue l’idée, non pas simplement de refleurir une tombe ignorée, mais de voir à ce qu’elle soit enfin restaurée. Paradis n’est pas un fils spirituel d’Évanturel, mais plutôt un frère. Lire est un acte d’humanité. C’est ce dont témoigne la promenade de Paradis.

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Sur un autre registre, avec cependant une égale pénétration, Claude la Charité nous invite à visiter la Mansarde du Palais. Un historien s’en tient aux faits et non aux effets que produit sur son esprit l’œuvre qu’il commente. Mais sous le sérieux du discours, lorsque l’historien est aussi romancier, comme c’est le cas ici, point par endroits la fantaisie du conteur. Elle ne prime pas dans cet essai, mais la qualité de l’écriture est encore au rendez-vous. La Charité, qui avec brio nous a fait rire dans son Meilleur dernier roman, nous fait tout de même sourire lorsqu’il termine son étude non sans un trait d’esprit. Mais amuser n’est pas son propos. Il nous offre plutôt une étude fort appliquée, académique tant dans sa composition que son professionnalisme. Ce qu’il écrit est fouillé. Il situe l’œuvre d’Évanturel avec précision dans son réseau d’influences. Il rend compte de son contexte social dans toute sa complexité. Il voit à l’œuvre chez Évanturel ce qu’il appelle une poétique de la désinvolture. Son approche ne manque pas d’inventivité et d’élégance, la plume est belle, mais ce qui caractérise le travail de l’historien, c’est son efficacité, c’est la richesse de ses observations. Avec intelligence, il souligne les liens qu’entretient l’écrivain avec ses compagnons de la Mansarde du Palais, avec leurs hérauts et modèles de France. Sa démonstration est convaincante, tout à fait instructive. Comme je l’ai laissé entendre plus haut, malgré la relative sagesse de l’écriture, malgré sa nature savante, çà et là on reconnaît un ton qui nous fait souvenir que l’historien est également un drôle de romancier, qu’ici il n’a pas tout à fait cherché à étouffer.

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En traversant le premier tiers du livre, le lecteur s’est déjà beaucoup familiarisé avec l’œuvre d’Évanturel. Il a lu certains de ses poèmes, en a retrouvé des échos chez les premiers commentateurs et les retrouvera à nouveau tout au cours de sa lecture. Quelques poèmes sont souvent commentés, ce sont les morceaux de choix, pièces d’anthologies, le best of comme on dit. Loin d’être redondantes, ces répétitions donnent lieu à des analyses qui fournissent de nouveaux éclairages. Elles permettent, les répétions et les analyses auxquelles se livrent les lecteurs, d’approfondir davantage notre connaissance d’Évanturel. Ainsi, lorsque Vincent Lambert récidive avec « Évanturel et le moins du monde », sommes-nous prêts à pénétrer plus avant dans l’univers du poète. Ce « moins du monde », alors même que nous n’avons pas encore lu son article, nous l’entendons déjà. Car nous l’avons appris et maintenant nous le savons : Évanturel est un poète discret, qui ne monte pas sur les tribunes, qui ne se pavane pas sur des cothurnes pour déblatérer en long et en large. Ce n’est pas une grande gueule, mais plutôt quelqu’un de modeste, qui s’intéresse aux petites choses de la vie, qui en traite sur un mode minimaliste. Paradis, quelques pages auparavant, avait prélevé quelques pépites dans les poèmes d’Évanturel, à ses yeux, des sortes de haïkus. L’ensemble des textes précédents anticipait sur la justesse du portrait que fait maintenant Lambert. La suite va du reste lui donner raison. Pas de grandiloquence chez Évanturel. Tout comme son commentateur, il fuit « le comble de l’artifice où peut sombrer la littérature en voulant à tout prix faire de la littérature », il évite de tomber dans le piège de ce qu’on pourrait appeler une surlittérature. Lambert met en évidence le côté joué de la poésie d’Évanturel, sa gratuité (elle n’est pas engagée, ne se présente pas comme étendard du nationalisme ou de la foi, n’est point didactique). Lambert parle d’un certain lyrisme de la frivolité. À son sujet, il écrit : « Sa poésie est difficile à caractériser : futile et dépressive, acerbe et contemplative, prosaïque et propice à la rêverie. Simultanément capable d’ironie et de compassion. » En fait, toujours selon Lambert, cette poésie relève du paradoxe, c’est une poésie qui à la fois une chose et son contraire, où il se révèle même impossible de trancher, vérité ou mensonge : Évanturel éprouve-t-il les sentiments qu’il exprime ou feint-il de les ressentir ? Est-il naïf ou ironique ? « Il est difficile de juger de la sincérité d’un tel poète, ses nobles sentiments pouvant au dernier moment tomber abruptement dans l’abjection. » Cette ambiguïté, Lambert ne la déplore pas. Elle est selon lui ce qui sauve l’œuvre d’Évanturel du conformisme qui régnait à son époque. Contrairement à ses pairs, il n’est pas un poète emphatique, il ne chante pas, ne prophétise pas, n’enseigne rien à personne. Il produit ce que Lambert appelle une « poésie démotivée ». Une poésie qui « ne veut rien dire. » Là est sa modernité. Qui se trouve également dans la relative importance qu’il accorde à la forme, ce qui en fait un quasi-parnassien. Un artisan du vers qui ne chante pas les grandes émotions, mais les petites, qui dépeint les petites gens, dont les œuvres manifestent une complaisance à « faire tout petit » (Jacques Auger). Ce « flâneur » qui « tire plaisir de son anonymat », qui « voit sans être vu », est un poète intimiste et réaliste. Il « aspire […] à un lyrisme sans apprêt ni embellissement, coulant comme la conversation, capable de parler de tout et surtout de rien, d’inclure des éléments à faible rendement poétique, de raconter des histoires. »

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Capable de raconter des histoires. C’est ce que s’empresse de déclarer le prochain signataire du collectif. Évanturel était peut-être davantage un conteur, un nouvelliste qu’un poète. Emmanuel Bouchard non seulement considère qu’Évanturel en avait les moyens, mais il prétend que son talent l’y aurait dû conduire. Certains propos de Paul Gay lui ont mis la puce à l’oreille. Bouchard les cite : « Sur un ton volontairement léger, les Premières poésies 1876-1878 d’Eudore Évanturel projettent des instantanés qui donneraient d’excellents sujets de nouvelles. Les gestes ou les événements reproduits laissent au lecteur toute possibilité de penser plus loin et de rêver. »

Bouchard écrit : « Ce qui me frappe chaque fois que je les relis, c’est leur fibre narrative, et je ne peux m’empêcher de croire un moment que leur auteur a raté sa vocation : contemporain de Maupassant et de Tchekhov, Évanturel aurait dû écrire en prose plusieurs de ses poèmes ; il n’en aurait peut-être pas fallu davantage pour qu’il devienne l’un de nos premiers nouvellistes modernes. »

Il est assez amusant de constater que dans ce recueil où l’on ne manque pas de s’amuser, comme on le verra plus loin, Bouchard entame sur un mode ludique le dialogue avec ses « amis poètes », c’est-à-dire les directeurs du collectif, Lambert, Laroche et Paradis. Il veut les convaincre que « l’auteur célébré dans ce collectif est d’abord un conteur. » Cette hérésie, si c’en est une, la lui pardonneront-ils ? Une chose est certaine, Bouchard démontre la pertinence de sa position de manière fort convaincante, sans dénaturer en rien le travail d’Évanturel.

Avant de conclure, il écrit : « Je suis entré dans cette œuvre sans attente, avec le seul désir de découvrir un auteur dont mes amis poètes m’avaient dit du bien et qui, selon eux, valait la peine d’être célébré. J’y ai un peu cherché mes penchants pour la brièveté et pour le genre narratif, en sachant qu’Évanturel a écrit à une époque et dans un contexte qui aurait pu l’attirer dans cette direction. J’ai un peu forcé les choses, mais pas complètement, car la fibre narrative de cette poésie existe. »

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Une œuvre riche se révèle à travers chaque nouveau regard qui se porte sur elle. Différentes lorgnettes permettent de l’observer sous différents angles. Dans la foulée des travaux de Starobinski, auteur de L’œil vivant, François Ouellet se livre à une véritable analyse, toute en finesse, du regard que porte Évanturel sur l’objet de son désir. Son essai s’intitule « L’angle mort du regard ».

Ouellet cite un passage de L’œil vivant. Ces mots (œil vivant) lui fourniront la clef interprétative qui lui permettra d’accéder à la psyché amoureuse d’Évanturel : « Voir ouvre tout l’espace au désir, mais voir ne suffit pas au désir. » Ouellet le déclare d’emblée, c’est une manière de postulat dont il démontrera ensuite la pertinence : « … dans la poésie d’Eudore Évanturel, non seulement l’œil n’est pas vivant […], mais le regard est souvent en relation avec la mort. » 

Où est passé le poète frivole, se demandera-t-on ? Il n’est pas loin, le sujet n’étant jamais tout d’un bloc, constitué d’un seul élément, d’un seul trait de caractère. Le poète ironique n’est pas loin, mais François Ouellet plonge derrière le masque ou la façade, sous les mots, et, comme dirait un autre Ouellet, le poète Pierre Ouellet, il parvient à lire entre les lignes, à percer les pensées du flâneur, à atteindre l’âme sensible de ce rêveur définitif qu’à sa manière était Évanturel. Ne dit-on pas que les yeux sont le miroir de l’âme ? Qu’on peut y lire les pensées les plus enfouies ? C’est ce regard que scrute l’essayiste. C’est un regard qui se livre dans les poèmes d’Évanturel. Ouellet en fait une lecture attentive.

Il rappelle que « [l’] » imaginaire d’Évanturel compose avec la censure religieuse […], ce serait d’ailleurs ce qui donne à sa poésie romantique son originalité. La censure se traduirait notamment par le motif du regard empêché. » Empêché de voir, le poète se fait espion, il épie la femme en se dissimulant à son regard : « il ne lui est permis de voir que dissimulé au regard de l’autre. »

Elle fait sa toilette, la porte est entrouverte. Il la regarde, elle ne le voit pas. Elle se regarde dans le miroir. Parce que lui « ne saurait la posséder, elle ne saurait réellement exister. » Elle est un objet imaginaire, une femme idéalisée, une vierge que le poète ne parviendra pas à « rendre vivante », car il est lui-même incapable de porter sur elle un regard franc et direct, incapable de s’extraire de l’idéalisme angélique derrière lequel il se retranche. Il lui est impossible de se présenter vivant devant elle dans un corps incarné.

Enfin, Ouellet examine plusieurs autres poèmes d’Évanturel. Il parvient à ce constat : « Ce que tous ces poèmes expriment, c’est bien l’incapacité du désir à s’incarner dans toute forme de communication, de relation. Le regard ne fait que mettre en branle la machine désirante. Il est la quête avant la conquête amoureuse, laquelle ne se réalise pas. »

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Un des aspects les plus notoires du classicisme est son extrême méfiance à l’endroit des excès de tous ordres et plus particulièrement de langage. Le classicisme condamne l’outrance. La litote est son lot ; la retenue, sa mesure la plus sûre. À la fin du règne classique, on vit les poètes donner dans ce qu’on pourrait appeler des excès de puritanisme littéraire. Le respect des règles était devenu leur principale obsession. Elles les étouffaient. Comme si cela ne suffisait pas, ils ajoutaient volontiers à leur complexité. Vaincre des difficultés, celles surtout engendrées par la rime riche et les formes fixes, atteindre ce faisant des sommets de virtuosité, les conduisit dans les impasses stériles de la virtuosité, de l’insignifiance, de l’insipidité, du vide formidablement mis en forme. Les classiques à leur apogée avaient tenté de se frayer une voie entre les bizarreries baroques et la vulgarité burlesque. Leurs émules par peur de louvoyer firent ensuite du sur-place. Ceux-ci cherchaient à répéter les prouesses des Anciens, mais sans plus jamais atteindre au miracle. Fénelon tenta de ramener ces nouveaux classiques aux intentions premières de l’école, à savoir la simplicité, la vérité et l’émotion, qui était selon lui le but légitime vers lequel devait se tourner le poème. Au poète qui cherchait à se singulariser par des exploits de versification acrobatique et savante, Fénelon rappelait les pouvoirs de la simplicité. Dans sa Lettre à l’Académie se trouve un passage particulièrement intéressant sur ce point : « Je demande un poète aimable, proportionné au commun des hommes, qui fasse tout pour eux, et rien pour lui. Je veux un sublime si familier, si doux et si simple, que chacun soit d’abord tenté de croire qu’il l’aurait trouvé sans peine, quoique peu d’hommes soient capables de le trouver. Je préfère l’aimable au surprenant et au merveilleux. Je veux un homme qui me fasse oublier qu’il est l’auteur, et qui se mette comme de plain-pied en conversation avec moi. » L’académicien terminait sa lettre par ces mots : « Le bel esprit a le malheur d’affaiblir les grandes passions qu’il prétend orner. C’est peu, selon Horace, qu’un poème soit beau et brillant ; il faut qu’il soit touchant, aimable, et par conséquent simple, naturel et passionné. […] Le beau qui n’est que beau, c’est-à-dire, brillant, n’est beau qu’à demi ; il faut qu’il exprime les passions pour les inspirer ; il faut qu’il s’empare du cœur, pour le tourner vers le but légitime du poème. »

Il me semble qu’Évanturel, sans doute à son insu, a répondu aux vœux de Fénelon, à ses attentes. Le portrait que jusqu’ici on a fait de lui m’incite à le croire. J’apprends encore bien des choses en lisant maintenant « La lecture à l’ombre d’un chêne » de Louis-Serge Gill. Il se penche sur la réception des œuvres d’Évanturel, non dans la presse, mais cette fois dans le cercle restreint des proches, amis et connaissances du poète. Ces lecteurs ne tenaient pas tous le haut du pavé, tant s’en faut, mais poursuivant leur lecture à l’ombre d’un chêne ou dans l’espace clos de leur foyer, ils n’en constituaient pas moins une société vivante, apte à se relayer les œuvres et à les garder vivantes.

Évanturel était un poète discret, sans doute le poète par excellence à qui un tel accueil pouvait être réservé. « En cette fin de la décennie de 1870, les poèmes d’Évanturel évoquent davantage le besoin d’expression d’un Moi, d’une personnalité qui se construit et qui se développe que le désir d’intégrer une collectivité. Il consolide l’émergence d’une poésie intimiste, centrée sur les candeurs du quotidien, une forme de “sublime du quotidien […]”. On n’est franchement pas très loin du « sublime familier » que j’évoquais tantôt.

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Si on en doutait encore, une fois parvenu à ce point de l’ouvrage, le texte de François Rioux suffira à nous persuader que notre Évanturel est bel et bien un poète de la familiarité, de l’ordinaire, du petit-monde. Nous le savions, mais voilà qui se confirme : Évanturel ne donne vraiment pas dans les grandes orgues ; chez lui, ni tambour ni trompette. Il ne chante pas les « glorieux exploits d’une race guerrière » (Crémazie, dans une lettre à l’Abbé Casgrain). Je cite Rioux : “[Évanturel] s’intéresse plutôt au sort des gens ordinaires, en se plaçant au même niveau qu’eux.” Plus loin, il écrit : « Cette familiarité dans le langage, cette insertion de l’ordinaire, du prosaïque dans le poétique, c’est ce que Robert Melançon appelle une poésie impure. »

Curieusement, cette impureté, pour notre plus grand plaisir, Rioux l’importe non sans ironie dans son propre discours. Le ton de familiarité à l’œuvre chez Évanturel, peut-être par un effet de mimétisme, Rioux l’adopte et même plus, il s’amuse à en jouer au sein d’un ouvrage dominé en grande partie par un certain esprit de sérieux. Rioux introduit çà et là une dose d’humour dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’est pas piquée des vers. Tout en tenant un propos fort pertinent, il se fait par endroits assez impertinent. Non pas parce qu’il se permet d’émettre des jugements : « Évanturel avait peut-être conscience des faiblesses de sa poésie… », mais par sa liberté, le ton qu’il s’autorise ainsi que le recours à des expressions populaires, voire vulgaires.

En lisant le texte de Rioux, j’ai ri aux éclats. Je ne vendrai pas la mèche, mais il sait nous faire rire avec une cuiller à thé. Il produit un véritable bijou critique. L’écriture est brillante. Il compose son texte avec un sens très fin de la construction. Voici un exemple de sa maîtrise. On se souviendra que Bouchard, un peu plus tôt dans le collectif, démonte les poèmes d’Évanturel afin de montrer que presque chacun recèle en son noyau une semence qui pourrait être à l’origine d’un conte ou d’une nouvelle. Pour apporter de l’eau à son moulin, Bouchard cite Anton Tchekhov : « Il ne faut jamais placer un fusil chargé sur une scène s’il ne va pas être utilisé. » Cette leçon, Rioux l’applique à merveille. Pas de fusil chez lui, mais des bas, plus précisément ceux que l’on rencontre dans l’expression « manger ses bas ». D’abord, ces bas nous semblent innocents. On ignore le sort que Rioux leur réserve. À vrai dire, il conviendrait de parler ici d’un sortilège d’humour. C’est que la métaphore du bas devient peu à peu un leitmotiv du texte de Rioux. Ce dernier file la métaphore avec brio. Chaque reprise apporte un élément nouveau, faisant monter l’image d’un cran, allant en crescendo, si bien qu’à la fin, à la toute dernière ligne, on ne peut que s’incliner, se plier en quatre ou presque : en tout cas, le sourire aux lèvres est assuré. Les notices biobliographiques du volume nous apprennent que ce professeur de cégep est poète et critique dans la revue Estuaire. Il va sans dire que je prends sans faute rendez-vous avec ses recueils.

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Le collaborateur suivant n’est pas le premier à émettre des réserves quant à la valeur des travaux d’Évanturel ; mais alors que la plupart demeurent plutôt indulgents, Jean-François Dowd n’y va pas avec le dos de la cuiller : “[Évanturel] signe tout avec le même aplomb, les perles comme les énormités.” “Si on s’emploie […] à chercher la petite bête, on peut rapidement faire un bouquet des étourderies que laisse échapper le poète.” On se souviendra du dicton : « Qui aime bien châtie bien. » N’exagérons pas. Dowd ne châtie pas. Ce n’est pas tant Évanturel qu’il se plaît à rudoyer, mais bien plutôt ceux qu’il appelle « nos conformistes contemporains. » Mais n’allons pas trop vite. Revenons à Évanturel, à la lecture que nous propose Dowd.

Il s’agit d’une lecture finement raisonnée, très attentive au texte, pointilleuse dans le bon sens du terme. L’exégète démontre que la fantaisie d’Évanturel se joue sur des audaces qui souvent font entorse à la logique la plus élémentaire. Le poète commettrait des fautes de réalisme. Il choisirait, toujours selon Dowd, d’employer des termes qui expriment ce qu’il observe de manière aléatoire, plutôt que de dépeindre la réalité avec les termes idoines. Sous sa plume, on ne lit pas forcément les mots justes, les mots précis auxquels recourt qui a réellement souci d’objectivité, ce sont cependant des termes qui suggèrent : « … le réflexe poétique semble l’emporter chez le poète sur tout le reste, y compris sur la logique syntaxique… »

On trouve dans le texte de Dowd un amusant petit jeu de devinettes, il se livre à une sorte de pirouette polémique. Le critique lance des vannes, mais l’on ne sait pas trop à qui, bien que dans certains cas ses fléchettes ne ratent pas leur cible. Dowd a rappelé qu’Évanturel n’était pas un conformiste. Vers la fin de son texte, il cite des extraits de poèmes sans mentionner de noms d’auteur (il faut savoir ou deviner). Ces extraits sont choisis en vertu de leur écart par rapport aux normes actuelles. Ils ne correspondent pas au type de poésie qu’on célèbre de nos jours. Le critique propose ce jeu afin de poser finalement une question qui me paraît quelque peu troublante. Question rhétorique. Question polémique. Il s’interroge sur l’accueil que nos « conformistes contemporains » réservent aujourd’hui à ce type de poésie, c’est-à-dire une poésie aussi éloignée de la leur que celle d’Évanturel pouvait l’être de celle des chantres qui à son époque tenaient le haut du pavé. La réponse est simple : « aucun des Évanturel cités ici n’a jamais reçu quoi que ce soit… ». Dowd parle des prix littéraires. On peut comprendre un tel dépit, mais voir son destin comparé à celui d’Évanturel, n’est-ce pas là un magnifique prix de consolation ? Peut-être ce genre d’anonymat confère-t-il une valeur accrue aux œuvres que finalement trop de bruit déshonorerait.

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Une dernière prose du collectif est finalement consacrée à notre poète. Il s’agit d’une lettre adressée à l’initiateur du projet. Yves Laroche l’écrit à son ami Claude Paradis.

D’une certaine manière, on peut dire que l’amitié ouvre le collectif et qu’elle le referme. Entre ces deux textes se déploie également une certaine fraternité, qu’on pourrait dire plurielle : dans cette sorte de « société d’admiration mutuelle » (j’emprunte à Tardivel cette expression qui sous sa plume était fort négative : il va sans dire qu’ici elle exprime un sens beaucoup plus noble), on voit les collaborateurs du collectif se pencher avec empathie sur la tombe ignorée d’Évanturel. Tout témoigne ici de cette fraternité. Emmanuel Bouchard réfère à ceux qu’il appelle ses amis poètes (les mousquetaires à la barre du collectif). Paradis réunit autour de la tombe les figures de « Jacques Réda/Robert Melançon, Paul de Roux ou même/Louis-Jean Thibault ». Rioux sans les nommer cite des poètes qui seraient dignes de mention, qu’il estime, et dont il déplore que trop d’ombres déjà les ensevelissent. La poésie, comme l’indique le titre que donne Laroche à son texte, est affaire « Du cœur et de l’âme avant toute chose ».

On continue d’apprendre avec le texte de Laroche. En le lisant, des interprétations se confirment, des faits littéraires s’avèrent dans leur incontestable vérité. On répète, par exemple, que la poésie d’Évanturel “est étonnamment proche de la vie la plus quotidienne, réaliste, incarnée, personnelle, mais nullement narcissique, étonnamment libre pour l’époque […]”. Évanturel, tel qu’en lui-même, y est encore un écrivain « original », sa poésie étant « somme toute très peu celle de son temps. » Elle est marginale, « humble, prosaïque, discrète, sobre, dépouillée, elle cultive tellement le silence et le non-dit qu’elle en est presque invisible. » Voilà qui somme toute résume assez bien ce que les pages précédentes nous avaient appris.

Et Laroche de laisser poindre ce qui de toute évidence constitue le noyau d’entente qui tel un cœur aliment cette société d’amis, à savoir une poétique justement de la discrétion. C’est la discrétion qui fait l’originalité de l’œuvre d’Évanturel. C’est encore elle qui fait celle des poètes qui aujourd’hui s’assemblent autour de sa tombe. Ce qui suit mérite d’être médité. Laroche écrit : « L’originalité ici réside dans le fait de ne pas chercher à être original, mais de tout simplement travailler à être, à être soi, de ne pas céder à la pression sociale ou à l’effet de mode. »

Avec ce dernier article, on est donc désormais en terrain familier. Mais il y a plus. L’ami Évanturel sous la plume de Laroche crée des effets déstabilisateurs. Laroche parle « d’un sain dépaysement provoqué par toute œuvre digne de ce nom, qui doit déjouer l’attente du lecteur, le sortir de lui-même pour lui faire découvrir un autre possible de son être… ». Évanturel, écrit-il « annonçait aussi certains poètes modernes et contemporains, dont ceux que j’aime plus particulièrement. » J’attire l’attention sur ce dernier verbe : « ceux que j’aime ». La société d’admiration mutuelle a ceci de bon qu’il en rejaillit encore et encore de l’admiration. Tel est le principe à l’œuvre dans ce collectif et plus particulièrement dans ses textes d’ouverture et de fermeture, lesquels dialoguent ensemble dans la mesure où Laroche s’adresse à son ami qui finit par lui répondre : je dirai tantôt de quelle façon.

Dans sa lettre, Laroche confirme ce qu’on pourrait appeler une gémellité, celle de la paire que forment à distance Évanturel et Paradis. Dans le miroir de ses pages, pourrait se dire Paradis, je me retrouve « comme s’il s’agissait de ma propre expérience de vie. » 

Cette proximité, Laroche ne manque pas de la souligner : « Mais c’est à toi, Claude, que je pense le plus quand je lis Évanturel. Vincent (Lambert) m’y encourage. J’ai recensé une vingtaine de propositions de son article sur Évanturel qui pourraient s’appliquer à toi […]. » Plus loin : « Évanturel et toi faites quelque chose de rien, vous montrez ce que les autres ne voient pas […], mais qui fonde notre humanité : le cœur, siège de la générosité et de la bonté, et l’âme, siège de la sensibilité et de l’esprit, qui émane miraculeusement du corps, donc de la matière : dans vos poèmes, les deux — le cœur et l’âme — marchent constamment main dans la main. » Ce n’est pas tout : « Pour Évanturel et toi, la compagnie des livres est à la fois un abri contre ce qui heurte la sensibilité, un refuge qui permet de se retrouver, et le lieu des affinités électives, de l’amitié […] ».

J’interromps volontairement la citation précédente sur ce dernier mot : amitié. Je pourrais citer d’autres passages où Laroche souligne le lien unissant la poésie de son ami à celle d’Évanturel. Je me contente d’indiquer que Laroche remarque combien cette ressemblance l’a frappé au moment où Paradis, lors d’une assemblée départementale, a lu à voix haute le poème d’Évanturel intitulé « Soulagement » : « on aurait juré qu’il s’agissait de l’un de tes poèmes. »

On se rappellera que le collectif s’ouvre avec une promenade de Paradis au cimetière Belmont. Il se termine par l’évocation d’une promenade, cette fois des deux amis, dans le même cimetière. À cette occasion, Laroche avait fait remarquer à Paradis « qu’il manquait un poème sur Évanturel dans Le livre sur la table » (recueil de Paradis). L’ami a réparé cet oubli. Le poème qui manquait termine en beauté l’article de Laroche.

11

Un petit dernier pour la route ! La belle gerbe de fraternité accueille maintenant un poème à la manière d’Évanturel. François Dumont signe « Le naturel d’Évanturel ». En ce poème de facture proche de celle d’Évanturel, écrit bien entendu en vers alexandrins et qui riment, où se rencontre une belle fantaisie, Dumont sans les résumer, repasse plus ou moins en revue ce qu’on pourrait appeler les faits saillants de la poésie d’Évanturel : « Ses poèmes, souvent, nous rappellent Musset,/Une idole du temps, romantique à souhait,/Qui était pourtant plus facétieux qu’on le dit/(Il comparait la lune à un point sur un i…).

C’est ici de la poésie critique. Un poète parle de la poésie comme un Boileau naguère pouvait le faire dans son Art poétique.

Le poème de Dumont met fin de manière amusante au collectif.  

Mais il revient maintenant à Évanturel de prendre la parole. À tout seigneur, tout honneur !

La tombe ignorée

Quelque part — je sais où — près d’un saule qui pousse
Ignoré du soleil quand le printemps sourit,
Un tombeau que quelqu’un a cherché dans la mousse,
Laisse voir sur sa croix que nul nom n’est inscrit.

Personne que je sache, à genoux sur la pierre,
N’est venu, vers le soir, y prier en pleurant ;
Mais un ange descend sans doute avec mystère
Dans ce lieu, quand le jour s’abat triste et mourant.

Les fleurs n’y vivent pas et la mort ne recueille
Pour moisson, que le foin oublié du faucheur,
C’est à peine, l’été, si parfois une feuille,
– Triste larme du saule — y tombe comme un pleur.

Je suis allé revoir cette tombe ignorée ;
Et seul, quand j’ai voulu retrouver le chemin,
Quelqu’un était debout, en défendant l’entrée :

C’était l’Oubli, pensif, et le front dans la main

Publié par Daniel Guénette

Écrivain québécois. Publie ouvrages de poésie (dont Varia au Noroît) et romans (Dédé blanc-bec, etc. à La Grenouillère). Ai enseigné la littérature au niveau collégial. À la retraite depuis 2011. Me consacre à des lectures dont je rends compte sur mon blogue : Blog de Dédé blanc-bec : 4476:HOME:BOLG Notice biographique (voir L'Île : litterature.org) Daniel Guénette est né le 21 mai 1952. Il est originaire de Montréal. Il a vécu son enfance et la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il produit alors deux recueils de poésie (Traité de l’Incertain en 2013, Carmen quadratum en 2016) et un récit (L’École des Chiens, en 2015). Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article très élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2013 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée de manière positive par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier, sur Blogues Église catholique à Montréal : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. »). Dominic Tardif, dans le Devoir, 4 juillet 2015, a rendu compte chaleureusement de ce récit. Il a souligné qu’avec ce dernier, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, ce récit a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On peut lire ses plus récentes recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique.

5 commentaires sur « La tombe ignorée : Lectures de :Eudore Évanturel : Sous la direction de Vincent Lambert, Yves Laroche et Claude Paradis : Éditions Nota Bene, 2019 »

  1. Amie Élise. En librairie ou à la bibliothèque, vous trouverez ou bien exigerez qu’on mette à votre disposition le recueil d’Évanturel. Nos amis du collectif ont fait de l’excellent travail. Grâce à eux, Évanturel revit. Mais encore faut-il le lire et se passer le mot. Merci de me lire, Élise. Et n’oubliez pas : il s’appelle Évanturel. Lisez entre autres « Les papillons de la terrasse ».

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  2. « Du cœur et de l’âme avant toute chose » : Yves Laroche vous a adressé une bien belle lettre. De mon côté, j’ai pris énormément de plaisir à lire les 202 pages de votre collectif. Belle initiative de votre part. Tout est parti de vous. Évanturel se fait grâce à vous tous de nouveaux amis. Je suis heureux de compter parmi ceux-ci.

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